Le gouvernement britannique, presque deux mois après la partie européenne, a finalement rendu publics ses documents de négociation pour la future relation. La démarche était attendue par Michel Barnier, le négociateur de l’UE, qui se plaignait de devoir respecter avec les États membres le principe de confidentialité imposé par Londres.
Cette publication a été accompagnée d'une lettre du négociateur britannique, David Frost, à Michel Barnier, dans laquelle il estime que cette publication doit être vue comme une contribution « constructive » aux négociations.
David Frost en profite aussi pour critiquer la position de l’UE, qu’il dit trouver à plusieurs reprises « surprenante » et discriminatoire, son pays étant plus durement traité que d'autres pays tiers.
Expliquant que Londres, dans beaucoup de domaines, recherche des accords similaires aux règles en place dans l’UE, le Britannique dit ne pas comprendre pourquoi « au lieu de chercher à régler rapidement un ensemble d'accords de qualité avec un partenaire économique proche », l’UE « insiste plutôt sur des dispositions supplémentaires, déséquilibrées et sans précédent dans toute une série de domaines, comme condition préalable ».
En ce sens, il est aussi « surprenant que l'UE non seulement insiste sur des dispositions supplémentaires, mais ne soit pas non plus disposée à reproduire les dispositions » des accords de libre-échange précédemment conclus, comme ceux avec le Japon ou le Canada (lien vers la lettre : https://bit.ly/3bJ5MPh ).
Avec cette étape, toutes les positions britanniques sont donc désormais connues. Alors que Bruxelles souhaite un accord unique, Londres présente ainsi une série d'accords sectoriels, à savoir des accords sur le libre-échange, la pêche, les transports, l’aviation civile, l’énergie, la coordination de sécurité sociale, le nucléaire, mais aussi le transfert des mineurs demandeurs d’asile non accompagnés ou la réadmission des personnes en situation irrégulière (https://bit.ly/3gaKxJZ ).
Sur l’accord de libre-échange, il est connu que Londres cherche un accord du type Canada et pourrait même accepter des quotas et droits de douane dans certains secteurs pour pouvoir diverger.
Sur la pêche, la position de Londres est aussi plus restrictive que celle de l’UE, qui veut garder plus ou moins le même accès qu’aujourd’hui (voir autre article).
Pour les Affaires intérieures et de la Migration, Londres veut aussi un accord spécifique sur le transfert des jeunes demandeurs d’asile isolés depuis l’UE ou depuis le Royaume-Uni au titre du regroupement familial. Récemment, Londres a d’ailleurs accueilli à ce titre 50 jeunes migrants depuis les camps grecs. Les deux parties devront aussi négocier un accord de réadmission des nationaux en situation irrégulière.
Londres expose aussi son point de vue sur l’échange de données personnelles, notamment les données dites PNR (passagers aériens). Un domaine conflictuel, a dit Michel Barnier le 15 mai, s'inquiétant du fait que Londres, sur ces données, demanderait finalement à l’UE d’ignorer le droit européen et les avis de la Cour de justice.
Londres détaille aussi les modalités d’un accord recherché avec l’UE sur l’extradition des suspects. Ces dispositifs spécifiques s'inscriraient dans un accord général sur la coopération policière et judiciaire.
Le prochain cycle de négociations aura lieu le 1er juin. (Solenn Paulic)