Rassemblés à l’initiative de la Présidence portugaise du Conseil de l’Union européenne, mardi 30 mars, pour discuter de la marche à suivre afin de déployer le transport ferroviaire dans les années à venir (EUROPE 12688/8), les ministres européens des Transports ont notamment abordé la question du transfert du fret européen de la route vers le rail.
Cette opération est présentée comme l’une des voies à suivre pour honorer les engagements climatiques de l’Union. La Commission européenne a en effet requis dans son Pacte vert européen qu'« une partie substantielle des 75% du fret intérieur transporté aujourd'hui par la route soit transférée vers le rail et les voies navigables ». Dans sa stratégie pour une mobilité durable (EUROPE 12619/12), elle préconise que « des mesures urgentes soient prises étant donné les progrès limités réalisés à ce jour ».
La part modale du rail dans le fret terrestre est tombée à 17,9% en 2018, contre 18,3% en 2011.
Dans une déclaration commune, présentée par la France mardi et soutenue par quinze autres pays – Autriche, Belgique, Bulgarie, Croatie, République tchèque, Estonie, Grèce, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Roumanie et Slovaquie –, la solution du transfert modal a justement été plébiscitée.
Les seize États signataires demandent notamment à la Commission de lancer rapidement une étude qui porte, entre autres, sur le pourcentage de transfert modal réalisable en tenant compte de la capacité actuelle du réseau ferroviaire européen ou sur le pourcentage de transfert modal réalisable en introduisant un mécanisme financier européen pour couvrir les externalités supplémentaires du fret ferroviaire par rapport à la route.
Moderniser le secteur
Mais ce transfert modal devra aller de pair avec une modernisation du transport ferroviaire, en particulier de marchandises.
« Il reste beaucoup à faire dans les années à venir », reconnaissent les seize ministres signataires de la déclaration, soutenant notamment que des progrès seront nécessaires en matière de numérisation, d’automatisation, d’interopérabilité et de mise en circulation d’un matériel roulant plus durable.
La nécessité d’investir bien davantage « dans les infrastructures ferroviaires, les trains eux-mêmes, l’interopérabilité et la numérisation », a également été réaffirmée par nombre d’intervenants dans le cadre de la réunion.
« La plupart des ministres ont reconnu que nous avons des lacunes importantes et que nous avons placé la barre haut en termes d'objectif », a résumé en conférence de presse le ministre portugais des Infrastructures, Pedro Nuno Santos.
Dans une évaluation de la politique ferroviaire européenne menée ces 25 dernières années, publiée mardi à la demande de la Présidence portugaise, le Comité économique et social européen (CESE) a listé quelques mesures qui profiteraient, estime-t-il, au déploiement du fret ferroviaire. Le Comité prône notamment la relance d'un système européen de chargement unique des wagons, la liaison des infrastructures stratégiques, telles que les ports, aux infrastructures ferroviaires ou encore la participation des grandes entreprises de logistique à une réorientation modale de leurs flux.
Pour consulter la déclaration des États membres : https://bit.ly/31wrFyH (Agathe Cherki)