Les ministres européens de l'Éducation se sont réunis lundi 13 mai à Bruxelles pour un Conseil centré sur l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les systèmes éducatifs et de formation.
Les discussions, présidées par la ministre de l’Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir, ont été structurées autour de trois questions clés, destinées à orienter les futures politiques éducatives européennes. Les ministres ont examiné d'abord comment préparer les systèmes d'éducation à intégrer efficacement l'IA en rentabilisant ses bénéfices. Ils ont évalué ensuite l'impact actuel de l'IA sur leurs systèmes éducatifs nationaux, avant de discuter des mesures qui pourraient être prises au niveau européen pour optimiser l'utilisation de l'IA tout en préservant une éducation de qualité pour tous.
Risque de fracture numérique. Un consensus s'est dégagé sur le potentiel de l'IA à transformer l’éducation en personnalisant l'apprentissage, en adaptant les parcours éducatifs et en enrichissant les environnements d'apprentissage. Néanmoins, plusieurs ministres ont évoqué les risques potentiels, notamment une plus grande fracture numérique et l'usage abusif des technologies. La ministre belge a insisté sur l'importance de développer les compétences numériques des apprenants et des enseignants en mettant à jour le cadre de compétences numériques pour les citoyens afin d'inclure des compétences spécifiques à l'IA.
L'Espagne a mis en avant les avantages de l'IA pour alléger les charges administratives des enseignants, leur permettant ainsi de se consacrer davantage à l'enseignement. Toutefois, le pays a aussi mis en garde contre le risque d'une fracture numérique croissante et a plaidé pour des mesures renforcées pour améliorer les compétences numériques des enseignants et des élèves.
L’Italie a soutenu l’idée d’une stratégie européenne pour sécuriser l'utilisation de l'IA dans l'éducation. Il s’agit notamment de construire un cadre permettant un usage éthique de l'IA, garanti par le travail des enseignants.
De son côté, la France a présenté une feuille de route pour développer l'autonomie technologique européenne en matière d'IA, envisageant des investissements dans la formation et l'innovation afin d'adapter l'IA aux exigences spécifiques du système éducatif français tout en préservant les valeurs et la culture européennes.
Pour une intégration éthique de l'IA dans l'éducation européenne. L'Allemagne a établi un parallèle entre les innovations liées à l'IA et la révolution industrielle, incitant à bénéficier de son potentiel tout en tenant compte des implications éthiques, légales et sociales. Une augmentation substantielle des investissements dans la recherche tendrait ainsi à intégrer correctement l'IA dans l'éducation.
La Suède a évoqué les problématiques posées par l'IA concernant les risques de fraude lors des examens. Il a été recommandé, en ce sens, une régulation stricte des systèmes d'IA jugés à haut risque dans les milieux éducatifs. De la même manière, la Finlande s’est exprimée en faveur de recommandations pour une utilisation sécurisée et équitable de l'IA dans tous les secteurs de l'éducation.
Sur ce point, la Hongrie a fait état de l'introduction de politiques d'IA dans plusieurs de ses universités depuis 2022 et a demandé des directives européennes pour établir un cadre éthique et légal. Des modèles comme ‘Chat GPT’ seraient déjà utilisés dans les écoles hongroises. Le ministre néerlandais s'est exprimé au sujet des opportunités pour l'apprentissage personnalisé et l'amélioration des méthodes pédagogiques. Il a appuyé la nécessité de protéger l'autonomie et la justice dans l'éducation contre la domination des grandes plateformes technologiques.
'L'Europe en mouvement'. En outre, les ministres européens de l'Éducation ont adopté une recommandation intitulée 'L'Europe en mouvement', visant à encourager la mobilité à des fins d'apprentissage dans l'UE. Cette initiative, lancée pour promouvoir les opportunités d'études et de formations à l'étranger, cible particulièrement les individus ayant traditionnellement moins accès à ces expériences, tels que les personnes handicapées. Les objectifs pour 2030 comprennent l'augmentation du pourcentage de diplômés de l'enseignement supérieur et des apprenants en formation professionnelle bénéficiant de mobilité d'apprentissage à au moins 23% et 12% respectivement, avec une attention particulière pour augmenter la participation des personnes défavorisées à 20% d'ici 2027.
Pour un espace européen de l'éducation. Enfin, les ministres ont approuvé des conclusions sur l'adoption de politiques et de pratiques éducatives fondées sur des données soutenant la mise en place de l'espace européen de l'éducation. Ces politiques s'appuient sur la recherche de qualité pour améliorer l'efficacité des politiques éducatives et renforcer les pratiques pédagogiques. Les priorités incluent la promotion de la recherche en éducation, le renforcement des capacités d'utilisation des données et le développement continu d'un laboratoire d'apprentissage pour investir dans une éducation de qualité. (Nithya Paquiry)