Lors d'un évènement organisé par le Mouvement des Entreprises France (Medef), mercredi 27 août, le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, a exprimé son inquiétude quant à la prévisibilité de l'accord conclu entre l'UE et les États-Unis en juillet. S'il a défendu en premier lieu le résultat des négociations, il a déclaré que les conditions devraient être revues si de nouveaux tarifs étaient imposés par le président américain, Donald Trump : « Le risque que nous courons c’est que nous n’ayons pas la prévisibilité. Dans ce cadre-là, évidemment que la Commission doit revoir les conditions mêmes de cet accord ». Car Donald Trump pourrait revenir sur les termes tout au long de son mandat, sans limite, a-t-il prévenu : « On a quelqu'un en face qui ne respecte aucune règle, ni d'usage ni d'éthique ».
Un accord décrié sur le fond et la forme. Selon le ministre français du Commerce, Laurent Saint-Martin, qui participait également à l'événement, l'UE doit jouer avec les nouvelles règles qui s'imposent en matière de négociations commerciales. Il estime qu'il est « urgent » que l'UE comprenne cette nouvelle logique de puissance, qui domine le jeu de la compétition économique. L'UE doit donc « s'affirmer comme une puissance » et « assumer un axe défensif clair sur la protection des secteurs clés », a expliqué le ministre français.
L'eurodéputée Aurore Lalucq (S&D, française), qui prenait également part à une table-ronde à l'évènement du Medef, a déclaré que, si le président américain n'avait pas de parole, l'UE n'avait « pas de courage ». « Il serait temps qu'on en ait », a-t-elle insisté. Tout comme le ministre du Commerce, elle a appelé au rapport de force avec les États-Unis.
Si la Commission européenne se veut rassurante sur sa souveraineté réglementaire, elle a déjà fait des concessions en matière de politique climatique et commerciale, dans la déclaration conjointe entre l'UE et les États-Unis, qui est certes non contraignante, l'UE a promis de « travailler à fournir des flexibilités additionnelles dans la mise en œuvre du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières ». Cela, en plus de ses travaux législatifs déjà terminés sur l'assouplissement du CBAM en matière de charge administrative.
Selon le ministre Saint-Martin, l'UE n'a peut-être pas été suffisamment efficace dans ses négociations : « Par rapport aux autres pays qui ont négocié des accords avec les États-Unis, l'UE s'en sort plutôt bien, si l'on regarde le taux final et les exemptions. Est-ce-qu'on n'aurait pas obtenu mieux avec une autre méthode ? Moi, je pense que oui ».
Face à ces critiques, Stéphane Séjourné a défendu la méthode et le résultat. Selon lui, le taux de 15% tout compris que la Commission a obtenu est bien meilleur que ceux négociés par d'autres pays, et les quelques exemptions de tarifs sont également inédites. (Léa Marchal)