Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a plaidé, mardi 9 juillet, pour le renforcement de l’industrie de la défense transatlantique. Il a annoncé qu’un nouvel engagement en matière d’industrie de la défense serait signé à l’occasion du sommet de l’OTAN, les 10 et 11 juillet à Washington.
« Tous les Alliés de l'OTAN signeront un nouvel engagement en matière d'industrie de la défense, qui contribuera à rendre notre industrie plus forte, plus innovante et plus capable de produire à grande échelle », a-t-il expliqué lors du Forum de l’industrie de la Défense organisé par la Chambre de commerce américaine.
Cela devrait permettre, selon le conseiller à la sécurité nationale américain, Jake Sullivan, de renforcer la capacité industrielle de défense dans les pays de l’OTAN. « Tout comme notre engagement en matière de dépenses de défense, ces engagements individuels sont essentiels à notre sécurité collective. Ils permettront à l’Alliance de donner la priorité à la production des équipements de défense les plus vitaux dont nous aurions besoin en cas de conflit », a-t-il expliqué. Selon lui, ces engagements contribueront également à forger de nouveaux partenariats industriels au sein de l’Alliance, à créer des emplois et à renforcer la compétitivité économique, et inciteront à investir davantage dans la technologie et l’innovation.
M. Stoltenberg a rappelé qu’il n’y avait pas de défense solide sans industries de la défense solides. Selon lui, la guerre en Ukraine a montré que les Alliés avaient non seulement une capacité de production trop faible, mais aussi des lacunes dans leur interopérabilité. L’engagement qui sera pris devrait également permettre de renforcer les mesures à prendre pour garantir une meilleure interopérabilité des équipements des Alliés, selon le secrétaire général.
Jens Stoltenberg a plaidé pour que les Alliés « dépensent mieux en dépensant plus ensemble », mettant en avant des collaborations telles que les avions de combat F35, fabriqués dans plusieurs pays alliés, ou encore les Gripen et les Scalp.
Pour la Secrétaire d’État adjointe américaine à la Défense, Kathleen Hicks, « il faut acheter des capacités ensemble et les uns aux autres, car l’interopérabilité et le renforcement de notre base industrielle sont un multiplicateur de forces ». Mme Hicks a précisé qu’il fallait accélérer la croissance des capacités de l’industrie de la défense, avec plus de lignes de production, plus d’usines et de nouveaux producteurs. « Élargir la capacité de défense transatlantique n’est pas une bonne chose à faire, c’est une nécessité », a-t-elle prévenu, précisant que les Alliés avaient besoin d'approvisionnements multinationaux à plus grande échelle. Selon la secrétaire d’État adjointe, les Alliés doivent continuer de sécuriser les chaînes d'approvisionnement, s’adapter plus rapidement aux nouvelles technologies et améliorer l’interopérabilité et l'interchangeabilité des équipements.
M. Stoltenberg a rappelé que, l'an dernier, l’Agence de soutien et d’approvisionnement de l’OTAN avait conclu des contrats de plus de 11 milliards de dollars pour des munitions et des capacités.
Il a également souligné l’importance d’une étroite collaboration avec les partenaires, y compris l’Ukraine. Kiev va ouvrir un bureau à Washington pour être au plus près des industries américaines de la Défense. « Nous devons intensifier la coopération internationale en matière d’industrie de défense avec des démocraties partageant les mêmes idées chaque fois que nous le pouvons, avec des Alliés de l’OTAN et des partenaires non-OTAN », a ajouté Mme Hicks.
Reconnaissant que si, pendant des années, l'expression 'arsenal de démonstration' était comprise comme désignant la défense américaine, « cette époque est révolue depuis longtemps », a souligné la Secrétaire d’État. Et de rappeler qu’aujourd’hui, « l’'arsenal de démonstration' n’est pas seulement américain, occidental, mais mondial ».
Renforcer la défense européenne
Dans la soirée du 9 juillet, lors d’une soirée organisée par la délégation de l’UE aux États-Unis, à laquelle Agence Europe a été conviée, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a rappelé que les Européens travaillaient à renforcer leur industrie de la défense, qui aura « un rôle important dans l’avenir proche ». M. Borrell a une nouvelle fois plaidé pour plus de prévisibilité pour cette industrie qui « a besoin de savoir quelle sera la demande future afin de justifier les investissements d’aujourd’hui ».
Le Haut Représentant a rappelé que les Européens devaient dépenser plus et en Européens. « Si vous voulez que les États européens augmentent leur budget de la défense – ce que les Américains demandent aux Européens –, cela signifie qu’il faut produire plus en Europe », a-t-il estimé. Selon lui, les dépenses de défense des Européens ont augmenté de 30% ces trois dernières années et les Européens dépensent tous ensemble 1,9% de leur PIB en défense.
« Ce n’est pas assez, mais c’est beaucoup mieux (qu’avant) et cela augmente », a expliqué M. Borrell.
« Nos initiatives de défense sont conçues (pour produire plus en Européens) : accroître notre capacité de production, rendre nos industries plus grandes et plus efficaces. Mais cela n’exclut pas les entreprises américaines basées dans l’UE et remplissant les conditions de sécurité », a ajouté le Haut Représentant.
De plus, si pour empêcher une victoire russe en Ukraine, il faut augmenter les capacités industrielles européennes, « mettre plus d’argent sur la table » et renforcer le développement technologique, « le réveil de l’Europe, aussi nécessaire soit-il, ne doit pas impliquer que les États-Unis doivent rester tranquilles », a-t-il prévenu.
« L'industrie de la défense devrait être forte (…). Les démocraties devraient toujours être mieux armées que les tyrannies », a pour sa part souligné le ministre ukrainien aux Industries stratégiques, Oleksandr Kamyshin, lors de la soirée de la délégation de l’UE. (Camille-Cerise Gessant)