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Bulletin Quotidien Europe N° 13826
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Moyen-orient

Les eurodéputés réclament le respect du droit international et affichent des divergences sur les réponses à la guerre

Lors du débat, mercredi 11 mars à Strasbourg, sur la crise au Moyen-Orient et la préparation du prochain Conseil européen, les députés ont appelé majoritairement au respect du droit international, tout en exprimant des divergences sur la solidarité européenne, la réponse stratégique de l’UE et sa politique énergétique (voir autre nouvelle).

Les eurodéputés ont dénoncé le régime cruel et oppressif en Iran, accusé d’avoir fait la guerre à son propre peuple, en référence aux jeunes manifestants abattus dans les rues et aux femmes réclamant la liberté qui ont été violemment réprimées.

Le respect du droit international a été largement défendu au sein de l’hémicycle. « Une intervention militaire sans objectifs clairs ni stratégie de sortie comporte le danger d’instabilité, de souffrances humanitaires et d’escalade régionale », a déclaré le Néerlandais Jeroen Lenaers, au nom du groupe PPE. Il est primordial, selon lui, que ce conflit ne se transforme pas en guerre régionale à grande échelle. « Nous appelons toutes les parties à faire preuve d’un maximum de retenue, à protéger les civils et à respecter pleinement le droit international », a-t-il souligné.

« Non à la guerre, oui au droit international », a lancé Iratxe García Pérez. La présidente du groupe S&D a reproché à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, d’avoir « affirmé que l’Europe ne peut plus être la gardienne de l’ancien ordre mondial ». Le véritable problème, selon elle, est de savoir qui permet que cet ordre soit violé.

Iratxe García Pérez a estimé que des autocrates comme le président américain, Donald Trump, et le premier ministre d'Israël, Benyamin Netanyahu, piétinent le droit international sans en subir les conséquences. La dirigeante socialiste a appelé la Commission à activer l’instrument anticoercitif « chaque fois qu’un gouvernement menace l’Union européenne par des droits de douane », ainsi qu’à imposer des sanctions « lorsqu’un gouvernement commet un génocide ». Selon le groupe S&D, l’attaque militaire des États-Unis et d’Israël contre l’Iran viole la Charte des Nations unies.

Valérie Hayer (Renew Europe, française) a estimé, pour sa part, que l’Union européenne ne devait pas être un « sous-traitant » des États-Unis. « L’Europe doit être intraitable et sans ambiguïté sur le respect et la défense du droit international », a-t-elle déclaré.

Pour Manon Aubry (La Gauche, française) la guerre menée par les États-Unis et Israël en Iran et au Liban est « pleinement illégale en droit international. Elle intervient d'ailleurs alors que les négociations sur le nucléaire étaient sur le point d'aboutir et que l'Iran était prêt à renoncer à son programme d'enrichissement de l'uranium ». Selon elle, Benjamin Netanyahou souhaite « faire de Beyrouth le nouveau Gaza ». Elle a estimé que l'Europe doit rompre définitivement l'accord d'association avec Israël et refuser l'accord commercial avec Donald Trump. « Au lieu de cela, Mme von der Leyen, vous êtes incapable de défendre le droit international », a lancé Mme Aubry.

Lors de son intervention, Ursula von der Leyen a déclaré que « voir le monde tel qu’il est n’entame en rien notre détermination à lutter pour le monde tel que nous le voulons ». L’Union européenne a été fondée comme un projet de paix. « Notre engagement indéfectible en faveur de la paix, des principes de la Charte des Nations unies et du droit international est aujourd’hui aussi central qu’au moment de notre création, et nous défendrons toujours ces principes », a dit la présidente de la Commission.

Solidarité à géométrie variable. S’adressant au PPE, Iratxe García Pérez a dénoncé l’absence de soutien à l’Espagne : « Vous aviez l’occasion de vous ranger du côté de l’Espagne lorsque, lors de la Conférence des présidents, nous avons proposé un débat sur ce sujet. Vous pouviez vous tenir à ses côtés, et vous avez choisi de vous ranger du côté de l’extrême droite, en votant contre l’envoi d’un message d’unité et de solidarité avec un pays de l’Union européenne. Ce n’est pas ainsi que l’on démontre l’unité ».

Au nom du groupe Verts/ALE, Terry Reintke s’est dite choquée que le PPE ait empêché une déclaration claire de solidarité avec le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez.

Lorsque la sécurité de l’Europe est en jeu, l’Europe doit agir de concert, a également affirmé Jeroen Lenaers. Cette fois, Chypre n’a pas invoqué l’article 42, paragraphe 7 - la clause de défense mutuelle prévue par le traité sur l’Union européenne (TUE). « Mais imaginez si un État membre le faisait : la solidarité ne peut être improvisée au milieu d’une crise. Si un État membre est attaqué, l’Europe doit savoir comment répondre. Nous disposons du 'parapluie nucléaire' fourni par la France, qui renforce notre dissuasion européenne. Mais nous devons aussi développer des capacités communes - drones, brigade de cyberdéfense, bouclier antimissile et, au final, une véritable union de défense européenne », a plaidé M. Lenaers.

Nicola Procaccini, au nom du groupe CRE, a appelé à faire preuve de solidarité concrète envers Chypre. 

Jordan Bardella (PfE, français) a souligné la responsabilité particulière de la France dans la région, appelant à la désescalade, à la préservation de la stabilité régionale et à la défense des alliés, en particulier du Liban, qu’il considère pris en otage par le Hezbollah.

Dépendance à l'égard des énergies fossiles. Terry Reintke a également souligné les conséquences immédiates de la crise sur les citoyens européens, notamment la volatilité des marchés de l’énergie fossile et la hausse des factures de gaz et de chauffage. Elle a critiqué la dépendance persistante de l’Europe à l'égard des énergies fossiles et accusé l’extrême droite, favorable à Donald Trump, d’ignorer l’impact de ces conflits sur le pouvoir d’achat des Européens.

À court terme, Mme Reintke a plaidé pour une taxation des surprofits des entreprises énergétiques, notamment pétrolières, et pour un soutien ciblé aux ménages les plus vulnérables. À long terme, elle a appelé, comme Mme Hayer, à renouer pleinement avec le 'Pacte vert européen'. 

Jordan Bardella a critiqué la fiscalité énergétique européenne et la taxe carbone, qu’il juge pénalisantes en période de crise. Nicola Procaccini, lui aussi, a remis en cause la taxe liée aux quotas carbone (ETS).

Manon Aubry a relevé que les prix de l'essence « dépassent les deux euros du litre ». « Nous ne paierons pas votre guerre. Bloquez les prix maintenant, la Croatie l'a fait. Alors qu'attendez-vous ? », a-t-elle lancé à l'adresse de la Commission. 

La présidente de la Commission a souligné que l'UE disposait de « sources d’énergie produites chez nous : les énergies renouvelables et le nucléaire ». « Leurs prix sont restés stables au cours des dix derniers jours. Pourtant, dans la crise actuelle, certains soutiennent que nous devrions abandonner notre stratégie à long terme, voire revenir aux combustibles fossiles russes. Ce serait une erreur stratégique », a-t-elle lancé.

Ukraine. Enfin, de nombreux eurodéputés ont estimé que le prochain Conseil européen devait commencer à bâtir une véritable sécurité européenne et s’accorder sur les 90 milliards d’euros promis pour la défense de l’Ukraine. Viktor Orbán tenterait, selon Jeroen Lenaers, de détourner l’attention de ses échecs intérieurs par une campagne de désinformation qui mine l’unité et la sécurité de l’Europe. (Lionel Changeur)

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