Le directeur général pour l’industrie de la défense et l’espace de la Commission européenne, Timo Pesonen, a expliqué aux députés européens de la commission 'Industrie, Recherche et Énergie' (ITRE), mercredi 24 juillet, que les États membres avaient réagi positivement à la proposition de la Commission établissant un programme européen pour l'industrie de la défense (EDIP).
« Ils ont en général répondu positivement, mais maintenant, le travail est dans le groupe de travail, le Coreper (réunion des représentants permanents des États membres auprès de l’UE, NDLR) », a-t-il expliqué. De leur côté, les députés se sont montrés positifs concernant EDIP, tout en s’interrogeant notamment sur le financement et sur les entreprises concernées. Le budget prévu est de 1,5 milliard d’euros jusqu’en 2027.
« Est-ce que la Commission européenne s’est rendu compte que les moyens ne sont vraiment pas suffisants ? », s’est interrogée Angelika Niebler (PPE, allemande), se demandant comment parvenir à un budget plus élevé. Selon elle, un budget de 1,5 milliard est « presque ridicule ».
« Il faut veiller à ce que les projets soient réalisés et qu’on puisse débourser suffisamment pour atteindre les objectifs fixés », a ajouté Beata Szydło (CRE, polonaise).
Le directeur général a reconnu qu’il fallait être en mesure de mobiliser plus de financement et être plus ambitieux pour de l’innovation à la production. « L’ambition est une augmentation significative des efforts pour les prochains cadres financiers pluriannuels et, bien sûr, entretemps, il y aura une discussion sur les besoins les plus urgents et pour combler les lacunes en termes de capacités », a-t-il expliqué. M. Pesonen a reconnu que le sujet était sensible au Conseil et a rappelé que les dirigeants européens avaient demandé à la Commission des options pour financer la défense européenne à discuter au Conseil européen d’octobre.
Interrogé sur les investissements privés, M. Pesonen a précisé que le budget de l’UE avait un effet de levier. Selon lui, ASAP, avec les 500 millions d’euros des fonds européens, a pu lever près de 2 milliards d’euros d’investissements sur toutes les chaînes de valeurs.
De plus, Christophe Grudler (Renew Europe, français) s’est inquiété de la destination des fonds européens. « J’entends des choses inquiétantes au niveau du Conseil, où de nombreux États membres ne font pas assez la distinction entre produits européens et non européens. Il est déterminant qu’EDIP, qui est de l’argent européen, aille dans l’industrie européenne pour des produits européens », a-t-il expliqué.
Marc Botenga (La Gauche, belge) a également soulevé la question de l’implication des pays tiers.
« On doit éviter qu’il y ait des exportations vers des pays qui violent des droits humains et il faut plus d’ambition dans les dépenses communes et l’intégration des marchés, et notamment des appels d’offres », a ajouté Ville Ninistö (Verts/ALE, finlandais).
En réponse, M. Pesonen a précisé que « le point de départ » pour la définition des critères d'éligibilité à EDIP « est de s’en tenir (aux critères définis) pour le Fonds européen de défense », c’est-à-dire que les entreprises de pays tiers seraient éligibles à condition que les fonds soient utilisés sur le territoire européen et que les garanties de sécurité soient respectées. « On s’est mis d’accord sur des flexibilités pour les programmes EDIRPA et ASAP au vu de la situation, mais on sera plus rigoureux pour EDIP. (…) Quand des deniers européens sont impliqués, cela doit être orienté vers l’industrie européenne, c’est notre approche », a-t-il ajouté.
De nombreux députés ont également insisté sur le rôle que peuvent jouer les PME, lesquelles sont prises en compte dans la proposition sur EDIP. (Camille-Cerise Gessant)