L’Alliance européenne pour les batteries électriques progresse très rapidement malgré la pandémie, à en croire le vice-président de la Commission européenne, Maroš Šefčovič, le vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), Andrew McDowell, et le PDG de Northvolt, Peter Carlsson, qui se sont exprimés lors d’un point de presse jeudi 27 août.
Selon M. McDowell, depuis le lancement de l’Alliance, la stratégie de l’UE a évolué en deux ans : il ne s’agit plus pour l'Europe d’essayer de rattraper la Chine, mais à présent de devenir leader dans le secteur. Selon lui, la BEI a autant investi dans le secteur de la batterie en un an que sur les dix dernières années (EUROPE 12538/24).
M. Šefčovič a enfoncé le clou : les investissements agrégés de l’UE dans le secteur de la batterie représentent près du double des investissements chinois sur ces deux dernières années. Il a estimé que l’Europe sera en mesure de répondre à 80% de la demande intérieure en batteries électriques d'ici 2024.
Enthousiaste, mais plus modéré, Peter Carlsson a reconnu qu’il y avait encore beaucoup à faire pour rattraper le retard européen face au concurrent chinois. Ainsi, le principal défi de l’homme d’affaires est d’augmenter la production (‘scale up’) et de recruter suffisamment d’ingénieurs. Or, l’Europe manque cruellement de main-d’œuvre compétente dans le domaine, a-t-il estimé. Par ailleurs, la question de l’accès à la matière première pose des difficultés et le recyclage du lithium représente une voie prometteuse pour y répondre, selon lui.
Interrogé par EUROPE sur l’asymétrie du marché des véhicules électriques entre l’Europe de l’Ouest et du Nord, où le marché des voitures électriques a décollé, et l’Europe centrale et orientale, où ce marché reste atone, M. McDowell a expliqué que les prêts de la BEI allaient financer jusqu’à 75% du coût total des investissements, au lieu des 50% normalement en vigueur. Objectif : accélérer la transition énergétique de ces pays et la conversion des parcs automobiles nationaux.
Face à la Chine, les intervenants ont tous répété que la compétitivité européenne se fera non pas sur le coût, mais sur la durabilité, tous espérant que l’UE saura imposer ses normes au niveau international.
La Commission compte donner un coup de fouet au secteur des voitures électriques en présentant, la semaine prochaine, une stratégie destinée à garantir la sécurité d’accès aux matières premières cruciales ainsi qu'un cadre réglementaire sur la batterie en octobre (EUROPE 12443/7). L’institution européenne devrait également présenter une stratégie pour une mobilité intelligente.
La Commission a donné son feu vert en décembre 2019 au Projet important d’intérêt européen commun (PIIEC) français (EUROPE 12386/23). Elle devrait donner son approbation à un deuxième projet allemand sous peu, a fait savoir le vice-président Šefčovič. (Pascal Hansens)