Les ministres des Affaires étrangères des pays de l'UE ont exprimé, samedi 3 février, lors de leur réunion informelle (Gymnich) au Palais d'Egmont, leur volonté de renforcer le dialogue avec les pays africains pour approfondir le partenariat stratégique avec l'Afrique dans un contexte géopolitique de plus en plus difficile, notamment au Sahel (EUROPE 13341/17).
« L'Afrique est trop grande et trop variée pour que l'on puisse parler d''Afrique'. Mais nous avons discuté du continent comme d'une priorité géopolitique et de notre détermination absolue d’intensifier notre dialogue et notre coopération. Nous attendons une réunion au niveau ministériel avec nos partenaires africains et nous soutiendrons la demande de l'Afrique pour une plus grande représentation dans les forums multilatéraux », a déclaré le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l'issue de la réunion.
Mieux se coordonner entre Européens. Et d'insister sur l'importance d'une coordination entre les États membres, qui a manqué au Sahel.
« Nous devons accroître notre interaction et notre partenariat avec l'Afrique, avec une coordination plus forte entre nous, » a-t-il martelé.
La date de la réunion au niveau ministériel avec l'Union africaine (UA) n'a pas encore été fixée, selon le Service européen pour l'action extérieure.
La ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, l'a évoquée, elle aussi, comme une « nécessité » pour donner suite au sommet UE/UA de février 2022 (EUROPE 12894/1), « qui mérite vraiment de trouver un prolongement en 2024 avec une implication des pays africains et aussi des pays de l’Union européenne ».
Mme Hahbib a rappelé à cet égard que la Présidence belge du Conseil a « placé l'Afrique en haut de l'agenda » du semestre (EUROPE 13321/2).
« C’est clair que, dans certains pays, nous avons des difficultés à défendre le fait que nous sommes l’un des principaux partenaires en coopération au développement. On souffre d’une image négative qui est véhiculée par d’autres pays », a déclaré la ministre, plaidant pour « le pragmatisme dans les régions et pour tous les conflits » et la « lutte pragmatique contre les narratifs » de pays tiers.
En marge de la réunion, un petit-déjeuner a été organisé avec les pays de l'UE les plus impliqués au Sahel, dont la France, l'Allemagne et l'Espagne.
À son arrivée, Anna Lührmann, la secrétaire d’État allemande, évoquant les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) avec lesquels l'UE a suspendu toute coopération et qui ont notifié leur retrait sans délai de la CEDEAO, avait déclaré à la presse : « Il ne peut y avoir de business as usual, mais, en même temps, nous devons veiller de manière pragmatique à ne pas nous retirer complètement de la région. Il nous faut des possibilités d’acheminer de l’aide humanitaire, des possibilités d’apporter un soutien direct à la population ». Elle avait également évoqué la crise au Soudan, se félicitant des sanctions ciblées imposées par l'UE « pour faire pression » et obtenir un retour des belligérants à la table des négociations (EUROPE 13333/3).
Le ministre espagnol, José Manuel Albares Bueno, quant à lui, avait parlé de l'Afrique comme d'« un continent fondamental pour l’Europe comme pour l’Espagne » et du Sahel comme d'une « zone prioritaire » où il importe de « maintenir une présence de l'Union ». Selon lui, la CEDEAO est « une organisation régionale indispensable » et la Mauritanie et le Sénégal sont des partenaires clés. Samedi, le président sénégalais, Macky Sall, annonçait le report sine die du scrutin présidentiel du 25 février (voir autre nouvelle).
Après les options esquissées en décembre pour le recalibrage flexible de la stratégie de l'UE dans la région (EUROPE 13311/5, 13311/25), l'échange de vues du Gymnich alimentera la réunion formelle du Conseil 'Affaires étrangères' du 19 février, où doit être présentée une approche pays par pays - y compris des engagements en matière de sécurité et de défense -, comme M. Borrell l'a annoncé à l'issue de la réunion informelle des ministres de la Défense (EUROPE 13340/24). (Aminata Niang)