Le déjeuner de travail qui a réuni les ministres européens des Affaires étrangères lundi 23 juin à Bruxelles, dans le cadre de leur Conseil sectoriel (FAC), visait à jeter les bases des discussions qui auront lieu en amont du Sommet UE-Chine juste avant la trêve estivale. Un dialogue stratégique est ainsi déjà prévu le 2 juillet.
Ce premier échange ministériel, qui s’est tenu à huis clos, n’était pas le point central de ce Conseil, dans un contexte géopolitique marqué par l’escalade des tensions entre l’Iran et Israël au Moyen-Orient, et les frappes américaines récentes en Iran (voir autre nouvelle).
À son arrivée au Conseil, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, a rappelé que ces premières discussions portaient, en priorité, sur les défis sécuritaires, alors que de nombreux pays ont critiqué le soutien chinois à la guerre d’agression de la Russie en Ukraine, en particulier par l’exportation de biens à double usage qui peuvent être utilisés aussi bien à des fins civiles que militaires.
Plus tard, lors d’une conférence de presse, Mme Kallas a rappelé que Pékin était l'un des principaux partenaires commerciaux de l'UE, mais que « toute relation exigeait une dose de réalisme ».
« L'OTAN a déclaré que la Chine était le principal soutien de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine. Elle mène des cyberattaques. Elle interfère dans nos démocraties. Elle a recours à des pratiques commerciales coercitives. Ces aspects pèsent sur nos relations et font qu'il est de plus en plus difficile de continuer comme avant », a-t-elle poursuivi. Cette déclaration a lieu quelques jours après que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a haussé le ton à l'égard de Pékin sur le plan commercial (EUROPE 13661/3).
La position de Mme Kallas est notamment partagée par le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, qui a regretté, devant la presse, que la Chine permette à la Russie de mener cette guerre sur le plan économique, appelant à la fermeté.
« Nous devons adresser un message très direct et très fort à la Chine pour qu'elle cesse de soutenir la Russie dans cette guerre », a-t-il affirmé.
La ministre slovène des Affaires européennes et étrangères, Tanja Fajon, a, elle aussi, mentionné l'attitude inquiétante de la Chine en matière de cyberattaques hybrides et de respect des droits de l'homme, mais a préconisé d’adopter une approche « pragmatique », en particulier en ce qui concerne la coopération économique.
« Après tout, la Chine est un partenaire extrêmement important lorsqu'il s'agit de relever les défis mondiaux et avec lequel nous devons mener un dialogue », a-t-elle évoqué.
Ce dialogue devrait donc se poursuivre plus amplement lors du Sommet bilatéral qui aura lieu à Pékin, sans pour autant que les deux parties adoptent de déclaration conjointe ni scellent d'accords concrets à l'issue de celui-ci. (Pauline Denys)