Des organisations environnementales ont affiché leur déception, vendredi 28 juin, quant au manque d'ambition qu'afficherait l'agenda stratégique 2024-2029, que le Conseil européen a adopté jeudi 27 juin (EUROPE 13441/1).
L'organisation Greenpeace a fustigé le document compilant les priorités politiques des Vingt-sept pour les cinq ans à venir. « Le plan approuvé par le sommet de l'UE montre qu'il est intéressant pour de nombreux politiciens de faire les yeux doux aux milliardaires des entreprises pour survivre politiquement. L'absence d'action au cours des cinq prochaines années face à la crise du climat et de la nature entraînera l'insécurité, l'augmentation des coûts et menacera l'avenir de nos enfants », a accusé Ariadna Rodrigo au nom de l'organisation, dans un communiqué.
Déçu, le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) a estimé que l'agenda stratégique « mentionne à peine » les questions environnementales. Il ne relève que l'affirmation suivante des dirigeants européens : « Nous continuerons à protéger la nature et à inverser la dégradation des écosystèmes, y compris les océans », qui traite de la protection de l'environnement. Au nom de l'organisation, Ilaria Di Silvestre a estimé que le document agréé privilégie la compétitivité économique au détriment de la protection de l'environnement. Selon elle, les Vingt-sept auraient dû annoncer des actions spécifiques, comme la mise en œuvre de la stratégie 2030 pour la biodiversité.
Plus nuancé, le WWF note que l'agenda stratégique souligne l'importance de la transition verte pour la prospérité et la compétitivité européennes et réaffirme l'objectif de la neutralité climatique à l'horizon 2050. « Avec l'adoption récente de la législation sur la restauration de la nature, (les Vingt-sept) se sont également engagés à continuer à protéger la nature et à inverser la dégradation des écosystèmes. Ces engagements envoient des signaux forts à la Commission européenne », a estimé l'organisation dans un communiqué, estimant que « l'accent mis par les dirigeants sur la résilience des océans et de l'eau doit maintenant être suivi d'effets ».
Toutefois, a relevé le WWF, l'agenda stratégique appelle « à réduire la charge bureaucratique et réglementaire et à réformer les procédures administratives, y compris l'octroi de permis ». Ces objectifs ne doivent pas conduire à un affaiblissement des normes environnementales, a souligné l'organisation.
Compétitivité. Sur les questions économiques, d'autres organisations seront particulièrement attentives au financement de la politique industrielle.
« La compétitivité européenne est au cœur de cet agenda. Mais si nous voulons la maintenir, nous devons nous assurer que les investissements parviennent aux industries européennes », a commenté Charlotte Gjedde, conseillère politique à la Confédération danoise de l'industrie. Les entreprises européennes sont en effet demandeuses de « prévisibilité à travers les investissements et les politiques », a estimé Linda Kalcher, directrice exécutive au centre de réflexion Strategic Perspectives, dans un communiqué.
Le secteur privé réclame également de longue date la réduction de la charge réglementaire dans l'UE, priorité qui figure clairement dans l'agenda stratégique.
Numérique. Au sein des acteurs et lobbies du secteur numérique, l'agenda stratégique du Conseil européen a fait relativement peu réagir.
France Digitale, qui représente plusieurs dizaines de start-up, a évoqué des « déclarations encourageantes » du Conseil européen, dans un communiqué. L'organisation note avec intérêt la volonté des dirigeants européens de mettre en œuvre l'union des marchés de capitaux, nécessaire pour obtenir les financements dont les entreprises européennes technologiques ont besoin « dans un monde toujours plus compétitif ». Même si elle déplore le manque de propositions concrètes à ce stade, elle se montre optimiste pour l'avenir.
Cohésion. Par ailleurs, le Comité européen des régions s'est félicité que l'agenda stratégique reconnaisse l'importance de « la cohésion économique, sociale et territoriale », composante essentielle de l'intégrité de l'Union européenne.
« Pour réaliser les ambitions de l'agenda stratégique, telles que la fourniture de services de qualité, la préparation aux catastrophes naturelles et aux urgences sanitaires, les infrastructures transfrontalières et le soutien à nos communautés rurales, nous devons garantir une politique de cohésion forte et rénovée couvrant toutes les régions et fondée sur des dispositions renforcées en matière de gouvernance à plusieurs niveaux », a estimé le président de l'organe européen, Vasco Alves Cordeiro, dans un communiqué.
Démocratie. Sur le plan des valeurs fondamentales, Reporters sans frontière (RSF) salue la priorité donnée à la liberté de la presse et à la lutte contre la désinformation par le Conseil européen pour les cinq prochaines années.
« C’est une très bonne nouvelle » de voir ces principes figurer dans les priorités d’action des chefs d’État ou de gouvernement des pays de l’UE, « d’autant plus que la liberté de la presse et le rôle des plateformes n’étaient pas mentionnés dans l’agenda stratégique précédent », a indiqué Antoine Bernard au nom de l'organisation, dans un communiqué. (Mathieu Bion, Léa Marchal, Isalia Stieffatre)