La commissaire désignée à l’Innovation et à la Jeunesse, Mariya Gabriel, a cherché à donner des gages aux parlementaires des commissions à l’Industrie (ITRE) et à la Culture (CULT), lors de son audition, lundi 30 septembre, quant à son engagement sans faille pour défendre les budgets liés à son portefeuille, notamment pour le programme Erasmus.
Dans son discours introductif, Mariya Gabriel a évoqué 8 défis à relever, allant de la préservation de la position de l’Europe en tant que leader mondial de la science à la préservation du patrimoine culturel et au soutien à la créativité, en passant par la défense de la place des femmes.
Elle a également glissé cette phrase qui a été particulièrement bien reçue par les députés : « Un autre défi est tout simplement le vôtre : celui de sauvegarder notre proposition pour un budget conséquent dans tous ces domaines. Sachez que vous aurez en moi une alliée tenace et infatigable ».
Tout au long du processus de questions-réponses, elle a en effet laissé entendre qu'elle défendrait un triplement du budget d'Erasmus, comme l'avait déjà laissé entendre Ursula von der Leyen. On peut déduire de ses réponses écrites que cela pourrait servir pour des subventions ciblées destinées aux personnes ayant des besoins spécifiques, des formats de mobilité plus souples qui répondent aux besoins des personnes issues de milieux défavorisés ou des mesures ciblées visant à mieux faire connaître le programme.
Chose moins attendue : elle s'est prononcée pour un budget très ambitieux pour Horizon Europe. À la suite de l'intervention du coordinateur socialiste, le Roumain Dan Nica, rappelant que le Parlement réclamait une enveloppe de 120 milliards d'euros pour ce programme alors que le Conseil s'y opposait, elle a fait savoir qu'elle soutenait les demandes des députés. « Je me situe clairement du côté du Parlement : je défendrai l'augmentation du budget d'Horizon Europe, qui n’est pas une dépense, mais un investissement (EUROPE 12331/13) », a-t-elle martelé.
Elle a par contre botté en touche concernant le programme Creative Europe, après la question de Petra Kammerevert (S&D, allemande) réclamant le même type d'engagement (EUROPE 12224/10). « Le budget ne sera jamais suffisant, si on veut répondre aux demandes de tous », s'est-elle défendue, affirmant qu'elle privilégiait ici les synergies.
La répartition des compétences questionnée
Lors de l'audition, les principales critiques ont davantage porté sur les choix opérés par la présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, que sur la personnalité ou les idées de la candidate bulgare (PPE) envoyée par le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov.
Plusieurs députés ont en effet regretté le titre retenu pour le poste de la Bulgare. « Je voudrais dire d'entrée de jeu que la culture et la formation ne se retrouvent plus dans votre portefeuille. (...) Je voudrais demander que ces concepts aient un peu plus de poids dans le titre de votre portefeuille et dans vos travaux », a déclaré, en guise d'introduction, la présidente de la commission 'Culture', Sabine Verheyen (PPE, allemande). Ce à quoi Mariya Gabriel, qui s'est exprimée uniquement en bulgare et en français (et non en anglais, comme c'est le cas habituellement), a immédiatement répondu que son portefeuille ne se limitait pas à l'innovation ni à la jeunesse et que l'idée était d'arrêter de travailler en silo : « Mon portefeuille, c'est la recherche, c'est la jeunesse, c'est l'innovation, c'est la culture, c'est le sport et c'est l'éducation », a-t-elle répondu, soulignant que le lien entre tous ces ensembles résidait dans l'humain.
Espace européen de l'éducation et de la recherche
Sans surprise, la commissaire sortante a réaffirmé les objectifs de la Commission 'Juncker' de mettre en place un espace européen de l'éducation et de la recherche. Elle s'est félicitée de la création d'un Conseil européen de l’innovation, sorte de guichet unique pour le financement de l’innovation, affirmant qu'elle l'inviterait à rendre des comptes au Parlement européen « chaque mois » et que le recrutement des gestionnaires de projet était en cours (EUROPE 12287/9).
Sur des questions plus précises, Mme Gabriel s'est exprimée en faveur d'une carte européenne de l'étudiant d'ici 2021. Elle a aussi apporté son soutien à la révision de la directive sur le commerce en ligne : « Il faut adapter nos règles à la transformation numérique » (EUROPE 12303/7, 12261/5).
Enfin, pour contrer la fuite des cerveaux, elle s'est engagée à mettre au point un suivi de la bourse Marie Curie. « Nous voulons envisager une subvention qui permette à un scientifique de retourner dans son pays d'origine après avoir travaillé à l'étranger. Nous allons aussi mener une étude sur les salaires des chercheurs », a-t-elle indiqué.
Défense de M. Schinas. Interrogée sur l'intitulé controversé du poste de Margaritis Schinas consacré à la 'protection du mode de vie européen', elle a défendu le choix d'Ursula von der Leyen : « Avec M. Schinas, nous avons ici des actions qui peuvent nous permettre, non pas de protéger dans un sens négatif, mais plutôt d’envoyer des messages qui permettent à une communauté de se sentir plus proche, de se sentir appartenir ».
L'audition s'est terminée à 21h30, tandis que les coordinateurs des groupes politiques se sont donné rendez-vous le lendemain, à 9h00, pour faire le point sur l'audition.
Les commissions ITRE et CULT devaient se réunir dans la matinée du 1er octobre pour évaluer sa prestation. Mais l'issue de la réunion fait peu de doute : selon toute vraisemblance, les coordinateurs devraient lui apporter leur soutien sans trop de difficulté. Il faut dire que la candidate est rompue à l'exercice, puisqu'elle a siégé pendant 8 ans comme députée européenne et qu'elle a occupé le poste de commissaire à l'Économie et la Société numériques ces deux dernières années. (Sophie Petitjean)