Catherine De Bolle, la directrice d’Europol, l’agence de coopération policière de l’UE, a livré, lundi 18 mai, un tableau relativement inquiétant de l''état de santé' des criminels dans l’UE durant la pandémie, notamment en groupe organisés. La crise sanitaire leur a certes fermé certaines activités classiques (cambriolages), mais leur a permis, dans le même temps, de se reconvertir dans d’autres secteurs lucratifs.
Ainsi, les fraudes aux médicaments en ligne, la vente de masques défectueux ou de dispositifs de tests contrefaits ont augmenté pendant la crise, avec une population confinée à domicile et beaucoup plus active sur Internet. À ce titre, la directrice belge de l’Agence a dit également s’attendre à ce que les fraudes se multiplient « dès qu’on aura trouvé un vaccin ».
La directrice n'a pas donné de statistiques détaillées sur cette criminalité, mais elle se base sur les échanges quotidiens menés avec les États membres.
La cybercriminalité ayant augmenté, notamment via des logiciels de rançonnage ayant même frappé des hôpitaux, l’observation d’Europol a aussi porté sur une hausse de la recherche et du trafic d’images pédopornographiques. Une criminalité qui a augmenté avec le Covid-19, a déploré Mme De Bolle, évoquant, sans spécifier les chiffres européens, une « augmentation de 106 % du trafic en ligne de matériel pédopornographique » pendant la crise sur la base des données de l’association Netmec (National Centre for Missing and Exploited Children) basée aux États-Unis.
Autre phénomène : les trafiquants d’êtres humains et de migrants n’ont pas eu moins de travail avec la pandémie et ont tout à fait adapté leurs routes, notamment via les Balkans occidentaux.
La directrice d’Europol a noté des passages plus fréquents vers le Royaume-Uni et, à défaut d’avions, un recours accru aux camions ou aux bateaux avec des personnes mises dans des compartiments réfrigérés.
Le trafic de migrants devrait être encore « plus impitoyable » après la crise, a même estimé l’agence dans un rapport publié précisément sur le sujet (https://bit.ly/2zWlLMH ).
La directrice s’est aussi inquiétée des retombées de la crise économique à venir, qui pourrait faire augmenter cette exploitation humaine « avec une demande renouvelée de main-d’œuvre pas chère » qui viendrait des pays voisins de l’UE.
Les États membres devront aussi être vigilants avec les futures subventions versées dans le cadre de la relance, les groupes criminels pouvant aussi prendre leurs dispositions pour en capter, a suggéré Catherine De Bolle. Elle a également indiqué que, le 5 juin, l’agence présenterait un nouveau centre pour aider les États membres à lutter contre la criminalité économique et financière. (Solenn Paulic)