La Commission européenne a levé un coin du voile, jeudi 9 avril, lors d’un débat en commission de l’agriculture du Parlement européen, sur le contenu du futur plan d’action européen pour les engrais.
Lors du débat sur les effets de la crise au Moyen-Orient sur le secteur agricole, de nombreux eurodéputés ont déploré la hausse des prix des engrais et le manque de disponibilité de ces produits (EUROPE 13839/4).
En réponse aux questions des eurodéputés sur le futur plan d’action, Brigitte Misonne, chef d’unité pour les produits animaux à la Direction générale (DG) de l’agriculture et du développement rural de la Commission européenne, a d’abord indiqué qu’un dialogue de haut niveau avec tous les acteurs concernés – agriculteurs, industrie, chercheurs et universitaires – se tiendra lundi prochain, avant la finalisation du plan.
Elle a précisé que le plan prévoit quatre axes principaux :
- réduire la dépendance à l'égard des importations en provenance de pays tiers ;
- augmenter la production européenne d’engrais tout en favorisant la décarbonation de l’industrie des engrais ;
- encourager une utilisation plus efficace des engrais par les agriculteurs (agriculture de précision et utilisation plus rationnelle des engrais) ;
- promouvoir les engrais biosourcés et à faible émission de carbone, y compris par la valorisation des dérivés du fumier.
La Commission a souligné que les besoins en engrais pour les applications de printemps sont largement couverts et que l’attention se porte désormais sur la prochaine récolte, celle de 2027.
Par ailleurs, concernant les aides d’État, Brigitte Misonne a indiqué que la DG Concurrence à la Commission examine les flexibilités temporaires pour soutenir le secteur. Plusieurs États membres ont déjà mis en place des mesures pour soulager leurs agriculteurs, notamment pour le carburant.
En ce qui concerne une pénurie d’engrais, « nos données montrent qu’à part des cas sporadiques, la plupart des besoins pour les applications de printemps sont couverts et disponibles pour les agriculteurs. Le focus est désormais sur la prochaine récolte, celle de 2027, afin de s’assurer que les besoins en engrais seront couverts », a ajouté Mme Misonne.
L’Observatoire européen du marché des engrais publie chaque mois les évolutions des prix et des stocks pour améliorer la transparence du secteur, a-t-elle précisé.
L’institution a rappelé les mesures déjà prises avant la guerre en Iran : ouvrir des quotas tarifaires sans droits pour l’ammoniac, l’urée et certains engrais azotés provenant de pays autres que la Russie et la Biélorussie, et appliquer une majoration fixe de 1% aux valeurs par défaut des émissions intégrées des engrais, nettement inférieure à celle pratiquée dans d’autres secteurs affectés par le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM).
« Nous convenons que cette crise au Moyen-Orient montre à nouveau combien il est crucial pour l’Europe de développer cette autonomie stratégique ouverte », a aussi souligné Brigitte Misonne. Elle a aussi prévenu que les hausses des prix de l’énergie et des engrais se répercuteront sur les prix alimentaires et a évoqué d’autres risques possibles, notamment des pénuries d’emballages, de matériaux au contact des aliments, de CO, ou d’additifs pour l’alimentation animale. (Lionel Changeur)