C’est une famille démocrate-chrétienne européenne confrontée à de nouveaux défis que le Polonais Donald Tusk va être amené à présider pendant deux ans et demi. Les 719 délégués du Parti populaire européen (PPE) lui ont en effet confié, mercredi 20 novembre à Zagreb, les rênes du parti politique européen.
Premier défi pour le président sortant du Conseil européen qui endossera ce nouveau rôle dès l’annonce des résultats : reconquérir l’électorat alors que le PPE a subi des pertes aux élections européennes de mai, le groupe PPE au Parlement européen étant passé de 217 à 182 élus, et se positionner en force sur la question environnementale, une préoccupation de plus en plus revendiquée par les démocrates-chrétiens.
À Zagreb, M. Tusk a été très confortablement élu (sur 528 votes valides, parmi 719 membres en droit de voter : 491 voix pour, 37 contre, soit 93% de votes favorables). Il était certes le seul candidat en lice, mais il s’est vite imposé, sans contestation, comme le successeur naturel du Français Joseph Daul, selon plusieurs membres du groupe parlementaire PPE présents à Zagreb. Surtout depuis sa décision de ne pas replonger dans l'arène politique polonaise.
Le Polonais s’est en tout cas montré fidèle à lui-même lors de son discours de ‘candidature’, promettant qu’il n’avait pas l’intention de changer son style « franc et direct », « parfois un peu trop franc ».
Sa présidence du parti PPE ne sera pas pour autant une « révolution générationnelle » par rapport aux années Daul. « Après tout, je suis avec vous depuis plus de 25 ans, vous connaissez mes bons et mauvais côtés », a plaisanté M. Tusk. C’est justement Joseph Daul qui « est venu vers moi, il y plus d’un an, avec la suggestion » de devenir son successeur, a-t-il révélé. Une idée que l’Alsacien a chérie au point que « je suis l’unique candidat ».
Sur le fond, Donald Tusk s’est concentré dans son discours sur la sécurité, sentiment que le PPE entend procurer, ou reprocurer, aux Européens, en ne laissant surtout pas ces thématiques tomber dans les seules mains des « populistes ». Se sentir en sécurité est même « ce que les Européens demandent » avant tout, la « peur » jouant aujourd’hui « le plus gros rôle en politique ».
Et il est possible d’allier sécurité et respect des « libertés et droits », a ajouté Donald Tusk. Dans une allusion peut-être destinée au dirigeant hongrois Viktor Orbán, il a encore estimé que « nous ne sacrifierons pas des valeurs comme les libertés civiles, l’État de droit ou la décence dans la vie publique sur l'autel de l’ordre et de la sécurité, car il n’y en a simplement pas besoin ».
Ce discours a pu rassurer certains élus craignant que le PPE prenne un virage vers l’Est. « Il ne va pas être l’homme de l’Est, son discours sur l‘État de droit est très clair », a rassuré un connaisseur.
Au-delà, le Polonais a été peu bavard sur son programme politique. Sur le fond, le besoin de renouveau a plutôt été exprimé par Joseph Daul. Celui-ci avait insisté sur la nécessité de s’approprier également la question environnementale, mais sans hystérie.
Le Français, qui quittera toute fonction au sein du PPE ce 21 novembre pour prendre « une retraite bien méritée », selon ses propres mots, a estimé qu’il ne pouvait pas vendre le principe de « la voiture électrique en milieu rural » et que des solutions pragmatiques devaient être imaginées.
Le PPE doit, de manière générale, « regarder ce qui marche et ce qui ne marche pas » et comment « la société évolue », a ajouté le Français. D'après lui, la situation en Ukraine ou l'avènement de l'ère numérique constituent d’autres enjeux pour l’UE.
Et l’élargissement ? Pour certaines délégations, comme Les républicains français, cela pourrait constituer la seule ligne de fracture avec Donald Tusk. Le Polonais, comme la quasi-intégralité du PPE, est ouvertement pour l’élargissement et le lancement des négociations d’adhésion à l'UE avec la Macédoine du Nord et l’Albanie.
Le Premier ministre croate, Andrej Plenković, dont le pays organisera un sommet des Balkans occidentaux en mai 2020, a qualifié d'« erreur » l’absence de consensus des Vingt-huit sur la question (EUROPE 12352/2), invitant la France à faire la « distinction entre ouverture des négociations et le processus qui s’ensuit », qui peut s’avérer très long. (Solenn Paulic)