« Les fusions transfrontalières » entre banques européennes afin que celles-ci puissent réellement « rivaliser en termes d'échelle, de profondeur et de gamme » avec d'autres institutions financières dans le monde, « y compris les banques américaines ou chinoises, sont souhaitables », a déclaré la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, lundi 30 septembre lors d'une audition en commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
Mme Lagarde répondait à plusieurs questions d'eurodéputés, tels que les Fernando Navarrete Rojas (PPE, espagnol) et Jónas Fernández (S&D, espagnol) et Giovanni Crosetto (CRE, italien) sur la montée en puissance de la banque italienne Unicredit dans l'actionnariat de la banque allemande Commerzbank, malgré les réticences du gouvernement allemand (EUROPE 13488/23).
La présidente de la BCE a également réitéré l'importance de parachever l'union bancaire avec la création d'un système européen de garantie des dépôts bancaires (EDIS) et de concrétiser l'union des marchés de capitaux (UMC) sous cette législature.
UMC. Mme Lagarde a estimé que progresser dans l'intégration des marchés de capitaux dans l'UE devait constituer « une pierre angulaire de la stratégie de compétitivité de l'UE ». Cela passera, selon elle, par la capacité de l'UE à « dépasser les intérêts particuliers et les priorités nationales concurrentes ».
La présidente de la BCE a préconisé trois niveaux d'action: (1) améliorer la façon dont les Européens épargnent, en leur permettant d'investir une partie de leurs dépôts - 1100 milliards d'euros en 2022 - sur les marchés de capitaux; (2) mettre en place « un écosystème réglementaire et de surveillance unique », en s'inspirant du 'Mécanisme de supervision bancaire unique' (SSM) pour faire évoluer l'Autorité européenne des marchés financiers; (3) favoriser l'intégration des infrastructures financières, spécialement les structures de marché et de post-marché.
Damian Boeselager (Verts/ALE, allemand) lui a demandé ce qu'elle dirait aux leaders européens pour les convaincre d'avancer sur ce dossier. Le facteur principal, c'est « l'innovation » et la capacité de l'UE à combler son déficit en matière de productivité, a souligné Mme Lagarde. Les créateurs en Europe ont besoin de capital et s'ils ne le trouvent pas dans l'UE, ils iront en chercher ailleurs, a-t-elle prévenu.
Inflation. La présidente de la BCE a également motivé les décisions que l'institut monétaire a prises début septembre, notamment la nouvelle baisse du taux d'intérêt sur la facilité de dépôt (EUROPE 13481/2). Elle a rappelé le chemin parcouru en matière de lutte contre l'inflation au sein de la zone euro: la hausse des prix atteignait 10,6% en octobre 2022, 5,2% en septembre 2023 - date de la dernière hausse des taux directeurs - et 2,6% en juin, lorsque ces taux ont été baissés pour la première fois.
La BCE prévoit une inflation à hauteur de 2,5% en 2024, 2,2% en 2025 et 1,9% en 2026.
Enfin, Mme Lagarde a indiqué que l'institution européenne avait lancé une nouvelle évaluation de sa stratégie de politique monétaire, à portée plus limitée que l'examen de juillet 2021. Cette évaluation comprendra deux volets: - l'évolution de l'environnement inflationniste ; - les implications de cette évolution pour la stratégie de politique monétaire, y compris les enseignements à tirer des périodes de faible et de forte inflation. Ses résultats seront connus au second semestre 2025. (Mathieu Bion)