La Commission européenne prévoit toujours une croissance modérée en 2024 au niveau de la zone euro (0,8% du PIB) et de l'Union européenne (1,0% du PIB). Et, s'appuyant sur un rebond plus important que prévu au premier trimestre de cette année (0,3% dans la zone euro et l'UE - EUROPE 13402/22), elle confirme qu'un rebond économique est attendu en 2025 tant dans la zone euro (1,4%) que dans l'UE (1,6%)
« Après une année 2023 difficile », au cours de laquelle l'économie a presque stagné (0,4% du PIB dans la zone euro et l'UE), « nous pensons que nous avons franchi un cap », a déclaré le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni, mercredi 15 mai en présentant les prévisions économiques de printemps de la Commission. Selon lui, le rebond de l'économie sera essentiellement tiré par « la consommation privée » (0,4% en 2023, 1,3% en 2024 et 1,7% en 2025), grâce notamment à la création continue d'emplois (+2,5 millions d'emplois attendus d'ici fin 2025) alors que les investissements resteront globalement faibles en 2024 malgré la vigueur des investissements publics.
En 2024, seule l'Estonie devrait faire face à une récession (-0,5% du PIB). Tous les États membres renoueront avec la croissance, même si la Finlande (0,0%), l'Allemagne (0,1%), la Suède (0,2%) et l'Autriche (0,3%) seront proches de la stagnation. La croissance demeurera faible en France (0,7%) et en Italie (0,9%) alors qu'elle sera la plus robuste à Malte (4,6%), en Croatie et en Roumanie (3,3%) et à Chypre (2,8%). En Espagne, la création de richesses demeurera soutenue (2,1%).
Inflation. L'institution de l'UE s'attend à ce que la hausse des prix décélère fortement, de 6,4% en 2023 à 2,7% en 2024, puis 2,2% en 2025 au niveau des vingt-sept États membres. Pour la zone euro, la trajectoire apparaît relativement similaire : 5,4% en 2023, 2,5% en 2024 et 2,1% en 2025.
La consolidation des finances publiques se poursuivra en 2024 à la faveur du retrait des mesures d'urgence adoptées en 2022 pour affronter la crise énergétique provoquée par l'invasion russe de l'Ukraine, avant de stagner quelque peu en 2025. Le déficit public moyen devrait être ramené de 3,6% en 2023 à 3,0% en 2024, puis 2,8% au niveau de la zone euro, et de 3,5% à 3,0%, puis 2,9% au niveau de l'UE sur la même période.
Là encore, les différences sont importantes selon les États membres. Chypre (2,9%), l'Irlande (1,3%) et le Portugal (0,4%) enregistreront un excédent budgétaire. À l'opposé, les déficits publics les plus élevés devraient être observés en Roumanie (-6,9%), en Slovaquie (-5,9%), en Hongrie et en Pologne (-5,4%) ainsi qu'en France (-5,3%).
Interrogé sur les différences entre les trajectoires nationales modélisées par la Commission et celles envisagées par la France et l'Italie (-4,7%), M. Gentiloni a rappelé que les prévisions de l'institution de l'UE sont effectuées 'à politique inchangée' à partir du moment où elles sont émises. Elles ne prennent donc pas en compte des mesures annoncées, mais pas matérialisées, comme des économies de 20 milliards d'euros en France (EUROPE 13401/23).
EDP. Par ailleurs, le commissaire a noté qu'en 2023, onze États membres avaient affiché un déficit public supérieur à 3% du PIB national : l'Espagne (-3,6%), l'Estonie (-3,4%), la République tchèque (-3,7%), la Belgique (-4,4%), Malte et la Slovaquie (-4,9%), la Pologne (-5,1%), la France (-5,5%), la Roumanie (-6,6%), la Hongrie (-6,7%) et l'Italie (-7,4%) (EUROPE 13396/14). Ces pays seront aussi nombreux en 2024 et seront neuf en 2025, a-t-il indiqué.
Les données pour 2023 signifient que les onze pays pourraient être visés par l'ouverture d'une procédure pour déficit excessif (EDP) à la mi-juin. Mais M. Gentiloni n'a pas exclu que les recommandations individualisées de politique budgétaire et économique de la Commission pour sortir de cette procédure soient transmises uniquement à l'automne, alors que les États membres sont censés présenter, d'ici fin septembre, leur programme macrobudgétaire pluriannuel afin de préparer la mise en œuvre du Pacte de stabilité révisé début 2025.
« Quand vous démarrez un nouveau processus, vous avez besoin de flexibilité, de patience et de détermination. (...) L'été budgétaire sera chaud », a souligné le commissaire. Il a refusé de prédire quels pays feront l'objet d'une procédure EDP, puisque la Commission analysera également les « facteurs pertinents » ('relevant factors') qui permettraient à certains pays, comme l'Espagne, d'éviter une procédure d'infraction. Et de souligner l'importance de trouver le juste équilibre permettant de maîtriser les finances publiques sans entraver le rebond économique.
Dette publique. Enfin, la Commission a fait état d'une stagnation de la dette publique en 2024 par rapport à 2023, avant une légère augmentation de celle-ci en 2025. Pour la zone euro, l'endettement public devrait ainsi demeurer à 90,0% du PIB cette année, avant de remonter à 90,4% l'année prochaine. Au niveau de l'UE, elle se stabilisera à hauteur de 82,9% du PIB en 2024, avant de remonter à 83,4% en 2025.
Une fois encore, les différences demeurent très importantes selon les États membres. En 2024, la dette publique par rapport au PIB national sera la plus élevée en Grèce (153,9%), en Italie (138,6%), en France (112,4%), en Espagne (105,5%) et en Belgique (105,0%). Parmi ces pays très endettés, la trajectoire sur la période 2023-2025 demeure ascendante pour l'Italie, la France et, dans une moindre mesure, la Belgique. En revanche, la dette publique est la plus faible en Estonie (21,4%), en Bulgarie (24,8%), au Danemark (26,5%) et au Luxembourg (27,1%). Malgré une économie au point mort, l'Allemagne continuera de réduire sa dette, qui passera de 63,6% en 2023 à 62,9% en 2024.
Voir les prévisions économiques de printemps de la Commission : https://aeur.eu/f/c7u (Mathieu Bion)