Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a prévenu, mardi 19 mars, que les prochains mois seront cruciaux en Ukraine.
« L'été sera critique », a-t-il expliqué à un groupe de journalistes, dont Agence Europe, à l'occasion de la publication du rapport annuel sur la mise en œuvre de la 'Boussole stratégique'. « La Russie frappe chaque jour les positions de l'Ukraine afin de les affaiblir et lorsque le printemps et l'été arriveront, nous assisterons certainement à une augmentation de l'activité militaire », a-t-il prévenu.
Moscou a revendiqué, mardi, la prise de la localité d’Orlivka, dans l’est du pays, et annoncé avoir amélioré ses positions dans la zone. « C’est un moment critique pour l’Ukraine », selon le Haut Représentant, qui a ajouté que les Russes avaient une puissance de feu supérieure à celle de l’Ukraine. De plus, « Les Russes estiment que le temps joue en leur faveur. Ils ne sont pas pressés. Ils attendent les résultats des élections américaines ».
Le Haut Représentant a souligné que la priorité de l’UE était le soutien à l’Ukraine. Il a rappelé l’accord de la veille sur la 'Facilité d’assistance pour l’Ukraine' (UAF), dotée de 5 milliards d’euros.
Les deux dernières années, « nous avons mobilisé 28 milliards d’euros pour les équipements militaires. Si on compare avec les États-Unis – plus de 50 milliards – ce que fait l’UE n’est pas négligeable : c'est 60% de ce que font les États-Unis. En rapport à nos capacités militaires, ce sont peut-être de plus gros efforts que ceux des Américains », a expliqué M. Borrell. De plus, 46 000 Ukrainiens ont déjà été entraînés par les Européens, dans plusieurs États membres.
Selon le Haut Représentant, d’ici la fin de l’année, les Européens auront donné 1,2 million de munitions à l’Ukraine. Revenant sur l’initiative tchèque, il a expliqué que, d’ici quelques mois (couple of months), 300 000 munitions seront fournies via cette initiative et 500 000 autres d’ici la fin de l’année. « Ce n’est pas si immédiat », a-t-il regretté.
Le Haut Représentant a également espéré que les engagements de sécurité entre l’UE et l’Ukraine soient agréés avant les élections européennes, d'ici mai. Selon un haut diplomate, ces engagements porteront sur deux volets. Un premier volet sera lié à la sécurité et la défense, avec neuf engagements concrets, notamment sur les équipements, la formation, le déminage et la coopération dans l’industrie de défense, et un volet plus large sera lié à des sujets en relation avec le futur processus de négociation de l’UE, « car la meilleure garantie de sécurité que l’UE peut offrir est l’adhésion de l’Ukraine à l’UE ». Ce haut fonctionnaire a estimé qu’avec l’accord sur l’UAF, le Service européen pour l’action extérieure pourrait rapidement proposer le texte aux États membres, qui devra faire l'objet d'un accord entre les Vingt-sept, puis avec l’Ukraine.
Augmentation des dépenses de défense
Par ailleurs, le Haut Représentant a annoncé qu'en 2023, selon les dernières estimations, les États membres avaient dépensé 290 milliards d’euros pour la défense.
« C’est beaucoup par rapport à l’année précédente, où c’était 240, soit une hausse de 20% », a souligné M. Borrell.
Selon lui, cela représente 1,5% du PIB, soit encore loin de l’objectif des 2% fixé par l’OTAN. Il a aussi dénoncé le fait que seulement 18% des investissements soient faits en collaboration, alors que l’objectif est de 40% pour 2030.
Voir le rapport annuel sur la mise en œuvre de la 'Boussole stratégique' : https://aeur.eu/f/bey (Camille-Cerise Gessant)