Les ministres des Affaires étrangères européens ont plaidé, mardi 21 avril, pour la poursuite des efforts diplomatiques au Moyen-Orient, que ce soit les négociations entre Israël et le Liban ou celles entre l’Iran et les États-Unis. Si les cessez-le-feu sont globalement respectés, selon la Haute Représentante de l'UE, Kaja Kallas, leurs échéances sont proches.
« Nous espérons que ces deux cessez-le-feu seront prolongés aussi longtemps que nécessaire pour que les négociations de paix aboutissent à des résultats concrets qui garantissent la sécurité de la région à long terme », a souligné la ministre finlandaise, Elina Valtonen, précisant que son pays avait proposé son aide pour faciliter les discussions sur une architecture de sécurité régionale plus large.
« Au Liban, le cessez-le-feu et les pourparlers entre le Liban et Israël offrent une lueur d'espoir », a souligné le ministre allemand, Johann Wadephul, encourageant les deux parties à persévérer dans cette voie. « Nous avons désormais besoin d'accords viables pour protéger les civils de part et d'autre de la Ligne bleue. La sécurité des Casques bleus de la FINUL ainsi qu'un accord de paix durable dans le cadre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies, sont essentiels », a-t-il ajouté.
« Le Liban paie un lourd tribut à une guerre qu'il n'a pas choisie. Trop de civils ont perdu la vie dans ce conflit. (...) Nous continuons à soutenir les Forces armées libanaises et travaillons à la mise en place d'une éventuelle mission civile de l'UE. Plus nous renforçons l'armée libanaise, plus nous affaiblissons le Hezbollah », a souligné Mme Kallas, qui a reçu, pour une session informelle avec les ministres, le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, qui a notamment évoqué les efforts déployés pour libérer le pays de l'emprise du Hezbollah.
La ministre slovène, Tanja Fajon, a plaidé, au-delà du cessez-le-feu, pour le respect de l'intégrité territoriale et de la souveraineté du Liban. « Il est primordial que l'UE exprime sa solidarité et son soutien au gouvernement libanais, à son droit à la souveraineté et à la protection de son pays et de ses citoyens. Nombre d'entre eux ont été injustement pris pour cible, tués ces dernières semaines et déplacés par millions », a ajouté son homologue irlandaise, Helen McEntee.
Son homologue espagnol, José Manuel Albares Bueno, a dénoncé la situation « insupportable » au Liban. « Nous assistons à une invasion en violation du droit international », a-t-il condamné, ajoutant que Beyrouth était bombardée sans discernement.
Tout en se réjouissant « qu'enfin, après tant de décennies, un dialogue direct puisse s'établir entre les autorités israéliennes et libanaises », le ministre belge, Maxime Prévot, a dénoncé l’attitude d’Israël envers le Liban, qu’il a qualifiée de « totalement inacceptable ». « Bien sûr qu'il faut condamner avec fermeté les attaques initiales du Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans une guerre qu'il n'a pas souhaitée, (mais) la réaction disproportionnée et indiscriminée d'Israël est totalement problématique et condamnable », a-t-il ajouté.
Poursuivre les discussions entre l'Iran et les États-Unis. Les ministres ont aussi plaidé pour un accord entre les États-Unis et l’Iran. « La guerre en Iran entre dans son troisième mois. Il est de notre intérêt direct de voir ce conflit se résoudre rapidement », a souligné M. Wadephul, appelant les autorités de Téhéran à se rendre au Pakistan et à négocier de manière constructive avec les États-Unis. Selon lui, « il existe encore une possibilité de mettre fin à cette guerre par la négociation ».
Sanctions contre les responsables du blocage d'Ormuz. Une nouvelle fois, les ministres ont demandé le rétablissement de la liberté et la sécurité de la navigation dans le détroit d'Ormuz.
« La liberté de navigation est non négociable. Les volte-face quotidiennes, que le détroit d'Ormuz soit ouvert ou fermé, sont irresponsables. Le transit par le détroit doit rester gratuit », a résumé Mme Kallas.
Promettant que l'Europe jouera son rôle dans le rétablissement de la libre circulation dès que les conditions le permettront, elle a estimé que la mission navale Aspides, actuellement en mer Rouge, était « le moyen le plus rapide de protéger la navigation dans la région », et a demandé aux États membres de mobiliser davantage de moyens.
La Haute Représentante a en outre annoncé que les ministres avaient trouvé un accord politique pour sanctionner les responsables de la limitation de la liberté de navigation dans le détroit, dans le cadre des sanctions liées à l'Iran (EUROPE 13852/1). « Les travaux sont en cours. Il y a un accord politique, mais une préparation juridique est également nécessaire ; nous visons donc le mois de mai (pour une adoption formelle) », a-t-elle précisé. (Camille-Cerise Gessant)