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Bulletin Quotidien Europe N° 13181
ACTION EXTÉRIEURE / Chine

L’UE souhaite « recalibrer » sa relation avec la Chine et renforcer son unité sur le plan stratégique

Lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères (Gymnich) à Stockholm, vendredi 12 mai, l'UE a renforcé sa volonté de « recalibrer » sa relation avec la Chine. L’enjeu pour l’Union étant de redéfinir une politique de sécurité économique et stratégique vis-à-vis de ce partenaire et compétiteur influent sur le plan économique, politique et financier (EUROPE 13180/21).

Le Haut Représentant aux Affaires étrangères et à la politique de sécurité, Josep Borrell, a partagé un document de travail accompagné d’une lettre explicative rédigée par le service européen pour l’action extérieure (EEAS) à destination des 27 ministres des Affaires étrangères, dans lequel il reconnaît l’ambition de la Chine « de construire un nouvel ordre mondial » et invite les États membres de l’UE à réfléchir à la façon d'interagir avec cet acteur de façon unitaire.

Ce document, dont EUROPE a eu copie, a été salué par tous les ministres et sera, à présent, peaufiné afin de préparer la discussion des dirigeants européens lors du prochain Conseil européen du 29 et 30 juin, a expliqué M. Borrell devant la presse.

Interagir avec la Chine

Le Haut Représentant a rappelé le 'triptyque' qui caractérise les relations EU-Chine, à savoir deux puissances économiques « partenaires, rivales et concurrentes ». 

« Nous sommes rivaux à l’échelle mondiale, car nous présentons nos modèles au reste du monde, mais nous devons interagir avec la Chine. Je pense que les mots clés sont 'interagir' et 'réduire les dépendances'. S'engager et rivaliser », a-t-il exprimé.

Il a ainsi ajouté qu’il était impossible de résoudre les défis mondiaux les plus importants sans un engagement fort avec la Chine. « La Chine brûle plus de charbon que le reste du monde réuni. Oubliez donc l'idée de résoudre le problème du changement climatique sans un engagement fort avec la Chine ».

Certains ministres européens ont tout de même tenu à mettre en garde. À son arrivée, le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, a exhorté ses collègues à « ne pas reproduire les mêmes erreurs » que l’Europe a commises dans la gestion de sa relation avec la Russie. 

« Problème de valeurs »

L'approche de M. Borrell s'articule selon trois piliers : les valeurs, la sécurité économique et la sécurité stratégique.

Il rappelle qu’« avec la Chine, nous avons un problème de valeurs (...) avec différents systèmes et différentes approches concernant les droits humains » et que ce fossé persistant entre l'UE et la Chine en matière de valeurs est une des raisons qui appelle à une gestion active de la relation.

Garantir la sécurité économique

Le document du Service européen pour l'action extérieure vise à comprendre et gérer cette relation complexe avec le deuxième partenaire commercial de l’UE en 2022 pour les marchandises (856,3 milliards d’euros).

En matière de sécurité économique et de recalibrage des dépendances commerciales, « l’UE doit engager la Chine sur des questions commerciales et économiques afin de rééquilibrer les relations, d’améliorer l’accès au marché pour que les entreprises puissent être compétitives sur le marché chinois, en s’attaquant à des barrières commerciales spécifiques », indique le document.

M. Borrell a insisté sur le concept de « de-risking », qui consiste à reconnaître les risques et utiliser des outils pour réduire les dépendances vis-à-vis de la Chine (notamment concernant le développement des technologies numériques), « qui sont encore plus importantes que celle que nous avions avec la Russie », concernant les importations de gaz.

Une proposition conjointe Commission européenne/Haut Représentant au sujet de la sécurité économique vis-à-vis de la Chine devrait être présentée d'ici l'été.

L'UE doit également en faire davantage pour engager des partenaires à travers le monde, selon le texte qui précise que « la condition préalable à cet engagement est de reconnaître honnêtement que l'offre chinoise est souvent considérée comme attrayante par les partenaires. C’est essentiel pour proposer une alternative attrayante ». 

À ce sujet, un responsable de l'UE ajoute que « nous sommes maintenant dans une bataille d'offres. Les gens écoutent les uns et les autres et ne sont pas à la recherche de leçons théoriques, mais bien d'offres ».

Garantir la sécurité stratégique

En matière de sécurité stratégique, le document présenté par le SEAE interroge l’approche de l’UE pour engager la Chine dans la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine.

« Les relations entre la Chine et l'Union européenne seront gravement affectées si la Chine ne pousse pas la Russie à se retirer de l'Ukraine », indique le document (voir autre nouvelle).

Concernant les tensions dans le détroit de Taïwan, l’UE reste engagée dans sa politique d’une seule Chine (‘One-China Policy’), mais est également convaincue que « toute modification unilatérale du statu quo et tout recours à la force pourraient avoir des conséquences économiques, politiques et sécuritaires considérables au niveau mondial, surtout si l'on considère le rôle primordial de Taïwan en tant que fournisseur des semi-conducteurs les plus avancés ». 

Interrogé sur le sujet, le sous-secrétaire d'État polonais à la Coopération au développement et à la Politique africaine et moyen-orientale, Paweł Jabłoński, a déclaré qu'il était très important « de déclarer que toute tentative de déstabilisation se heurtera inévitablement à une réponse européenne et transatlantique ».

En visite à Oslo le jour même, le ministre chinois des Affaires étrangères, Quin Gang, quant à lui, a invité la Chine et l’Europe à « rejeter la mentalité de la Guerre froide ».

Prochaines étapes

Les discussions engagées lors de cette réunion informelle se poursuivront samedi 13 mai, lors du Forum UE-Indo-Pacifique (EUROPE 13180/22). (Pauline Denys et Camille-Cerise Gessant)

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