Le Parlement européen s'alarme de ce que la guerre en Ukraine aggrave encore l'insécurité alimentaire des pays en développement, qui avaient déjà souffert de l'impact de la crise de la Covid-19. Partant, il préconise des mesures audacieuses de l'UE pour combattre la faim et la malnutrition dans ces pays - une priorité - et accroître leur résilience, notamment par des solutions ciblées sur les besoins locaux.
Sans surprise, le rapport d'initiative de Beata Kempa (CRE, polonaise) a été adopté sans amendements (EUROPE 12984/14, 12877/14) à une large majorité (602 voix pour, 15 contre, 22 abstentions), mercredi 6 juillet à Strasbourg.
Les eurodéputés craignent que l’objectif onusien de développement durable 'Zéro faim' à l'horizon 2030 (ODD2) ne soit pas atteint, étant donné que la faim, la malnutrition et l'insécurité alimentaire augmentent de nouveau dans le monde et la probabilité qu'à cette échéance quelque 660 millions de personnes souffrent encore de la faim.
« 1,7 milliard de personnes dans 107 pays sont touchées par la famine qui résulte de la guerre en Ukraine », avait affirmé Mme Kempa avant le vote, formulant l'espoir que ce rapport aidera l'UE à être chef de file dans le soutien financier à la lutte contre la faim.
Les députés demandent à l'UE et aux Vingt-sept de reconnaître l'éradication de la faim et de la malnutrition comme une priorité dans tous les domaines politiques. Selon eux, l'UE devrait orienter ses politiques pour mieux lier l'aide d'urgence à des solutions de plus long terme.
Commission européenne et États membres sont invités à augmenter leurs contributions au Programme alimentaire mondial (PAM).
Le Parlement souhaite que l'UE et ses États membres comblent immédiatement le déficit de financement dans les appels humanitaires 2022 des Nations unies pour l'Afrique de l'Est et le Moyen-Orient.
Selon les députés, les politiques de l'UE en matière de nutrition et de sécurité alimentaire doivent reconnaître que l'accès à l'alimentation est un droit de l'Homme et non un produit marchand.
Le Parlement estime que l'UE devrait donner la priorité à l'alimentation et à l'agriculture durable dans sa politique de développement, soutenir l'agriculture durable, renforcer l'agriculture de petite échelle et familiale, tout en mettant l'accent sur le travail décent.
Il juge également essentiel de promouvoir un meilleur accès aux marchés, de sécuriser le régime foncier des petits exploitants et des femmes et d'améliorer leur accès à la technologie et à l'innovation.
L'UE devrait aussi soutenir l'agroécologie, l'agroforesterie et la diversification des cultures et privilégier la production alimentaire par rapport à la production de biocarburants.
« La flexibilisation et la coordination des politiques de biocarburants au niveau international est un sujet majeur », soulignent les députés.
Et la spéculation alimentaire ? Le même jour, le Parlement a rejeté l'objection déposée par le groupe des Verts/ALE à l'acte délégué de la Commission européenne sur les produits financiers dérivés et la spéculation alimentaire. Cet acte délégué, présenté en avril, vise à préciser les termes de la directive 'MiFid' en fixant la méthodologie de calcul des limites de position, l’outil principal de régulation de la spéculation. Les Verts/ALE estimaient qu'il ne fixait pas des limites suffisamment efficaces.
Après le vote du rapport Kempa, le rejet de cette objection est une occasion manquée, selon Benoît Bîteau (Verts/ALE français), qui estime que « la guerre en Ukraine était une triste opportunité pour mettre fin à la spéculation ».
Et sa collègue et compatriote Karima Delli d'ajouter : « Il est faux de penser que la hausse actuelle des prix ne résulte que du conflit armé en Ukraine. Plusieurs études pointent la responsabilité des marchés financiers dans ce cadre ».
Voir la résolution ' Kempa' : https://aeur.eu/f/2i9 (Aminata Niang)