« Le système de Bretton Woods n’est pas adapté ». Face à l’importance de la crise climatique et de son financement, l’économiste Laurence Tubiana a fait le constat, lors de la conférence de presse organisée par la Fondation européenne pour le Climat, mercredi 5 avril, d’un système financier « fragmenté ».
La rencontre, organisée en amont des réunions de printemps du FMI, posait, dans la perspective du Sommet de Paris, la question des bases à donner à 'un nouveau pacte mondial de financement'. Organisée en juin 2023, cette conférence internationale visera à accroître la solidarité financière avec le Sud pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2030. Elle constitue un point d'étape en vue de la COP28.
Réformer le système monétaire international. Selon Laurence Tubiana, le principal défi qui se pose à l’UE est la réforme des institutions de Bretton Woods, dont les accords fixent depuis 1944 les mécanismes du système monétaire international. L’économiste dénonce les limites de ce système, qui ne permet pas d’intégrer les pays émergents, pourtant les plus touchés par l’enjeu climatique.
Elle prône ainsi un ajustement des quotes-parts du capital du FMI attribuées à ses États membres : « la quote-part de la Chine est de 6%, contre 16 % pour les États-Unis. Le Brésil et l'Inde ont des quotes-parts inférieures à 4% alors que la France, à elle seule, a 4,7% ». Dans le même temps, elle constate que « 20 % de la population mondiale risque de s’endetter. Il faut donc trouver une nouvelle façon d'aborder la question de la dette ».
En ce sens, Mme Tubiana a rappelé que l’UE avait la possibilité, en tant que membre et actionnaire central du FMI et des banques multilatérales de développement (BMD), tant d’augmenter ses prêts que d’inciter à la mise en place d’un Fonds pour la résilience et la durabilité du FMI et, par là, débloquer des droits de tirage spéciaux (DTS) pour faciliter le financement des besoins des autres pays.
Accepter la fragmentation. L’économiste recommande en outre « un alignement des autres modèles, des autres institutions » sur l’objectif climatique. Prendre connaissance des banques de développement qui ont été mises en place par les BRICS fait ainsi partie de ses solutions : « Nous avons un autre système de monnaies qui prend forme. Nous avons des taxonomies dans différents pays. Nous devons donc accepter cette fragmentation ».
Sortir de l'hégémonie américano-européenne. C’est pourquoi Laurence Tubiana avance que le système ne peut pas se poursuivre « sous le contrôle hégémonique des États-Unis et de l'Europe ». Elle estime que l'Europe doit continuer à rehausser son ambition et à conjuguer ses efforts avec ceux des États-Unis, certes, mais aussi ceux de la Chine. « Nous avons besoin de ce leadership de la part des gouvernements européens, ainsi que des États-Unis et de la Chine, pour définir l'agenda et pour offrir une nouvelle façon de travailler avec les pays du Sud ». (Nithya Paquiry)