Plusieurs ministres des Affaires étrangères européens ont souligné, jeudi 27 août, lors de leur arrivée au Gymnich à Berlin, l’importance de prendre des mesures à l’encontre du régime du président Alexandre Lukachenko et d’apporter leur soutien à la société civile biélorusse.
Selon le ministre roumain Bogdan Aurescu, qui reprenait les chiffres de l’opposition biélorusse, 1 500 personnes ont été arrêtées avant l’élection présidentielle du 9 août, 8 000 après, cinq personnes sont mortes et 600 ont été blessées.
Les ministres devaient se pencher, lors de leur réunion, toujours en cours lors de notre bouclage, sur la réponse à donner aux fraudes électorales et à la répression du régime, qui s’est encore intensifiée ces derniers jours.
« Nous évaluerons si les sanctions, déjà prêtes à être appliquées, sont suffisantes ou si, compte tenu de l'actualité, elles doivent être intensifiées », a résumé Heiko Maas, le ministre allemand des Affaires étrangères, dont le pays assure la Présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Il a estimé qu’il fallait discuter de la manière dont l’UE pourrait accroître la pression sur M. Loukachenko.
Mardi 25 août, un haut fonctionnaire européen avait estimé que les ministres pourraient se mettre d’accord sur une liste de 15 à 20 personnes soumises à des sanctions. Un nombre bien insuffisant pour certains. « La liste doit être plus étendue et convaincante. J’espère une réponse efficace de l’UE », a ainsi expliqué le Letton Edgars Rinkēvičs.
Son homologue lituanien a été plus loin. « Si ces spéculations sont vraies, ce n’est pas suffisant, cela ne peut pas être sérieux. Ces sanctions sont attendues par les Biélorusses et par nous-mêmes », a souligné Linas Linkevičius, précisant qu’il en allait de la « crédibilité de l’UE » et que l'attitude de cette dernière devait être « appropriée ». La portée des sanctions européennes doit être « substantielle », a-t-il ajouté, en se référant aux mesures prises après les élections de 2010 qui avaient visé près de 200 personnes au total.
M. Linkevičius et Urmas Reinsalu, le ministre estonien, ont poussé pour que le président Alexandre Loukachenko fasse lui-même l’objet de sanctions.
Par ailleurs, le commissaire européen au Voisinage, Olivér Várhelyi, a expliqué qu’il allait demander aux ministres leur accord pour que le conseil de coordination biélorusse, créé par l’opposante politique Svetlana Tikhanovskaïa, soit impliqué dans la mise en œuvre des 53 millions d’euros annoncés le 19 août par la présidente de la Commission (EUROPE 12544/9).
Les ministres se sont également défendus de toute ingérence. « Cela se passe à notre frontière. Les violences ne peuvent pas être couvertes par la souveraineté », a expliqué M. Linkevičius.
« On ne doit pas dire aux gens qui ils doivent choisir pour diriger leur pays, mais on ne peut pas garder nos distances par rapport à ce que l’on voit. Des gens sont battus et privés des principes démocratiques de base », a ajouté le Slovaque Ivan Korčok.
Discussion à Minsk avec M. Makeï
En parallèle de la réunion du 'Gymnich' à Berlin, les ambassadeurs de l'UE et des États membres à Minsk ont discuté de la situation avec le ministre biélorusse des Affaires étrangères, Vladimir Makeï.
Selon la délégation de l'UE, les diplomates ont souligné que seul un processus pacifique et démocratique, soutenu par des médias indépendants et libres et une société civile forte, pouvait apporter des solutions durables.
L'UE et le Canada appellent au dialogue
La veille, le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, et le ministre des Affaires étrangères canadien, François-Philippe Champagne, avaient souligné, dans une déclaration commune, qu'il était « maintenant urgent d'engager un dialogue national ouvert et constructif pour trouver une voie à suivre ».
Ils avaient appelé les autorités à accepter « sans délai » la visite conjointe de l'Albanie, qui assume la présidence de l'OSCE et de la Suède, future Présidence. « Le Canada et l'UE continueront à se tenir aux côtés du peuple biélorusse et à travailler avec nos partenaires internationaux pour faire en sorte que sa voix soit entendue et que ses droits soient respectés », ont-ils prévenu. (Camille-Cerise Gessant avec Agathe Cherki)