Alors que près de 520 000 travailleurs frontaliers résident en France, « ces mobilités traduisent une forte interdépendance des bassins d’emploi européens, mais génèrent également sur certaines frontières des déséquilibres croissants pour les territoires français : tensions sur l’emploi, difficultés de recrutement pour les entreprises, pression sur le logement et les services publics », a pointé mercredi 8 avril, dans un Manifeste la Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT), l'association française sur la coopération des territoires transfrontaliers.
Ce Manifeste propose vingt mesures pour renforcer la complémentarité des bassins d’emploi et instaurer de nouveaux mécanismes de solidarité entre territoires voisins. Il insiste entre autres sur la crise du logement dans le Grand Genève, les difficultés de recrutement dans l’Arc jurassien ou la fragilisation du tissu industriel dans le Doubs.
Parmi les préoccupations, l’attractivité des salaires suisses provoque, par exemple, du côté français, des pénuries de personnel de soins. Les salaires suisses exercent aussi une pression sur le logement, côté français, selon Christian Dupessey, président de la MOT et ancien maire d’Annemasse. « Le Genevois français est aujourd’hui le deuxième territoire le plus cher de France. Les salariés rémunérés en euros peinent à se loger, ce qui fragilise la cohésion sociale et l’attractivité des employeurs locaux ».
Dans le Grand Besançon, la saturation du marché immobilier sur la bande frontalière accroît les difficultés de recrutement des entreprises.
Le Manifeste appelle à renforcer la complémentarité des bassins d’emploi transfrontaliers (développement de formations communes, coordination des acteurs de l’emploi, création de filières économiques partagées et guichets uniques transfrontaliers) ; à renforcer l’attractivité du versant français (amélioration des conditions de travail, meilleure lisibilité de la rémunération globale, accès au logement, pouvoir d’achat et fidélisation des actifs) ; et à mettre en place une solidarité financière transfrontalière (mécanismes de compensation formation/chômage, contributions au logement et outils de soutien aux collectivités frontalières).
Les acteurs de la MOT soulignent la nécessité d’adaptations législatives et réglementaires ciblées. La révision des règles de coordination des régimes de sécurité sociale, actuellement en cours de discussion entre le Conseil de l’UE et le PE, est l’une des réponses à certains aspects jugés déséquilibrés par les États membres, en particulier le paiement d’indemnités chômage élevées aux travailleurs français ayant exercé en Suisse.
Lien vers le Manifeste : https://aeur.eu/f/lh7 (Solenn Paulic)