Dans son rapport d’activité 2020-2022 présenté mardi 27 septembre au Comité des ministres, le comité consultatif de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l’Europe pointe trois menaces majeures : les répercussions de la pandémie de Covid-19 qui a aggravé les inégalités, la crise climatique qui menace les modes de vie traditionnels des peuples autochtones et l’agression de la Russie contre l’Ukraine.
« Cette guerre a causé et cause encore des milliers de drames humains ainsi que des crises alimentaires et énergétiques », a souligné Mikko Puumalainen, président en exercice du Comité, lors d’un entretien accordé à EUROPE. « Mais elle a aussi des conséquences spécifiques aux minorités nationales. Beaucoup de populations ont été forcées de quitter leur lieu de résidence, ce qui est beaucoup plus difficile quand on vit dans des zones rurales qui sont souvent celles d’implantation traditionnelle des minorités nationales et où l’attachement au territoire est encore plus ancré que lorsque l’on habite en ville ».
« La destruction des sites culturels est aussi d’une grande violence. Elle va au-delà de celle des bâtiments, on peut reconstruire une église, mais on ne peut pas faire de même avec la part de la vie des gens qu’elle représente, leur identité, leur histoire ».
Pour Mikko Puumalainen, le fait que la Russie ait déclenché cette guerre au motif de la protection des minorités est « profondément déstabilisant ». « Nous l’avons dénoncé dans une Déclaration dès le mois de mai », rappelle-t-il. « L’invasion russe contredit l’objectif même de la Convention-cadre. Dans son article 2, celle-ci appelle à instaurer un climat de compréhension et de tolérance dans le respect des principes de bon voisinage, de relations amicales et de coopération entre les États. La situation des minorités ethniques en Ukraine pourrait être améliorée, mais elle ne peut en aucun cas justifier une agression armée ».
Les répercussions de la guerre sur les minorités résidant sur le territoire même de la Fédération de Russie inquiètent également le Comité, qui signale dans son rapport une probable surreprésentation des jeunes hommes issus des minorités parmi les victimes au sein de l’armée russe.
Exclue du Conseil de l’Europe en mars 2022, la Russie reste partie contractante à la Convention-cadre et le rapport spécifie que le Comité consultatif continuera d’y suivre la situation « autant que possible ».
« Il y a certaines similitudes entre la guerre en Ukraine et la crise climatique », poursuit M. Puumalainen. « Toutes deux contraignent des minorités nationales à quitter les lieux où elles vivent pour se lancer dans la migration ». « L’existence de nombreuses minorités nationales est étroitement liée à leur environnement naturel. Fonte des glaces, sécheresses, inondations, feux de forêt, etc. menacent les écosystèmes, et donc les modes de vie et les métiers de populations entières, parmi lesquelles les peuples autochtones ».
Cependant, relève-t-il, les mesures prises pour lutter contre le changement climatique « peuvent aussi fragiliser ces populations ». « La transition vers une économie plus verte peut engendrer des difficultés économiques pour les minorités nationales, des inquiétudes ont, par exemple, été exprimées quant à l’impact des parcs éoliens sur l’élevage des rennes ».
Des Avis du Comité relatifs aux pays concernés par ces questions sont en préparation, annonce-t-il.
En ce qui concerne la crise liée à la Covid-19, Mikko Puumalainen invite à « rester vigilant ».
La période couverte par le rapport a été marquée par cette pandémie, qui a aggravé les difficultés des minorités nationales telles que les Roms en limitant leur accès à l’information, à l’éducation, à la vie culturelle et aux soins de santé ainsi que leur participation à la prise de décisions.
« Aujourd’hui, la phase la plus difficile semble être derrière nous, mais il faut continuer à progresser en restant à l’écoute des minorités et en tenant compte des efforts fournis par les États membres ».
C’est le rôle du Comité, conclut-il : « mettre en dialogue les points de vue des différentes parties en nous inscrivant dans la perspective de la Convention-cadre ».
Lien vers le rapport (en anglais) : https://aeur.eu/f/3ad (Véronique Leblanc)