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Bulletin Quotidien Europe N° 13186
REPÈRES / Repères

Qu’est-ce au juste que l’espace européen de l’éducation ? (1/2)

Le Conseil ‘Éducation, Jeunesse, Culture et Sport’ s’est réuni la semaine passée les 15 et 16 mai. Les ministres ont adopté des conclusions sur la reconnaissance mutuelle et automatique des diplômes et une résolution sur la mise en œuvre de l’espace européen de l’éducation. Les deux sont liées (EUROPE B 13184A26).

L’expression ‘espace européen de l’éducation’ apparaît le 17 novembre 2017 dans la communication de la Commission ‘Renforcer l’identité européenne par l’éducation et la culture’ produite en vue du Sommet social de Göteborg. Quel en est le contenu ? En tête figurent la mobilité pour tous à des fins d’apprentissage et la suppression des obstacles à la reconnaissance des qualifications. S’ensuivent des objectifs déjà connus : stimuler l’apprentissage des langues et du numérique, moderniser les programmes d’études, créer des universités européennes, soutenir les enseignants, améliorer la formation tout au long de la vie et même préserver le patrimoine culturel. Le 28 mai 2018, le Conseil y consacre des conclusions : pour les deux institutions, l’horizon est 2025.

Le mot ‘espace’ n’est pas neuf dans le lexique européen : voyez Schengen, l’Espace économique européen et l’Espace européen de la recherche. Dans les trois cas, la référence géographique est évidente et les notions de marché et de libre circulation clarifient la raison d’être. Par ailleurs, le processus de Bologne est devenu l’Espace européen de l’enseignement supérieur, désignant une zone beaucoup plus vaste et des objectifs plus nombreux atteints à des degrés divers. Contrairement à ce dernier, le concept d’espace européen de l’éducation (EEE) est né dans l’Union européenne et l’on peut en déduire que cet ‘espace’ désigne le territoire de celle-ci, sur lequel les personnes concernées par d’éducation circulent librement à cette fin.

Dans son discours du 16 juillet 2019, la candidate à la Présidence de la Commission, Ursula von der Leyen s’engage solennellement à réaliser l’EEE en 2025.

En novembre 2019, alors que la Commission n’a plus rien publié sur le sujet, le Conseil adopte une résolution sur la mise en place de l’EEE. On y retrouve les objectifs récurrents de l’UE, auxquels s’ajoute celui d’une Europe verte et neutre pour le climat. Le point le plus important est sans doute la demande, lancée à la Commission, de prendre des initiatives afin que l’espace en question soit « véritable » ; si celle-ci est priée de définir les finalités, les objectifs et le champ d’application de ce projet, c’est que les ministres eux-mêmes n’y voient pas très clair.

C’est seulement le 30 septembre 2020 que la Commission met sur la table sa communication relative à « La réalisation d’un espace européen de l’éducation d’ici à 2025 » (EUROPE 12571/8). D’emblée, on peut y lire ceci : « L’espace européen de l’éducation est le fruit de décennies de coopération en matière d’éducation au niveau de l’Union », ce qui revient à dire qu’il est un résultat déjà acquis plutôt qu’un but à atteindre. Deux pages plus loin apparaît une description du futur, à propos des efforts pour « créer » l’EEE.

Ensuite, six dimensions sont décrites pour « poursuivre la mise en place » de celui-ci : (1) la qualité, (2) l’inclusion et l’égalité hommes-femmes, (3) la transition verte et numérique, (4) les enseignants et formateurs, (5) l’enseignement supérieur et (6) la dimension géopolitique.

Où se cache la libre circulation ? Elle est nichée dans la première dimension, la qualité (mobilité à des fins d’apprentissage), dans la quatrième (« la mobilité internationale des élèves, des enseignants et des formateurs d’enseignants devrait faire partie de la formation des enseignants »), dans la cinquième (mobilité, bien connue, dans l’enseignement supérieur) et enfin dans la sixième dimension, consacrée à l’internationalisation de l’enseignement.

À cet égard, l’on peut lire ceci : « Élargir l’association des pays non membres de l’UE, notamment ceux des Balkans occidentaux, à l’espace européen de l’éducation fait partie intégrante de la vision à réaliser d’ici à 2025 », ce qui est d’autant plus étonnant qu’à l’époque de la rédaction du texte, l’élargissement de l’UE vers ces pays est bloqué. Surtout, cela démontre que les limites de cet espace seraient élastiques. Mais comme le programme Erasmus+ a tissé des liens, spécialement universitaires, « entre l’espace européen de l’éducation et le reste du monde », il est clair que le premier se distingue du second.

La Commission décrit toutes les initiatives qu’elle a prises et va prendre pour donner de l’effectivité à ces six dimensions. Beaucoup font déjà partie des mandats respectifs des programmes Erasmus+ et Corps européen de solidarité. Pour le reste, relevons l’aide de la Commission aux États membres pour identifier les réformes nécessaires à l’acquisition des compétences de base, le respect de la recommandation du Conseil sur l’apprentissage des langues, le renforcement de l’expertise sur la dimension du genre dans l’enseignement et sur le bien-être à l’école, la lutte contre la fracture numérique, les synergies avec le programme-cadre de recherche Horizon Europe et l’EIT, le renforcement de la profession éducative, le développement des masters communs Erasmus Mundus, etc.

Plus précisément, la Commission annonce des projets nouveaux : le ‘Passeport pour la réussite scolaire’, l’initiative ‘Chercheurs à l’école’ pour sensibiliser les élèves et les enseignants à la science, le lancement des ‘académies Erasmus de l’enseignement’ (2021), des orientations relatives au cadre pour les carrières d’enseignement, la création d’un prix de l’innovation pédagogique (2021), une proposition de recommandation du Conseil sur les microqualifications (2021), un rapport sur la mise en œuvre de la recommandation du Conseil de 2018 en faveur de la reconnaissance mutuelle automatique des diplômes et acquis d’apprentissage (2022), un programme de transformation de l’enseignement supérieur (2021), la mise en place d’un diplôme européen, la révision de la recommandation de 2006 sur la garantie de la qualité dans l’enseignement supérieur, la création de la carte d’étudiant européenne (2021), qui devra être généralisée en 2025, un rapport sur la recommandation de 2017 sur le suivi des diplômés (2022), suivi devant être total en 2025, le lancement d’une coalition ‘Éducation pour le climat’ (fin 2020), une proposition de recommandation sur l’éducation en matière de durabilité environnementale (2021) et des orientations stratégiques pour supprimer les obstacles entravant le volontariat (2021).

Sur le plan de la gouvernance de l’EEE, l’institution innove avec la mise en place d’un « cadre facilitateur » fondé aussi sur les travaux du Conseil, des Sommets européens de l’Éducation, du Semestre européen, des experts établissant de nouveaux indicateurs, le tout devant déboucher sur « la création d’un cadre de gouvernance à part entière pour l’espace européen de l’éducation d’ici à 2025 » Le Parlement européen n’est mentionné qu’une fois dans tout le texte, parmi les « entités » participant à des débats communs.

Enfin, la Commission propose des objectifs chiffrés. Un seul doit être atteint en 2025 : 50% de la population adulte devrait prendre part à des activités d’apprentissage chaque année.

Pour le reste, tout est reporté à 2030 (officiellement pour des motifs de comparabilité décennale) : « la proportion de jeunes de 15 ans ayant une maîtrise insuffisante en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences devrait être inférieure à 15% ; la proportion d’élèves en huitième année de scolarité ayant une maîtrise des outils informatiques et une culture de l’information insuffisantes devrait être inférieure à 15% ; au moins 98% des enfants ayant entre trois ans et l’âge de la scolarité obligatoire devraient participer à l’enseignement préscolaire ; la proportion de personnes âgées de 20 à 24 ans au moins diplômées de l’enseignement secondaire de deuxième cycle devrait être de 90% ; la proportion de personnes âgées de 30 à 34 ans ayant atteint un niveau d’études supérieur devrait être d’au moins 50%. »

Pour le premier enjeu cité, l’objectif 2020 est repris tel quel. Alors qu’il s’agit d’un document majeur sur les réalisations à atteindre pour 2025, il est étrange qu’au moins des objectifs intermédiaires pour cette année-là ne soient pas formulés.

À cette communication non exempte de contradictions ni de méli-mélo, les ministres vont réagir au début de 2021, en s’en démarquant nettement. (À suivre)

Renaud Denuit

Sommaire

REPÈRES
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