Le besoin d’investissements pour soutenir l’industrie de l’UE fait consensus au Parlement européen. Le montant et l’origine de ces fonds un peu moins. Suite à la présentation du rapport de Mario Draghi, lundi 9 septembre, les eurodéputés ont, chacun, mis le doigt sur les mesures qu’ils préfèrent. Si certains ont rapidement rebondi sur le sujet des investissements, d'autres évitent le sujet.
À droite de l'hémicycle, les députés insistent sur l’importance d’exploiter le capital privé avant toute chose. De plus, la question des financements n’est pas au centre des préoccupations de l’industrie, selon la droite, qui estime que c’est avant tout la charge réglementaire et administrative de l’UE qui fait fuir les entreprises.
Dès lors, l’idée de dette commune soulevée par Mario Draghi ne pourra guère convaincre les élus du PPE. « L’endettement commun n'est ni politiquement réalisable ni conseillé. Nous avons vu, avec le fonds de relance, qu'il ne suffit pas de jeter de l'argent sur un problème pour le résoudre », prévient Markus Ferber (PPE, allemand). Il craint que les discussions politiques s’enlisent en raison des désaccords sur les financements et n’aboutissent à rien.
Son collègue Andreas Schwab (PPE, allemand) insiste, lui aussi, plutôt sur le poids des obligations de ‘reporting’ pour les entreprises.
L’appel de Mario Draghi à investir massivement trouve, en revanche, un certain écho au centre et à gauche. Le S&D accueille positivement l’idée d’emprunt commun. « Le rapport Draghi est un point d’appui en ce qu’il réclame des investissements dans les technologies du futur et la transition zéro carbone financés pour partie par de l'emprunt européen. Cela va nous être très utile, parce que, si Ursula von der Leyen s’est montrée ouverte à aller dans cette direction par le passé, ce n’est pas majoritairement dans le logiciel de son groupe politique », a réagi Jean-Marc Germain (S&D, français).
Le groupe Renew Europe s'accorde sur le besoin d'investissements, moins sur le volume de financements publics nécessaire.
Le Belge Yvan Verougstraete (Renew Europe) estime que le secteur privé aura besoin d'être soutenu par une injection massive de fonds publics : « L'UE pourrait y parvenir, entre autres, par des emprunts communs et une fiscalité propre ». Selon lui, une dette commune « n'appauvrirait pas notre crédibilité économique ».
Dans son propre groupe, toutefois, certains élus insistent surtout sur la mobilisation des capitaux privés, comme l'Allemande Svenja Hahn.
Du côté des Verts/ALE, la dette commune est acceptée de manière plus large : « Le rapport envoie un message clair à l'Allemagne : le maintien dogmatique du frein à l'endettement par la CDU et la FDP est le plus grand frein à la croissance de l'économie allemande », a déclaré Michael Bloss (Verts/ALE, allemand).
À l'extérieur du PE, plusieurs organisations ont, elles aussi, accueilli positivement le message de Mario Draghi sur les investissements et appellent les décideurs à suivre ses recommandations.
« L'accent mis par M. Draghi sur une relance des investissements à hauteur de 750 à 800 milliards d'euros devrait être un signal d'alarme pour tous les dirigeants européens qui parlent d'austérité et de conservatisme budgétaire », a réagi la directrice exécutive du centre de réflexion Strategic Perspectives, Linda Kalcher. (Léa Marchal)