Lors de sa rencontre avec le président chinois, Xi Jinping, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exprimé son inquiétude sur les relations commerciales « de plus en plus déséquilibrées » entre les deux parties, a-t-elle indiqué lors d'une conférence de presse à Pékin, mercredi 6 avril. « Nous avons discuté de cela, car cette trajectoire n'est pas durable », a-t-elle ajouté.
Elle a évoqué les barrières commerciales auxquelles font face certains acteurs économiques européens en Chine, en particulier dans le domaine agroalimentaire ou médical. Elle a dénoncé des « conditions démesurées » appliquées par Pékin, que ce soit en matière de transfert de technologies ou d'exigences d'informations excessives.
Dans ce contexte, l'UE se doit d'être « plus vigilante sur ses dépendances », a-t-elle indiqué. Et de préciser à nouveau que cela n'équivaut pas à la « distanciation », mais plutôt à « une réduction des risques » (EUROPE 13153/17).
De la même manière que lors de son discours à Bruxelles le 30 mars à propos des relations UE/Chine, la présidente de la Commission européenne a évoqué le besoin pour l'UE de prendre en compte les risques liés à l'exportation de biens à double usage.
Au-delà d'un possible instrument de l'UE pour contrôler les exportations et investissements dans ce secteur, le problème doit être résolu par le dialogue, a-t-elle affirmé. C'est pourquoi elle a indiqué s'être entendue avec le Président chinois pour redémarrer le dialogue économique et commercial de haut niveau UE-Chine ainsi que celui sur le numérique. Ceux-ci « devraient être organisés rapidement afin de progresser et produire des résultats tangibles », selon elle.
La dernière réunion du dialogue économique et commercial de haut niveau UE/Chine s'est tenue en juillet 2022 entre le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis, et le vice-premier ministre chinois, Liu He (EUROPE 12996/3).
Quant à l'accord d'investissement UE/Chine, il n'a pas fait l'objet d'échanges entre Mme von der Leyen et M. Xi Jinping, d'après la présidente. Il est toutefois clair, du côté européen, que l'accord doit faire l'objet d'une réévaluation, a-t-elle ajouté.
Le président chinois n'était pas aux côtés d'Ursula von der Leyen lors de sa conférence de presse, mais a fait une déclaration conjointe avec le président français, Emmanuel Macron, plus tôt dans la journée du 6 avril. À cette occasion, il a indiqué que la Chine œuvrait « à une ouverture de haut niveau sur l'extérieur ».
La Chine doit user de son influence sur la Russie
Devant les médias, la présidente de la Commission a également appelé la Chine à faire pression sur la Russie, dans le contexte de la guerre en Ukraine.
« La Chine connaît bien la Russie et, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, elle a la responsabilité très nette d'user de son influence pour un développement positif », a-t-elle expliqué.
Mme von der Leyen a précisé attendre de Pékin qu’il promeuve une paix juste qui respecte la souveraineté et l'intégrité territoriale de l’Ukraine. De plus, elle a appelé la Chine à ne pas fournir d'équipement militaire directement ou indirectement à la Russie. « Armer l'agresseur est une violation flagrante du droit international. Cela nuirait considérablement aux relations entre l'UE et la Chine », a prévenu la présidente de la Commission.
Elle a expliqué que Xi Jinping - qui a rencontré récemment le président russe à Moscou - avait réitéré sa volonté de parler avec le président ukrainien - qui a souhaité un tel dialogue - « quand les conditions et le temps seront appropriés ». Elle a qualifié cette réponse d' « élément positif ».
Plus tôt dans la journée, le président chinois avait appelé à relancer « au plus vite » les pourparlers de paix, à prendre en compte les préoccupations sécuritaires « légitimes » des deux parties, à rechercher un règlement politique et à bâtir une architecture sécuritaire européenne « équilibrée, effective et durable ».
Xi Jinping avait aussi lancé un appel à la communauté internationale à se « retenir de tout acte susceptible de conduire à une nouvelle détérioration et même à un dérapage de la crise ». Il avait également appelé au respect du droit humanitaire international et à éviter les attaques contre les civils et les infrastructures civiles.
Mme von der Leyen a également rappelé qu'Européens comme Chinois étaient opposés à l’utilisation d'armes nucléaires. Aux côtés de M. Macron, Xi Jinping avait appelé au respect des engagements pris de ne pas utiliser les armes nucléaires et à ce qu’il n’y ait pas d’attaques armées contre des centrales nucléaires et des installations nucléaires civiles (EUROPE 13129/2).
Appel au statu quo dans le détroit de Taïwan
Interrogée sur la situation à Taïwan, Mme von der Leyen a estimé que la « stabilité dans le détroit de Taïwan (était) d'une importance capitale ». La Chine a déployé plusieurs navires de guerre autour de Taïwan après une rencontre aux États-Unis entre la présidente taïwanaise et le président républicain de la Chambre des représentants.
« Nous avons clairement intérêt à préserver cette stabilité, la paix et le statu quo dans le détroit », a expliqué la présidente de la Commission. « Le recours à la force pour le modifier est inacceptable. Il est important que les tensions qui pourraient survenir soient résolues pacifiquement », a-t-elle prévenu.
Par ailleurs, Mme von der Leyen a expliqué avoir abordé la question des droits de l’homme avec les dirigeants chinois et exprimé sa « profonde inquiétude » quant à la détérioration de la situation des droits de l'homme en Chine, citant la situation particulièrement préoccupante au Xinjiang. « Il est important que nous continuions à discuter de ces questions », a-t-elle plaidé. (Léa Marchal et Camille-Cerise Gessant)