Le Comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne (Copa) et la Confédération générale des coopératives agricoles de l’UE (Cogeca) ont dénoncé, vendredi 23 février, « l’avalanche de normes et de directives » qui s’abattent sur les épaules des agriculteurs de l’UE.
Christiane Lambert, la présidente du Copa, a dit espérer que le travail de simplification des règles de la politique agricole commune qui a été lancé par la Commission européenne débouchera sur des résultats concrets. Les ministres de l’Agriculture doivent simplifier un certain nombre de choses, a-t-elle dit avant le Conseil 'Agriculture' de lundi 26 février, qui traitera de ce sujet (EUROPE 13356/3, 13356/4).
La nouvelle PAC, applicable depuis le 1er janvier 2023, prévoit de retirer 25% des soutiens des agriculteurs en raison des règles sur les écorégimes (programmes écologiques) alors que, dans certains pays, des agriculteurs n’arrivent pas à remplir ces conditions et perdent ainsi une partie de leurs aides directes, a expliqué Mme Lambert.
Des évènements climatiques compliquent dans certains pays le respect des dates administratives de semis, de récoltes ou de couverture végétale du sol. Ces agriculteurs risquent des sanctions, par exemple en cas d’inondation.
Lennart Nilsson, le président de la Cogeca, a salué le fait que la Commission ait décidé d’agir sur le sujet de la simplification. « Nous avons besoin de réponses rapides pour savoir comment planter », a-t-il mis en garde.
Christiane Lambert a reproché à la Commission européenne de vouloir passer en force en voulant imposer les textes découlant de la stratégie 'de la ferme à la table' sans tenir compte des crises (Covid-19, guerre en Ukraine, climat).
Le Copa-Cogeca remettra lundi une lettre ouverte à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, contenant les revendications des agriculteurs de l’UE.
M. Nilsson a déclaré que le Copa-Cocega publiera dans les prochaines semaines des propositions sur l'avenir de la PAC : l'agriculture est un secteur stratégique, il faudra moins de législations (et des études d'impact au préalable) et davantage de discussions ; la politique commerciale doit être cohérente avec les normes imposées dans l'UE et le prochain commissaire européen à l'Agriculture devrait aussi être vice-président de la Commission, a ainsi résumé M. Nilsson.
« Nous avons changé de paradigme » sur les produits ukrainiens. Christiane Lambert a rappelé que l’Ukraine était un très grand pays agricole (superficies de la France et de l’Allemagne réunies) et que les produits ukrainiens stagnent dans les pays frontaliers et font tomber les cours. Les agriculteurs polonais, roumains, hongrois et bulgares nous ont fait part de leur détresse, en raison d’un blé à 120 euros par tonne.
« Nous ne sommes pas d’accord avec la position du Conseil de ne considérer que la volaille, les œufs et le sucre ukrainiens et de retenir les volumes de référence de 2022/2023. Nous proposons que la référence soit 2021/2022 et que les céréales, les oléagineux et le miel soient intégrés », a précisé Mme Lambert. Elle espère que le Parlement européen corrigera le tir.
« C’est parce que la Commission ne réagit pas suffisamment pour accompagner financièrement le préjudice subi en raison de l’effondrement des cours que les agriculteurs alertent par des actions », a estimé Christiane Lambert. Le Conseil de l’UE devrait dégager 500 millions ou 1 milliard d'euros pour la solidarité agricole, selon elle.
Clauses miroirs. L’Europe a des règles de productions très élevées. Dans les négociations commerciales avec des pays tiers, « il ne faudrait pas importer l’alimentation que nous ne voulons pas », a martelé Mme Lambert. Les agriculteurs australiens ont renoncé à réduire leur production de bovins et ovins en faisant fi des engagements climatiques, a-t-elle notamment relevé.
Lien vers la lettre du Copa-Cogeca: https://aeur.eu/f/azi (Lionel Changeur)