La Commission européenne a annoncé que les services d’informatique en nuage ('cloud') d’Amazon et de Microsoft devraient être désignés comme contrôleurs d’accès ('gatekeepers') au titre du règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act – DMA), bien qu’ils ne remplissent pas les seuils quantitatifs prévus par ce dernier. Dans sa décision préliminaire, l’institution estime qu’Amazon Web Services (AWS) et Microsoft Azure représentent respectivement le premier et le deuxième fournisseur de services de cloud dans l’Union européenne, avec une part de marché combinée d’environ 60% et représentent, à ce titre, une passerelle essentielle entre les entreprises et leurs clients dans l’Union (EUROPE 13754/11).
Dans sa décision préliminaire, déjà communiquée aux deux entreprises, qui disposent désormais de la possibilité de la contester, la Commission met en avant le « chiffre d’affaires significatif » généré par AWS et Microsoft Azure, leurs capacités opérationnelles et leurs investissements, qui « semblent avoir largement dépassé ceux de leurs concurrents », et le fait qu’ils disposent tous deux de « bases d’utilisateurs vastes et solidement établies », semblant bénéficier d’effets de verrouillage ('lock-in') et de coûts de changement élevés.
La Commission relève en outre que « leur portefeuille d’outils d’intelligence artificielle (IA) et leurs partenariats sont devenus un facteur déterminant dans les décisions d’achat de services cloud » et qu’AWS et Azure « semblent conserver une part importante » de l’augmentation de la demande de services de cloud liée à l’IA au sein de leurs écosystèmes respectifs.
« Il ne s’agit pas d’une opposition entre acteurs européens et acteurs américains. Nous ne regardons pas le drapeau des différentes entreprises», a déclaré le porte-parole de la Commission chargé de la Concurrence, Ricardo Cardoso, jeudi 25 juin. Il a insisté sur le fait que cette décision préliminaire vise à maintenir un secteur « ouvert, équitable et contestable », rappelant qu’« environ 60% du marché européen du cloud est entre les mains de ces deux acteurs » et que les services de cloud sont devenus « l’épine dorsale » de tous les secteurs. Leur importance apparaît encore plus clairement en cas de panne ou d’interruption de service, a-t-il ajouté.
Interrogée sur la possibilité que cette décision ouvre la voie à une désignation similaire des services cloud de Google, la Commission a indiqué que « Google Cloud ne semble pas occuper une position dominante comparable ». « Nous continuerons à surveiller le secteur », a déclaré le porte-parole.
Une enquête de marché toujours en cours sur les services de cloud. S’agissant de la troisième enquête de marché lancée par la Commission en novembre 2025 sur les services de cloud, « toujours en cours », elle présente un champ d’analyse plus large afin d'évaluer si les obligations actuellement prévues par le DMA permettent effectivement de répondre aux défis observés dans ce secteur. La Commission entend publier son rapport final « dans les 18 mois » suivant le lancement de l’enquête. Selon les résultats de cette analyse, la Commission pourrait alors proposer une mise à jour des obligations prévues par le DMA afin de tenir compte des caractéristiques particulières du secteur du cloud. (Ana Pisonero Hernández)