En amont de la décision sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate dans l'UE, attendue cette année, et à l’heure des critiques formulées contre l’objectif de l’UE d’une réduction de 50% de l’utilisation des pesticides à l’horizon 2030, l’ONG PAN Europe, en collaboration avec les Verts/ALE au Parlement européen, a publié, jeudi 9 mars, un rapport pour prouver que les alternatives au glyphosate existent et sont rentables.
Le rapport présente l’éventail de ces alternatives déjà disponibles et utilisées par les agriculteurs biologiques et ceux qui pratiquent la gestion intégrée des mauvaises herbes. Il souligne que les agriculteurs et les cultivateurs traditionnels doivent absolument faire un usage beaucoup plus large de ces outils et qu'il est nécessaire d'étendre et d'améliorer les outils non chimiques actuels tout en développant de nouvelles approches. En prenant comme référence les herbicides à base de glyphosate, l'analyse présente une grande variété d'approches de gestion des mauvaises herbes qui permettent d'obtenir un contrôle très efficace des mauvaises herbes sans utiliser d'herbicides.
« Le paillage, la gestion par le bétail, la rotation de cultures : les agriculteurs bio le font depuis 70 ans », a souligné Simon Gergely de PAN Europe en présentant le rapport à la presse comme « un livre de recettes pour travailler sans glyphosate ». Selon lui, passer d'une culture basée sur les pesticides à une culture sans pesticides n'est pas un risque, mais une opportunité, y compris pour la rentabilité de l'agriculture.
« Nous devons repenser la notion de mauvaise herbe. Certaines sont essentielles pour la santé des sols et contribuent à la protection de la biodiversité », a renchéri Sarah Wiener (Verts/ALE, allemande), rapporteur pour la proposition de règlement sur l’utilisation durable des pesticides.
Selon le rapport, en intégrant les pratiques agricoles physiques, mécaniques, biologiques et écologiques aux vastes connaissances acquises sur les caractéristiques biologiques et écologiques des plantes cultivées et des mauvaises herbes, les agriculteurs peuvent réussir à lutter contre les mauvaises herbes sans herbicides tout en maintenant les rendements, en évitant de développer une résistance chez les espèces de mauvaises herbes, en protégeant la santé et la biodiversité des sols et en minimisant l'érosion.
Benoît Biteau (Verts/ALE, français) s'est félicité de « l'approche globale du rapport qui ne traite pas seulement des aspects santé - très importants, mais aussi du climat et de la biodiversité » et qui « démontre que les herbicides, dont le glyphosate, peuvent trouver une alternative dans la science de l'agronomie ».
Selon lui, « dans un contexte où les agriculteurs ont des difficultés, faire du vert permet de sortir du rouge » - raison pour laquelle la politique agricole commune devrait les accompagner pour changer leurs pratiques. « La PAC ne les décourage pas d'utiliser des pesticides. Nous devons aussi construire en aval des filières basées sur la rotation de cultures plus longues. C'est l'outil de base de l'agronomie. Pour une agronomie efficace, nous devons proposer des débouchés et sortir des injonctions contradictoires », a-t-il ajouté.
Voir le rapport : https://aeur.eu/f/5pn (Aminata Niang)