Les membres de la commission spéciale du Parlement européen sur le bouclier européen de la démocratie (EUDS) ont interrogé plusieurs chercheurs ou journalistes, mardi 22 avril, pour alimenter leurs travaux, en particulier ceux portant sur les menaces hybrides russes et la façon dont la Russie manipule à la fois les informations, les élections, attaque des infrastructures physiques ou encore les flux migratoires, comme ceux vers la Pologne depuis la Biélorussie.
Alors que la présidente de la commission EUDS, Nathalie Loiseau (Renew Europe, française), a expliqué que la Russie mène depuis des années une « guerre de l’ombre contre nos démocraties » et que l’UE est bien « en guerre, même hybride, contre la Russie », les différents intervenants ont détaillé les méthodes utilisées par Moscou pour influencer notamment les opinions quant à la guerre en Ukraine afin d’éroder le soutien de l’UE ou les votes des électeurs, les représentants de l’ONG Alliance4Europe se penchant notamment sur les récentes élections allemandes.
La chercheuse Nina Jankowicz, directrice à l’‘American Sunlight Project’ a aussi consacré une partie de ses constats aux plateformes américaines de l’Internet et à la « capture » de ces plateformes telles que Meta ou X par le président américain, Donald Trump. Elle a aussi critiqué la décision du gouvernement américain de supprimer le bureau de lutte contre les ingérences russes, appelant ainsi l’UE à agir également sans scrupules contre la désinformation véhiculée par les plateformes américaines permettant de diffuser les fausses informations russes.
Il faut « rester ferme dans la défense de vos démocraties » et lutter contre les « attaques américaines » visant à faire campagne pour arrêter la mise en œuvre du règlement DSA et affaiblir le soutien à l’Ukraine.
S’agissant des méthodes de la Russie, elle a énuméré l’usage de l’intelligence artificielle générative, les deep fakes, les chat bots et les centaines de milliers de comptes automatisés, longtemps dormants et réactivés à l’occasion d’élections, chargés de republier des contenus.
Elle a également cité la diffusion de contenus dans des langues minoritaires, comme le basque, pour étendre la sphère de diffusion.
De son côté, l’ONG Alliance4Europe a insisté sur les tactiques russes, comme celles du réseau russe Storm 15 16 ou l’opération Doppelgänger ou encore les méthodes physiques de sabotages de voitures dans l’UE ensuite attribuées à des activistes écologistes.
L’ONG a appelé l’UE à mettre concrètement en œuvre ses outils, comme le DSA, « avec ambition » face aux géants américains et en utilisant les sanctions, mais aussi à doter le projet de bouclier européen contre la démocratie d’un budget concret et crédible afin de créer un « nouvel écosystème de défense ».
La menace et la nécessité d’une réponse ferme ont été reconnues par un grand nombre d’élus, même si des membres du groupe PfE ont accusé la Commission européenne de faire également de la désinformation et de vouloir uniformiser les pensées. L'Espagnol António Tânger Corrêa est notamment revenu sur la controverse liée au financement européen des ONG, jugeant qu'il « n'y a pas que les Russes qui propagent de la désinformation ». (Solenn Paulic)