La migration sera l’un des chantiers prioritaires de la Présidence polonaise du Conseil de l’UE alors que le pays subit depuis plusieurs années désormais des menaces hybrides de la part de la Biélorussie et de la Russie prenant la forme notamment d’une instrumentalisation de la migration.
Alors que la Pologne a obtenu satisfaction en décembre avec une nouvelle communication de la Commission sur ce sujet de l’instrumentalisation des migrants à des fins hostiles (EUROPE 13543/1), le semestre de présidence du Conseil de l'UE devrait être l’occasion pour Varsovie d’insuffler de nouvelles idées pour moderniser le cadre européen sur la migration.
Le pays, même en tant que présidence du Conseil de l’UE, devrait assurément défendre des positions fortes sur ce sujet.
Lors d’un évènement public, le 12 décembre, l’ambassadrice de la Pologne auprès de l’UE, Agnieszka Bartol, avait déjà indiqué que, face à l’instrumentalisation des migrations comme arme, « le Pacte (Asile et migration) ne tient pas ». Même si la Pologne sera un « un négociateur honnête », elle « a voté contre le Pacte ; il ne répond pas aux défis actuels », avait-elle indiqué devant un panel de journalistes.
Le pays n’a pas encore transmis son plan national de mise en œuvre du 'Pacte Asile et migration' et est actuellement en discussion avec la Commission pour expliquer sa position sur ce sujet. La Pologne refuse en effet de mettre en œuvre des éléments du Pacte qui « fragiliseraient sa sécurité », avait expliqué une source diplomatique le 18 décembre.
Dans son programme officiel, la Présidence explique qu’elle s’emploiera activement à trouver des solutions nouvelles et innovantes aux défis migratoires actuels, notamment en ce qui concerne la sécurité des frontières extérieures de l’UE. Il est nécessaire de chercher des réponses appropriées aux menaces sécuritaires, y compris celles de nature hybride.
« Nous travaillerons à la mise en œuvre de certains concepts qui ont été mentionnés dans la lettre des 15 États membres du 15 mai 2024 à la Commission, tels que l’établissement de partenariats avec les principaux pays d’origine et de transit des migrants, en créant des lieux sûrs dans les pays tiers afin d’offrir aux migrants une alternative sûre aux tentatives de voyage illégal vers l’UE » (EUROPE 13411/3).
Il s’agira aussi de renforcer « l’efficacité et la durabilité des retours volontaires et forcés en améliorant la coopération avec les pays tiers, en utilisant tous les leviers disponibles, tels que les politiques en matière de visas ou de commerce ».
Alors que la Présidence polonaise pilotera les premiers travaux sur la nouvelle législation attendue sur les 'retours' avant fin mars 2025 et la présentation d’une première liste européenne sur les pays tiers d’origine sûrs, Varsovie cherchera à accentuer les travaux sur l’utilisation stratégique de la politique des visas, y compris le mécanisme de suspension de l’exemption de visa.
« Nous entreprendrons également une discussion sur les possibilités juridiques et pratiques de contrer l’instrumentalisation de la migration par une action coordonnée sur les dimensions externes et internes de la migration ».
La Présidence continuera aussi à aider l’Ukraine à faire face aux défis migratoires, notamment les déplacements internes, tout en renforçant la préparation à gérer de manière adéquate une éventuelle prochaine vague de réfugiés de guerre ainsi qu’en répondant aux besoins des bénéficiaires d’une protection temporaire qui se trouvent déjà sur le territoire des États membres de l’UE.
« Nous discuterons de solutions alternatives à la protection temporaire pour les réfugiés de guerre en provenance d’Ukraine afin d’éviter les mouvements secondaires », annonce le programme.
Varsovie veut aussi travailler sur le bon fonctionnement de l’espace Schengen et compte se saisir de la question du rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, comme le pratiquent actuellement une série d’États membres.
Dans le contexte de la lutte contre la criminalité grave et organisée, elle accordera une attention particulière au processus de préparation adéquate du nouveau cycle de la 'Plateforme multidisciplinaire européenne contre les menaces criminelles' (EMPACT) pour 2026-2029.
En réponse aux défis actuels dans le domaine de la sécurité intérieure, la Présidence lancera une discussion plus large sur l’avenir et les orientations du développement futur des principales agences de l’UE qui soutiennent les États membres dans ce domaine, indique encore le programme.
Lien vers les priorités : https://aeur.eu/f/ewk
Voir les agendas provisoires des réunions ministérielles du Conseil au premier semestre 2025: https://aeur.eu/f/exi (Solenn Paulic)