Lors de son discours sur l’État de l’Union, mercredi 10 septembre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n’a laissé aucune place au doute sur la reconnaissance du nucléaire, au même titre que les renouvelables, dans la politique énergétique de l’UE.
« Nous devons produire davantage d’énergies renouvelables locales, avec le nucléaire comme source de base ('baseload') », a-t-elle déclaré face aux eurodéputés dans l'hémicycle du Parlement européen, à Strasbourg.
Un changement de ton par rapport à son dernier discours sur l’état de l’Union de 2023 qui ne faisait référence qu’aux énergies propres ou renouvelables. Cette déclaration s’inscrit dans le changement d’orientation progressif amorcé par la Commission depuis la crise énergétique de 2022.
Dans la lignée du nouvel axe franco-allemand. La prise de position a été saluée par les défenseurs de l'atome, à commencer par la France. « Il y a un an, le nucléaire était encore banni de la politique énergétique européenne. Aujourd'hui, il est dans le discours sur l'état de l'Union », s'est félicitée une source de l'entourage du ministre français sortant de l'Industrie et de l'Énergie, Marc Ferracci.
Ce « changement en profondeur » qu'applaudit Paris s'illustre sur la scène politique européenne par le soutien nouvellement acquis de l’Allemagne dirigée par le chancelier, Friedrich Merz. Ainsi, les conclusions du Conseil des ministres franco-allemand, le 29 août dernier, reconnaissent notamment « la non-discrimination entre toutes les technologies énergétiques neutres et à faible intensité carbone (…) (EUROPE 13698/8) ».
Emmanuel Brutin, directeur général de NuclearEurope, l'association professionnelle représentant l'industrie nucléaire européenne, espère toutefois que les politiques à venir « refléteront cette approche et soutiendront les investissements importants prévus par l'industrie ».
Les propos de la présidente de la Commission interviennent alors que la Cour de justice de l’UE vient d’autoriser l’inclusion de certaines activités dans le domaine du nucléaire et du gaz fossile dans le règlement sur la taxonomie, qui définit ce qui est considéré comme une activité verte ou durable (voir autre nouvelle).
Critiques sur l'accord commercial avec les États-Unis. Au-delà des enjeux sur le plan technologique, plusieurs interlocuteurs ont souligné une incohérence dans le discours de Mme Von der Leyen, entre la volonté d'indépendance énergétique et de baisse des prix de l'énergie d'une part, et l'accord commercial scellé le 27 juillet dernier avec l'administration Trump d'autre part.
Des eurodéputés dans l’hémicycle, comme les présidents des groupes des socialistes et démocrates, Iratxe García Pérez (espagnole), et des Verts/ALE, Bas Eickhout (allemand), ont ainsi critiqué le volet énergétique « fou » de l’accord commercial. Celui-ci comprend un engagement de l’UE à importer 750 milliards de dollars d'énergie américaine sur trois ans.
« L'énergie américaine est plus polluante que ce que nous avons connu jusqu'à présent et vous voulez l’utiliser pour remplacer le gaz naturel liquéfié russe, qui ne représente pour l'instant que 10 milliards d’euros d’importations par an. Ces chiffres ne concordent pas », a critiqué M. Eickhout.
Nouvelle initiative en faveur des infrastructures de réseau. Parmi les nouveautés annoncées, Mme von der Leyen a dévoilé une nouvelle initiative intitulée 'Autoroutes de l’énergie' visant à « supprimer les goulets d’étranglement » qui entravent le développement des infrastructures de réseau de l’UE.
La Commission a ainsi recensé huit zones critiques « du détroit d’Øresund au canal de Sicile », lorsque l’infrastructure du réseau électrique n'est pas en mesure de transporter efficacement l'énergie en raison de limites de capacité de transport ou encore de vieillissement des infrastructures.
Elle fait notamment mention de la nécessité d'améliorer les interconnections électriques dans la Transpyrénéenne entre la France et l'Espagne, pour mieux intégrer la péninsule ibérique à l'Europe continentale, après la panne massive survenue en avril dernier (EUROPE 13645/7).
L'initiative de la Commission s’ajoute au paquet 'réseaux' attendu d’ici la fin de l’année, visant à moderniser les infrastructures énergétiques européennes afin de soutenir les énergies renouvelables, l'électrification et la transformation industrielle.
Voir le discours de Mme von der Leyen : https://aeur.eu/f/icl
Voir sa lettre d'intention : https://aeur.eu/f/icn (Pauline Denys)