Les eurodéputés ont discuté de la situation en Serbie, mercredi 17 janvier, à la suite des élections législatives de décembre (EUROPE 13328/28). Ces élections, qui ont vu le Parti progressiste (SNS) du Président, Aleksandar Vučić, l’emporter, ont été marquées par des irrégularités relevées par les observateurs internationaux ainsi que d’importantes manifestations dans les rues de la capitale, Belgrade, initiées par l’opposition, pour contester les résultats (EUROPE 13317/19).
« J’ai vu beaucoup d’élections, au Kazakhstan, au Kosovo, en Irak, mais depuis que je suis devenue observatrice des élections, je n’ai jamais vu des choses comme celles-ci : migration massive vers Belgrade, des centaines d’électeurs supprimés des listes, des pressions sur les électeurs, pas de couverture médiatique des partis d’opposition avant les élections, une publication des résultats qui empêche les recours devant la Cour, des milliers d’électeurs ayant subi des pressions et été inscrits pour favoriser le SNS. Nous voulons une enquête internationale », a insisté Viola von Cramon-Taubadel (Verts/ALE, allemande).
« Il y a eu des fraudes, des électeurs ont été amenés par bus, les élections se sont déroulées sous influence, elles ont été truquées. Les gens ont été volés », a complété Thomas Waitz (Verts/ALE, autrichien), plaidant lui aussi pour l’ouverture d’une enquête et appelant les États membres à ne pas reconnaître les résultats des élections tant que les conclusions de cette dernière ne seront pas connues.
Le gouvernement du président serbe a remis en question à plusieurs reprises, depuis les élections, les évaluations menées par les observateurs et relevant des irrégularités. Pour l’eurodéputé autrichien du groupe S&D Andreas Schieder, ces « attaques » dirigées contre les observateurs - dont il a fait partie - signifient avant tout que « les critiques formulées dans les rapports sont fondées ».
La majorité des groupes 'pro-européens' du PE ont soutenu la tenue d'une enquête sur le sujet. Pour certains, comme l'eurodéputé slovène Klemen Grošelj (Renew Europe), cette situation devrait aussi être l'occasion de réfléchir à la réaction des institutions de l'UE, qu'il estime « trop douces ».
Par ailleurs, certains eurodéputés estiment que le PPE devrait jouer un rôle de médiateur, le SNS serbe ayant adhéré au groupe de droite européen en 2016. « Avec le dialogue inter-partis, le PPE dispose d’un outil de médiation. Pourquoi ne pas l'utiliser pour cela ? Utilisons ce crédit, il est dans notre intérêt d’avoir une Serbie démocratique », a jugé Mme von Cramon-Taubadel.
Plusieurs voix se sont élevées pour rappeler que les progrès de Belgrade sur la voie de l’élargissement dépendent aussi massivement de l’état de la démocratie dans le pays. « Un bon fonctionnement des institutions est essentiel pour la candidature du pays à l’UE. (…) Nous attendons de la Serbie qu’elle nous démontre qu’elle veut faire avancer le processus d’adhésion. Il faut des réformes globales, parvenir à des résultats tangibles », a rappelé le commissaire chargé de la Justice, Didier Reynders.
Une résolution sur la situation en Serbie sera soumise aux voix des eurodéputés le 8 février, lors de la prochaine séance plénière. (Thomas Mangin)