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Bulletin Quotidien Europe N° 12905
Invasion Russe de l'Ukraine / DÉveloppement

Les ministres européens identifient des projets pour 100 millions d'euros d'aide immédiate en Ukraine et en Moldavie face à une crise humanitaire d'ampleur

L'ampleur de la crise humanitaire en Ukraine et dans les pays voisins, à l'heure où plus de 1,5 million de personnes ont déjà quitté le pays pour fuir la guerre, suscite les craintes et la pleine solidarité des ministres européens du Développement avec les populations civiles victimes de l'offensive militaire russe.

La mobilisation pour l'Ukraine et les Ukrainiens ainsi que la nécessité d'une politique de développement davantage géopolitique ont en effet dominé la réunion du Conseil 'Affaires étrangères' dans son format 'Développement', lundi 7 mars à Montpellier (EUROPE 12904/8). 

« L'invasion de l'Ukraine pose un énorme problème humanitaire. L'armée russe poursuit son offensive avec la destruction systématique des infrastructures, pas seulement militaires, mais aussi civiles, Ce sont des habitations, des infrastructures civiles qui sont prises pour cibles systématiques », a affirmé le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l'issue de la réunion. Évoquant 1,6 million de réfugiés qu'il qualifie d'« exilés », il a dit craindre fort que ce chiffre puisse atteindre 5 millions, « une estimation raisonnable ».

« Ces réfugiés devront être accueillis par les pays européens » tandis que « plus de 18 millions de personnes seront touchées par le conflit en Ukraine », a-t-il poursuivi.

100 millions d'euros d'aide d'urgence immédiate. Selon lui, l'échange entre les ministres a permis d'identifier un premier versement de 100 millions d'euros d'aide immédiate en Ukraine et en Moldavie pour financer nourriture, eau, soins de santé, abris et protection de base des citoyens - sur plus de 500 millions d'euros d'aide humanitaire du budget de l'UE déjà annoncés par la Commission.

« Si les bombardements continuent comme ça, si on continue à bombarder les villes de façon indiscriminée, on va se retrouver à la frontière est de l'Europe avec un problème majeur », avait-il prévenu en arrivant à cette réunion, insistant sur la nécessité de « plus d'argent, plus de capacités d'accueil, plus d'aliments, d'écoles, de camps d'accueil, c'est-à-dire élargir nos capacités, convertir l'argent en moyens matériels sur le terrain ».

Le Haut Représentant a assuré que l'UE allait aussi augmenter la résilience en Ukraine et en Moldavie, « qui se sent menacée et a besoin d'aide économique et politique», et que la Banque européenne d'investissement avait décidé de réorienter 700 millions d'euros en liquidités pour soutenir l'économie ukrainienne.

L'urgence, toutefois, « pour le moment, est d'aider les réfugiés et de trouver le moyen d'obtenir un cessez-le-feu pour ouvrir la porte aux négociations ». Le même jour, à cette fin, le président du Conseil européen, Charles Michel, a appelé le président russe.

M. Borrell a déclaré à la presse s'être lui-même entretenu par téléphone, pendant la réunion de Montpellier, avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, pour demander que la Chine « use de toute son influence », car, « étant donné ses liens et points de vue communs avec la Russie, elle peut jouer un rôle important, si elle veut ». 

Géopolitique de l'aide au développement. Les ministres ont discuté de la dimension géopolitique de l'aide de l'UE, en s'interrogeant notamment sur la raison pour laquelle « certains pays avec lesquels nous avons des liens très étroits et qu'on aide beaucoup n'ont pas suivi le vote qu'on avait demandé pour condamner la Russie aux Nations Unies », a indiqué le Haut Représentant. Et d'ajouter : « Il faut avoir une vision plus politique de notre aide, pour faire en sorte que la communauté internationale, d'abord condamne l'action de la Russie, établisse une coalition pour aider les réfugiés ukrainiens, pour supporter [au sens de soutenir : NDLR] l'Ukraine ».

 À son avis, une politique de développement plus géopolitique exige « de la clarté, de l'unité, de la fermeté, de la crédibilité. », ce dont les ministres seraient convenus.

« L'Europe doit tenir sa place», a renchéri le ministre français Jean-Yves Le Drian, à ses côtés. Rappelant que « nous (L'UE, ses États membres et ses institutions financières : NDLR) sommes le premier bailleur d'aide publique au développement », il a fustigé « l'instrumentalisation du développement à des fins politiques » par d'autres puissances et plaidé pour que l'UE fasse de son aide « un outil de partenariat dans le respect de la souveraineté ».

Selon lui, la crise ukrainienne est « une tragédie dont on est loin d'être sorti. Mais la violence de l'attaque de l'Ukraine par la Russie a entraîné une stimulation très forte de l'UE. Cela se confirmera au sommet [européen informel de Versailles : NDLR] de jeudi et vendredi ».

Alors que la Russie et l'Ukraine se renvoient la responsabilité du retard dans l'établissement de couloirs humanitaires, M. Le Drian a accusé M. Poutine d'être responsable. « Méfions-nous des pièges », déclarait-il avant que ne reprennent les pourparlers russo-ukrainiens en fin de semaine.

Les 100 millions d'euros d'aide humanitaire de la France seront pour les réfugiés et pour les personnes déplacées en Ukraine, a-t-il précisé. « l'Allemagne aussi va aider, bien sûr : 37 millions d'euros ont déjà été mis à disposition par le ministère des Affaires étrangères pour l'aide humanitaire, », a annoncé la ministre fédérale allemande à l'Environnement, Svenja Schulze, citant aussi plus de 38 millions d'euros de soutien de son propre ministère.

Urgence d'un cessez-le-feu. Le sous-secrétaire d’État polonais Pawel Jablonski a souligné que son pays faisait tout pour soutenir et loger plus d’un million de réfugiés. « Nous devons redoubler d' efforts humanitaires, mais aussi d'efforts pour stopper la guerre. Ce n’est pas souvent dit dans un Conseil Affaires étrangères/Développement, mais nous devons le répéter aussi fort que possible », a-t-il déclaré, plaidant pour de nouvelles sanctions contre la Russie touchant les recettes de pétrole, de gaz et de charbon, pour « stopper Poutine », dont il est convaincu que, sinon, il « attaquera d'autres États ».

« Nous devons avoir une action décisive, être unis en tant qu’Union européenne pour soutenir les États membres qui sont en première ligne, pas seulement la Pologne, mais les pays qui acceptent des réfugiés en grand nombre et qui assument des coûts énormes d’intégration de ces réfugiés dans leurs sociétés, parce que ces coûts se chiffreront en milliards », a-t-il pronostiqué, affirmant que ces coûts seront « comparables à ce que nous avons déjà dépensé pendant la pandémie de Covid-19 ». 

Le président de la commission parlementaire du développement, Tomas Tobé (PPE, suédois), a rappelé que le Parlement européen demande des corridors humanitaires et un financement à long terme pour couvrir les besoins en Ukraine, « mais aussi un financement additionnel pour garantir que nous aurons assez de ressources financières pour d’autres crises comme en Afghanistan ».

L'eurodéputé Benoit Lutgen, chef de la délégation belge du PPE, accompagné de Georges Dallemagne, député belge et président du groupe d'amitié Belgique-Ukraine, et de Marta Barandyi, fondatrice de l’association Promote Ukraine, a annoncé lundi être en route pour l'Ukraine pour livrer des équipements de protection et des médicaments et pour rencontrer les responsables humanitaires, politiques et militaires, notamment de la région de Lviv.

Selon Svenja Schulze, la réunion de Montpellier a permis de « discuter des conséquences à long terme aussi [de la guerre en Ukraine], car l’on importe beaucoup de blé de la Russie et d’Ukraine, et pour l’Afrique c’est très important ». Si cette guerre se poursuit et que la production de blé est compromise, « ce sont 8 à 13 millions de personnes supplémentaires qui souffriront de la faim en Afrique », a-t-elle averti.

 Biodiversité et systèmes alimentaires durables. Les ministres ont également échangé à ce sujet pendant le déjeuner - la perte de biodiversité étant « un problème grave, qui suscite moins d'attention que le changement climatique », a souligné le Haut Représentant. 

L’ancien président du Niger Mahamadou Issoufou était invité à cette discussion en sa qualité de « champion pour la mobilisation des ressources pour la Grande muraille verte », exemple d’un projet d'envergure, lancé par l'Union africaine dans 11 pays du Sahel et relancé en 2021, qui contribue à la protection de la biodiversité, à la lutte contre la dégradation des terres et au développement de politiques agricoles durable. (Aminata Niang)

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