Les ministres des Affaires étrangères discuteront, lundi 20 février, de l’Ukraine, de l'Afghanistan, de la Moldavie et de l’Iran.
Bien que le sujet ne soit pas formellement à l’ordre du jour de la session, les ministres devraient témoigner leur solidarité avec les victimes des séismes du 6 février qui ont dévasté le Sud de la Turquie et le Nord-Ouest de la Syrie. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, pourrait faire un point rapide de l’aide apportée jusqu’ici par l’UE (voir autre nouvelle dans l'article lié). La Commission européenne et la Présidence suédoise pourraient, quant à elles, donner des informations sur la conférence des donateurs qu’elles co-organiseront en mars, à Bruxelles, en coordination avec les autorités turques (EUROPE 13118/4, 13117/12).
Ukraine. À quelques jours du premier anniversaire de l’invasion russe en Ukraine, les ministres discuteront de la situation dans le pays avec leur homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, qui sera présent à Bruxelles. Selon un diplomate, la discussion qui suivra entre les Vingt-sept portera sur le soutien, la redevabilité et le rayonnement diplomatique.
Les ministres discuteront du soutien à apporter à l’Ukraine, notamment du point de vue militaire. Ils pourraient notamment se pencher sur la proposition estonienne d’achat commun de munitions, sur le modèle de l’achat de vaccins contre la Covid-19. Aucune proposition du Service européen pour l’action extérieure ne sera sur la table des ministres lundi, mais si ceux-ci montrent leur intérêt, les discussions pourraient se poursuivre lors de la réunion informelle des ministres de la Défense, les 7 et 8 mars, lors de la réunion ministérielle 'Affaires étrangères/Défense' du 20 mars, mais aussi lors du Conseil européen des 23 et 24 mars. « Lundi, ce sera beaucoup trop tôt pour arriver a des conclusions. Or, il faut aller vite. Donc, ce sera pour les semaines à venir », a résumé une source européenne, vendredi 17 février.
Les ministres pourraient discuter du 10e paquet de sanctions, présenté le 15 février par la Commission et le Haut Représentant (EUROPE 13122/2). Selon une source européenne, l’objectif est d’adopter ces mesures le 24 février, jour anniversaire de l’invasion. Cette source a précisé que le but est un accord au niveau des ambassadeurs des États membres auprès de l’UE, mercredi 22 février, pour que les procédures légales soient conclues à temps pour le 24.
Le Conseil pourrait également revenir sur la reddition des comptes, que ce soit concernant un tribunal ou le gel des avoirs russes, et sur le travail diplomatique à New York, en vue de l’adoption d’une résolution sur le conflit, un an après l’invasion. Les Européens veulent la résolution la plus ambitieuse possible, mais qui recueille aussi le plus large soutien international.
Moldavie. Les ministres déjeuneront avec leur homologue moldave Nicu Popescu, tout juste reconfirmé après le changement de gouvernement, et discuteront de la situation dans son pays.
Les discussions porteront principalement sur l'impact de l'agression russe contre l'Ukraine sur la République de Moldavie et sur l'évolution des défis politiques et sécuritaires auxquels le pays et la région sont confrontés. Le Conseil pourrait notamment se pencher sur la possibilité d’une mission civile de l’UE sur la sécurité, qui pourrait porter sur la résilience du pays en termes de menaces hybrides et de cybersécurité.
Le soutien de la Commission, que ce soit envers les réfugiés ukrainiens accueillis dans le pays ou en matière d’énergie, pourrait également être abordé.
Afghanistan. Les ministres reviendront sur la situation en Afghanistan, qui continue de les inquiéter. Ils échangeront à distance sur le sujet avec la vice-secrétaire générale des Nations Unies, Amina J. Mohammed, puis se pencheront sur les moyens de maintenir l'aide à la population afghane tout en maintenant une certaine pression sur le régime taliban.
L'UE a pris clairement position contre les récentes décisions des talibans affectant les femmes et les jeunes filles (EUROPE 13091/16, 13090/26) et elle mise désormais sur les divisions internes au sein du régime pour espérer un changement.
Elle travaille en tout cas sur des lignes directrices pour fournir l'aide de base à la population afghane sans devoir passer par les talibans. Les ministres veulent réfléchir à la manière de traiter avec les talibans, voire d'avoir une plus grande fermeté envers eux, estime un diplomate européen. Il n'est toutefois pas question pour l'UE, à l'heure actuelle, d'adopter des sanctions.
Iran. Les ministres se pencheront en outre sur la situation en Iran et devraient adopter un cinquième paquet de sanctions à l’encontre des responsables de la répression. L’inscription du Corps des gardiens de la révolution islamique sur la liste des organisations terroristes de l’UE n’est, quant à elle, pas à l’ordre du jour pour des questions juridiques.
Le Conseil devrait également discuter du soutien iranien à la Russie alors que de nouvelles sanctions pourraient être adoptées dans le cadre du 10e paquet de sanctions.
La situation des Européens emprisonnés en Iran pourrait faire l'objet d'une discussion. « Ce sera l’occasion de mettre ce point encore plus au centre (des discussions) pour voir quelles positions se dégagent et quelles sont les options possibles », a précisé un diplomate, citant, par exemple, des actions diplomatiques plus coordonnées ou encore des actions publiques.
Le Conseil pourrait aussi se pencher sur le programme nucléaire iranien et les activités de déstabilisation de l’Iran dans la région.
Selon un diplomate, les ministres devraient entreprendre une réflexion plus stratégique sur le type de politique et de stratégie à adopter envers l’Iran.
Climat/Énergie. Le Conseil devrait s'entretenir sur la diplomatie climatique et énergétique. Les ministres devraient faire le point sur les négociations internationales tenues l’an dernier, dont la COP27, et préparer les prochaines, y compris la COP28, en fin d’année à Dubai. Ils pourraient adopter des conclusions au sujet de cette diplomatie climatique, mais, vendredi, celles-ci étaient toujours en cours de négociation en raison de différends sur ce qui doit être promu comme étant une énergie propre.
PSDC. Les ministres devraient également lancer officiellement deux missions PSDC de l’UE : la mission civile EUMA Arménie d’observation des zones frontalières de l'Arménie avec l’Azerbaïdjan, établie le 23 janvier (EUROPE 13105/5) et la mission militaire de partenariat militaire avec le Niger, établie le 12 décembre 2022 (EUROPE 13082/33), qui a pour objectif d’aider le pays dans sa lutte contre les groupes armés terroristes.
Stratégie de l’UE pour les Grands Lacs africains. Le Conseil adoptera sans débat la stratégie intégrée renouvelée de l’UE pour les Grands Lacs, une région d’Afrique d’importance stratégique avec laquelle l’UE entend rester engagée, considérant qu’elle peut jouer un rôle de locomotive dans le développement du continent, au-delà de la recrudescence actuelle des tensions entre la RDC et le Rwanda dans les Kivu, qui menace la sécurité régionale. Josep Borrell a récemment exhorté le Rwanda à retirer son soutien au M23 et la RDC à cesser toute coopération entre les FARDC et les groupes armés au profit d’un dialogue et du plein respect des processus régionaux en cours (processus de Luanda et de Nairobi), tout en annonçant l’adoption imminente de cette stratégie (EUROPE 13121/22).
Les ministres en avaient débattu en novembre 2022, en mettant l’accent sur la nécessite d’une stratégie réaliste pour soutenir la région pour « passer des tensions à la confiance, des trafics au commerce et de la concurrence à l'intégration régionale » (EUROPE 13062/9). Cette stratégie intitulée ‘Soutenir la transformation des causes profondes de l’instabilité en opportunités partagées’ sera énoncée dans des conclusions très denses, qui devraient combiner les aspects aide humanitaire, sécurité, développement, multilatéralisme, et mettre en avant les objectifs onusiens de développement durable à l’horizon 2030.
Il y a « la volonté de donner une perspective à long terme, avec un travail d’analyse sur les causes profondes des conflits et d’esquisser des solutions au-delà de l’actualité immédiate », soulignait vendredi une source diplomatique. Un autre diplomate européen a renchéri en parlant de « la volonté de réengagement de l’UE et ses États membres dans la région, pour le long terme ».
Le Conseil adoptera des conclusions sur les priorités de l’UE dans les forums onusiens des droits de l’homme (EUROPE 13122/35) et sur la 5e conférence de révision de la convention sur les armes chimiques, qui devrait se tenir au deuxième trimestre 2023.
Russie. En amont du Conseil, les ministres discuteront de la situation de la société civile en Russie, lors d’un petit déjeuner organisé par la Pologne et la Lituanie, avec l’activiste politique et ancien champion d’échec russe Garry Kasparov. (Camille-Cerise Gessant, Léa Marchal et Aminata Niang)