Dans une lettre envoyée mercredi 10 mai à la Commission européenne, les ministres de l'Agriculture de treize pays de l'Union européenne font part de leurs graves « préoccupations » concernant l'accord avec la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Slovaquie pour remédier aux effets négatifs de l'afflux de céréales ukrainiennes dans l'UE.
En avril, ces cinq pays limitrophes de l'Ukraine ont interdit les importations de céréales en provenance d'Ukraine (EUROPE 13174/3). La Commission européenne a proposé, le 28 avril, d'accorder une aide de 100 millions d'euros aux agriculteurs de ces pays ainsi que des mesures de sauvegarde bannissant temporairement les importations ukrainiennes de céréales dans ces pays (sauf en cas de transit de ces produits vers des pays tiers).
Les pays auteurs de la lettre (la France, l'Allemagne, l'Espagne, les Pays-Bas, l'Irlande, la Grèce, l'Autriche, la Belgique, la Croatie, le Luxembourg, l'Estonie, le Danemark et la Slovénie) demandent une clarification urgente de l'accord et estiment que « l'intégrité du marché unique ne peut être une variable d'ajustement ». En effet, la limitation sélective des importations en provenance d'Ukraine engendre des « traitements différenciés » au sein du marché unique, peut-on lire dans cette lettre.
Les préoccupations portent sur la manière dont l'accord est lié aux règles et au fonctionnement du marché intérieur de l'UE, aux obligations de l'UE envers l'Ukraine et à l'accord d'association entre l'UE et l'Ukraine. La lettre demande à la Commission de débattre de manière plus approfondie avec les pays pour expliquer comment et pourquoi les 100 millions d'euros (réserve de crise) ont été accordés (EUROPE 13169/1).
La Commission a indiqué, vendredi 12 mai, avoir informé les autres États membres via les procédures normales après l'accord du 28 avril avec les cinq États membres concernant les importations en provenance d'Ukraine. Elle a précisé que le vote des pays de l'UE sur l'aide de 100 millions d'euros au titre de la réserve en cas de crise agricole n'avait pas encore eu lieu (EUROPE 13174/3).
En outre, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a indiqué le 10 mai que la Commission pourrait activer une clause de sauvegarde en restaurant des droits de douane sur les importations de volailles ukrainiennes.
Lien vers la lettre des 13 pays de l'UE : https://aeur.eu/f/6v5
'Accord mer Noire'. Par ailleurs, la prolongation de l'accord international (qui expire le 18 mai) sur l'exportation des céréales ukrainiennes est proche d'être conclue, selon le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar. Ankara a été l'un des acteurs clés de la conclusion de l'accord dit 'de la mer Noire', signé le 22 juillet 2022 pour 120 jours par l'ONU, l'Ukraine, la Russie et la Turquie.
L'ouverture de ce couloir maritime, le 1er août, a permis de sortir près de 30 millions de tonnes de produits agricoles d'Ukraine à destination de la Chine, de la Turquie, de l'UE, mais aussi de pays comme l'Égypte, la Tunisie, le Bangladesh ou le Yémen.
Farm Europe demande des solutions durables. Dans une analyse qui sera publiée la semaine prochaine, le cercle de réflexion Farm Europe estime que l'UE devrait « trouver des solutions durables aux importations de céréales ukrainiennes, au lieu d'empiler les mesures de compensation les unes après les autres ».
Farm Europe estime que la hausse des flux de produits agricoles de l'Ukraine vers l'UE est là pour durer.
De nouvelles capacités de transformation seront nécessaires pour valoriser les 10 à 14 millions de tonnes de céréales supplémentaires par an, qui resteront dans l'UE, selon le think tank. Ce changement de paradigme appelle à donner une nouvelle orientation au 'Pacte vert européen', selon Farm Europe. Malgré les ressources mises en œuvre pour calmer les protestations, les appels à l'application de clauses de sauvegarde sont toujours d'actualité, selon ce groupe de réflexion.
En encourageant les investissements dans la bioéconomie, il est possible, d'après Farm Europe, de valoriser la production de maïs, de blé, d'orge et de tournesol pour en faire des protéines, de l'énergie et toutes sortes de biomatériaux de grande valeur. (Lionel Changeur)