La Commission européenne a présenté, mercredi 3 juillet, les premiers résultats du marqueur d'inégalités ('Inequality Marker ou I-Marker') qui avait été lancé en juin 2023.
Dans le cadre des politiques européennes de développement, l’I-Marker vise à déterminer dans quelle mesure la réduction des inégalités constitue un objectif dans l'intervention d'un bailleur de fonds et si cette intervention est conçue pour bénéficier aux groupes les plus défavorisés sur le plan socioéconomique.
Trois catégories ont été retenues par les équipes de la Direction générale des Partenariats internationaux (DG INTPA) de la Commission et les chercheurs académiques qui se sont associés à l’élaboration du marqueur : - la réduction des inégalités n'est pas ciblée ; - la réduction est un objectif significatif ; - la réduction est l'objectif principal.
Les premiers résultats du marqueur montrent qu'en 2023, 59% de 339 projets financés par l'Instrument financier de voisinage, de développement et de coopération internationale (‘NDICI-Global Europe’) avaient « une attention soutenue » sur la réduction des inégalités.
En fonction des catégories de revenus, 77% des nouveaux projets dans les pays à faible revenu étaient axés « de manière soutenue » sur la réduction des inégalités, cette dernière ayant été soit un objectif « significatif », soit l'objectif « principal ».
Le pourcentage est de 70% dans les pays à revenu moyen inférieur et de 69% dans les pays à revenu moyen supérieur.
D'un point de vue régional, 76% des nouveaux projets en Afrique subsaharienne ont contribué « de manière soutenue » à la réduction des inégalités. En Amérique latine et dans les Caraïbes, 61% des projets visaient la réduction des inégalités, et en Asie et dans la région Pacifique, 59%.
La commissaire européenne aux Partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, a exposé, à l'occasion d'un entretien avec Agence Europe, mercredi 3 juillet, les possibilités offertes par ce nouveau cadre de référence. En fin de mandat, la commissaire dresse un bilan de la stratégie 'Global Gateway' et des défis à venir en matière de coopération au développement. (Propos recueillis par Bernard Denuit).
Agence Europe : Commissaire, quelles sont vos conclusions sur les résultats de l'I-Marker ?
Jutta Urpilainen : Nous pouvons encore nous améliorer. Idéalement, près de 100% de nos activités viseraient clairement à réduire les inégalités. Étant donné que c'était la première fois que nous utilisions l'I-Marker, les résultats sont plutôt bons.
L'outil a été lancé en juin 2023, après trois ans de préparation. La Commission pourrait-elle développer d'autres outils pour aider à répondre à l'Agenda 2030 des Nations unies pour le développement durable (ODD) ?
Il est important d'utiliser systématiquement l'I-Marker dans toutes nos activités. Nous avons commencé avec les projets financés l'année dernière, mais j'espère qu'il deviendra un critère permanent pour tous les projets financés par l'UE. J'aimerais qu'il soit également utilisé pour évaluer les projets financés par le Fonds européen pour le développement durable Plus (EFSD+). L'I-Marker n'est pas le seul outil que nous utilisons pour évaluer l'impact de nos activités.
Un rapport des sociaux-démocrates (S&D) a mis en évidence les disparités entre les plans d'action annuels de la Commission européenne et leur mise en œuvre par les pays partenaires, notamment en ce qui concerne la pauvreté et les inégalités (EUROPE 13389/37). Comment la Commission peut-elle s'assurer que ses projets ont un impact sur les populations ciblées ? Comment réagissez-vous à ces conclusions ?
Je n'ai pas lu le rapport, je ne peux donc pas le commenter directement. Cependant, 35% de nos financements externes sont consacrés à des projets liés au climat. L'augmentation du financement du développement humain, en particulier de l'éducation, est une priorité. Nous avons augmenté le financement de l'éducation de 7 à 13%. Lorsque nous donnons la priorité à des secteurs politiques tels que l'éducation ou la santé, nous nous attendons à ce qu'ils aient un impact sur les inégalités, parce qu'il s'agit de services de base dont bénéficient normalement les citoyens ordinaires et les plus vulnérables. Nous nous attendons à ce que ces secteurs aient un impact positif sur les inégalités, et l'I-Marker nous aide à l'évaluer.
‘Global Gateway’ a été lancé en décembre 2021. Quel est le bilan que vous tirez de cette stratégie jusqu'à présent ? Des ajustements seront-ils nécessaires au cours du prochain mandat de la Commission ? Y a-t-il des domaines où cette stratégie est moins efficace ?
Elle progresse bien, avec 225 projets phares adoptés. Notre objectif est de mobiliser 300 milliards d'euros d'investissements au niveau mondial d'ici 2027, avec des cibles spécifiques pour l'Afrique, l'Amérique latine, les Caraïbes, l'Asie centrale et l'Asie du Sud-Est. J'estime personnellement qu'un tiers des investissements a été mobilisé.
Il s'agit d'une méthode de travail très nouvelle, parce qu'elle est basée sur cette équipe européenne [Team Europe]. Cette nouvelle méthode de travail implique une coopération étroite avec les 27 États membres, les institutions de financement du développement et le secteur privé.
La mobilisation des investissements privés semble être devenue le nouveau paradigme de l'aide publique au développement (APD).
C'est indéniable. Nous en avons grandement besoin, si nous voulons atteindre les objectifs de développement durable, car la réalité est que nous ne pouvons pas atteindre ces objectifs uniquement à l'aide de ressources publiques. Nous avons également besoin de ressources privées. Cette approche incite aussi les entreprises européennes à investir dans des régions telles que l'Afrique, l'Amérique latine, les Caraïbes et l'Asie.
Vous avez récemment déclaré que nous sommes confrontés à un monde en « polycrises » (EUROPE B13444A15). Certains estiment que l'UE est en train de perdre son importance sur la scène internationale. L'Agenda stratégique vise désormais à renforcer la compétitivité et la politique de défense de l'UE. Sommes-nous en train d'assister à un changement d’orientation dans la politique extérieure de l'UE ?
Je suis convaincue que nos dirigeants européens comprennent que nous devons adopter une approche équilibrée et que nous avons besoin d'une coopération internationale pour assurer notre avenir. Par exemple, pour investir dans notre compétitivité, nous avons besoin de partenaires dans le sud global pour les matières premières essentielles et la coopération en matière d'énergie verte.
L'accord de Samoa a fait l'objet de longues négociations. L'accord est appliqué provisoirement depuis janvier. Où en est-on de sa ratification par les 79 pays partenaires ?
Quelques pays du groupe ACP n'ont pas encore ratifié, mais nous progressons bien.
Votre mandat touche à sa fin. Que comptez-vous faire ?
Il me reste 20 missions avant la fin de mon mandat. Pour l'instant, je me concentre sur mon travail actuel. Ensuite, nous verrons ce qui se passera, ce que le monde et la vie peuvent offrir.