« La situation des migrants, y compris des demandeurs d'asile, dans les îles grecques de la mer Égée est explosive », a alerté la commissaire aux droits de l'homme, Dunja Mijatović, après une visite de cinq jours dans les camps de Lesbos, Samos et Corinthe.
« La situation s'est considérablement détériorée au cours des derniers mois », a-t-elle constaté, avant de dénoncer un « manque criant de soins médicaux et d'assainissement dans les camps extrêmement surpeuplés ».
Et d'ajouter : « Les gens font la queue pendant des heures pour obtenir de la nourriture et se rendre aux toilettes, quand celles-ci sont disponibles. À Samos, les familles décapent des rochers pour créer des emplacements sur les pentes escarpées et installer leurs abris de fortune, souvent fabriqués à partir d'arbres qu'ils ont eux-mêmes coupés. Cela n'a plus rien à voir avec l'accueil des demandeurs d'asile. C'est devenu une lutte pour la survie ».
Mme Mijatović exhorte la Grèce et l'Union européenne à mieux soutenir les populations locales, dont l'exaspération face à cette situation « intenable » est « indéniable ». Elle demande aux autorités grecques de prendre « des mesures urgentes pour répondre aux besoins vitaux » des migrants. Sinon, ajoute-t-elle, « ces conditions catastrophiques combinées aux tensions risquent de conduire à de nouveaux événements tragiques ».
Actuellement, 34 000 migrants sont répartis sur cinq îles dont la capacité totale d'accueil est de 6 300 personnes.
Si la commissaire se félicite de la décision du gouvernement grec de transférer 20 000 migrants des îles vers le continent d'ici la fin de l'année, elle souligne cependant que, « sans levée de la restriction géographique », qui contraint les migrants à attendre sur place la réponse à leur demande d'asile, ce plan sera insuffisant.
Parallèlement, Mme Mijatović demande à l'UE d'assumer davantage de responsabilités et de définir un mécanisme permettant à d'autres États membres d'accueillir les personnes actuellement bloquées en Grèce, afin de « donner à ce pays le temps de respirer » et d'apporter d'indispensables « améliorations structurelles ».
En déplacement, jeudi, sur l'île grecque de Samos, l'eurodéputé Damien Carême (Verts/ALE, français) n'a pas été autorisé à visiter le centre d'identification ('hotspot') géré par l’UE. Ayant vu des camps alentour, il a dénoncé les conditions « indignes » imposées aux migrants et demandé à l’UE d'apporter « une réponse durable et solidaire » pour un meilleur accueil des demandeurs d'asile en Europe, notamment des mineurs non accompagnés. Et d'exhorter les États membres à se mettre enfin d’accord sur la réforme du système européen d'asile.
Le même jour, l'avocate générale de la Cour de justice de l'UE a estimé que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque avaient manqué à leurs obligations en refusant de participer au mécanisme temporaire et obligatoire de relocalisation de demandeurs d'asile (EUROPE 12361/1). (Véronique Leblanc avec Mathieu Bion)