À l'issue de deux réunions ministérielles informelles avec l'Ukraine, puis la Moldavie, la commissaire européenne à l'Élargissement, Marta Kos, a annoncé, mardi 17 mars, que les deux pays candidats à l'adhésion à l'UE avaient « techniquement ouvert » leurs six ensembles ('clusters') de chapitres de négociations d'adhésion à l'UE.
L'ouverture officielle de ces ensembles de chapitres est bloquée par la Hongrie et l'ouverture technique doit permettre aux pays de faire les réformes nécessaires pour être prêts, quand la situation politique le permettra, d'ouvrir et fermer rapidement les ensembles de chapitres de négociations.
Trois ensembles avaient été ouverts en décembre à Lviv (Ukraine) (EUROPE 13771/22), et les trois derniers ce mardi. Il s'agit des ensembles de chapitres sur la compétitivité et la croissance inclusive (cluster 3), la transition écologique et la connectivité (4) et les ressources durables, l'agriculture et la cohésion (5).
Selon Mme Kos, les États membres ont défini des objectifs de réformes clés pour Kiev et Chisinau afin de garantir des progrès dans « ces domaines essentiels d'alignement sur l'UE » et les deux pays disposent désormais de tous les atouts nécessaires pour faire progresser les réformes d'adhésion à l'UE.
« Il s'agit d'une étape importante et pragmatique, qui permet au processus d'adhésion de continuer à progresser tandis que le consensus politique nécessaire à l'ouverture formelle des groupes thématiques continue de se construire entre les États membres », a expliqué la vice-première ministre moldave, Cristina Gherasimov, ajoutant que l'objectif de son pays était de maintenir la dynamique afin que l'adhésion devienne une perspective réaliste d'ici la fin de la décennie.
Cristina Gherasimov a souhaité une ouverture officielle/politique rapide de tous les ensembles de chapitres, « ce qui enverrait un signal fort à (ses) citoyens et à ceux qui cherchent à déstabiliser notre région, démontrant que la trajectoire européenne de la Moldavie est prévisible et irréversible ».
« Nous ne pouvons pas perdre un seul jour pour l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, car il s'agit de notre intérêt commun. (...) C'est pourquoi nous apprécions vraiment que l'Union européenne fasse preuve de créativité tout en respectant les règles. C'est également un signal positif pour l'Ukraine, qui montre comment poursuivre les réformes en temps de guerre », a souligné pour sa part le vice-premier ministre ukrainien, Taras Kachka.
Que ce soit pour l'Ukraine ou la Moldavie, Marlena Raouna, la vice-ministre des Affaires européennes chypriote, dont le pays assure la présidence du Conseil de l'UE, a souligné les progrès des pays dans leurs réformes, les qualifiant d'« impressionnants ». Mme Raouna a rappelé que, dans l'attente des conditions qui permettront d'ouvrir les six ensembles de chapitres, l'Ukraine et la Moldavie ne restaient pas inactives, mais, qu'au contraire, elles accélèraient leurs alignements sur l'acquis communautaire et leurs réformes. Selon la ministre, cette accélération n'est pas un simple exercice technique, mais un engagement politique, qui se traduit en actions et vise à préparer le terrain pour des négociations crédibles et substantielles. Les représentants de l'UE ont appelé les pays à poursuivre leurs efforts sur les fondamentaux - une justice équitable, une lutte contre la corruption et des institutions publiques fortes et responsables -, du côté de la Moldavie, et sur les dix réformes prioritaires convenues à Lviv, avec un accent particulier sur l'État de droit, la lutte contre la corruption et la mise en place d'institutions démocratiques fortes et responsables, du côté de l'Ukraine.
Facilité pour la réforme et la croissance. Par ailleurs, Marta Kos a annoncé le versement, par la Commission européenne, de 189 millions d'euros à la Moldavie au titre de la 'Facilité pour la réforme et la croissance', à la suite de la mise en œuvre réussie de 24 réformes par le pays sur les 26 prévues par le plan de réforme. Des réformes qui portent notamment sur l'allègement des charges administratives des entreprises, le renforcement de la cybersécurité et la réponse aux situations d'urgence, l'accélération de la numérisation des services publics et l'amélioration de la transparence budgétaire. Des marchés nationaux de l'électricité et d'équilibrage ont été lancés et le déploiement des énergies renouvelables s'est intensifié.
Sur les 189 millions d'euros, 173 millions seront versés directement au budget de l'État et 16 millions financeront des projets en Moldavie au moyen de la Plateforme d'investissement de voisinage. Ce versement s'ajoute aux 289 millions d'euros déjà alloués à la Moldavie en 2025. (Camille-Cerise Gessant)