La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé, jeudi 19 septembre, un nouveau paquet d’aides à l’Ukraine pour soutenir son infrastructure énergétique à l’approche de l’hiver, en compagnie du directeur exécutif de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), Fatih Birol, venu présenter le nouveau rapport de l’Agence sur le sujet.
Au total, 160 millions d’euros seront débloqués pour soutenir l’Ukraine lors de la saison hivernale, comprenant 60 millions en aide humanitaire (abris, chauffage…) et 100 millions pour les travaux de réparation et le développement d'énergies renouvelables.
Ce deuxième montant proviendra des avoirs russes immobilisés, « car il est juste que la Russie paie pour les destructions qu'elle a causées », a déclaré Mme von der Leyen.
Depuis l’invasion de la Russie en Ukraine, les vulnérabilités du système énergétique ukrainien se sont accentuées, avec une escalade significative des attaques, depuis le printemps 2024, sur les centrales électriques, les centrales thermiques ou encore les réseaux de transport.
Restauration et exportation de 4,5 GW. Au cours de l’été, le déficit d’électricité de l’Ukraine a été important, avec une capacité de production chutant de plus de 2 GW par rapport à la demande de pointe de 12 GW.
L’AIE s’attend à ce que le déficit s’accentue cet hiver, avec une demande qui pourrait atteindre les 18,5 GW.
« Même avec le retour des unités nucléaires en maintenance pendant l'été et l'importation continue de 1,7 GW d'électricité en provenance des voisins européens de l'Ukraine, le déficit d'approvisionnement pourrait atteindre jusqu'à 6 GW », alerte le rapport de l’AIE intitulé ‘Ukraine’s Energy Security and the Coming Winter’.
La Commission européenne a indiqué vouloir restaurer et exporter un total de 4,5 GW cet hiver, l’objectif étant de réparer les centrales électriques et de fournir l’équipement nécessaire, afin de couvrir 15% des besoins de l’Ukraine et d’accroître les exportations d’électricité de l’UE pour répondre à 12% des besoins.
Dans son rapport, l’AIE met également en garde contre les problèmes d’approvisionnement en chaleur des grandes villes ukrainiennes et s’inquiète qu’un hiver plus froid que la moyenne n’augmente le besoin d'importations en provenance d’Europe centrale et de l’Est.
Décentralisation de l'approvisionnement. Parmi les 10 actions reprises dans le rapport, l’AIE invite à renforcer la sécurité physique et informatique des infrastructures énergétiques critiques de l'Ukraine, à augmenter la capacité de transport d'électricité avec l'UE, ou encore à décentraliser l’approvisionnement en énergie afin que le système soit moins vulnérable aux attaques.
Pour ce faire, l'Agence suggère d'accélérer le déploiement de petites centrales de production combinée de chaleur et d'électricité au gaz et des systèmes solaires photovoltaïques et éoliens, complétés par des batteries et d'autres technologies de stockage.
Sécurité électrique de la Moldavie. Par ailleurs, l'AIE reconnaît le cas de la Moldavie, qui tire la majeure partie de son électricité d'une centrale située dans la région séparatiste de Transnistrie, soutenue par la Russie.
Selon l'Agence, l'expiration, fin 2024, de l’accord de transit du gaz russe par l'Ukraine crée une incertitude importante pour les livraisons de gaz à la région de Transnistrie et pour la sécurité électrique de la Moldavie.
Le rapport appelle donc à une approche coordonnée pour assurer la sécurité énergétique des deux pays, « compte tenu de leurs liens énergétiques étroits ».
Volatilité des prix en Europe du Sud-est. Ce soutien énergétique de l’UE à l’Ukraine renvoie néanmoins à l’appel récent des pays de l’Europe du Sud-est, plus précisément à la lettre du Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, envoyée à la Commission européenne le 13 septembre (EUROPE 13482/16).
Celui-ci s’est indigné des prix élevés de l’électricité dans la région cet été et a remis en cause les exportations de l'UE vers l'Ukraine pour faire face aux perturbations sur le système énergétique ukrainien.
Mme von der Leyen estime que les attaques russes ont effectivement joué un rôle sur la volatilité des prix dans la région, « mais plus limité ». Ainsi, elle juge nécessaire de prendre en compte une multitude de facteurs, tels que « la pression du changement climatique sur nos systèmes énergétiques et la question d’une meilleure interconnexion dans l’Union européenne ».
La Commission européenne a indiqué être en train d’analyser la situation dans la région et d'engager les discussions au niveau technique, reconnaissant la nécessité d’accroître la flexibilité du réseau et les interconnexions.
Le point sera abordé au niveau ministériel ainsi que lors de la réunion du Groupe de haut niveau du ‘Central and South-Eastern Europe Energy Connectivity’ (CESEC), fin octobre à Budapest.
Pour voir le rapport de l'AIE : https://aeur.eu/f/dhk (Pauline Denys)