L'Union européenne se nourrira-t-elle bientôt de viande en culture, d'insectes ou d'herbes aux propriétés diverses pour combattre le dérèglement climatique dans un contexte de surpopulation ? C'est la question que se sont posés les participants à la conférence 'Débloquer le potentiel de l'innovation : vers la nourriture 2030 - envisager la nourriture de 2050', mardi 9 juillet, au Comité économique et social européen.
Un thème d'autant plus à propos que cette journée marquait, selon le WWF, la 'Journée européenne de la dépendance du poisson', qui équivaut au moment où l'UE a épuisé toutes ses ressources halieutiques et dépend des importations de poisson et de fruits de mer pour le reste de l'année.
État du cadre législatif
À cette occasion, la Commission européenne est venue présenter l'état de ses travaux, ainsi que le cadre législatif en vigueur. Massimo Burioni, chargé de projet à la DG Recherche et Innovation, a indiqué que la Commission finançait, grâce à son programme Horizon 2020, un projet intitulé fit4food2030, auquel participent une quinzaine de partenaires en vue d'orienter le prochain cycle de recherche (2017-2020). De son côté, Takis Daskaleros, de la DG Santé, a fait le point sur le règlement sur les nouveaux aliments (2015/2283), qui s'applique depuis le 1er janvier 2018. Comme l'ancien, il couvre tout nouvel aliment ou ingrédient pour lequel la consommation humaine était négligeable ou inexistante avant le 15 mai 1997 au sein de l’Union européenne, mais il simplifie les procédures d'autorisation : « La principale différence entre l'ancien et le nouveau règlement est que la procédure est centralisée. C'est donc plus rapide, 16 à 18 mois en moyenne. », explique Takis Daskaleros. Il affirme que l'ancien règlement avait donné lieu à 120 demandes d'autorisation, dont la moitié avait été octroyée, et que, depuis le 1er janvier 2018, 203 demandes avaient été introduites ayant entraîné la modification de la liste de l'UE sur les nouveaux aliments autorisés à 26 reprises. « Le système fonctionne efficacement », s'est-il réjoui.
Pourtant, lors de l'échange de vues, plusieurs représentants de l'industrie ont indiqué rencontrer certaines difficultés, à l'instar de cet avocat de l'agroalimentaire, Gilles Boin, venu parler du cannabis. Il a fait état du flou entourant ce produit : « Si la plante en entier [avec la fleur et les feuilles, dont on ne sait pas si elles sont considérées comme de la drogue, NDLR] n’est pas un nouvel aliment, il n'y a pas de raison pour que la plante [la tige] le soit ». Le directeur général de MosaMeat, Peter Verstrate, dont la société développe de la viande en culture (produite in vitro à partir de véritables cellules), a, quant à lui, appelé à rendre la procédure d'autorisation plus « interactive ».
Quel avenir pour la viande ?
Lors de son intervention, Peter Verstrate a rappelé que la demande mondiale en viande devrait augmenter de 70% d’ici 2050 et a fait la promotion des alternatives à base de cellules. Il a indiqué qu'il s'attendait à l'entrée de ce genre de produit dans la chaîne alimentaire d'ici 10 ans.
De son côté, Camille Perrin, chargée de la politique alimentaire au BEUC, a rappelé que les consommateurs étaient particulièrement sensibles à, dans l'ordre, l'origine du produit, son prix, sa sécurité, son goût, ses qualités sanitaires et sa durabilité. Elle a souligné qu'il importait que les aliments soient sûrs et que les consommateurs en soient informés, ce qui, selon elle, passe par un étiquetage approprié.
Elle a aussi rappelé l'actuelle controverse sur les 'burgers veggie' : lors d'un vote au printemps, la commission parlementaire de l'agriculture a suggéré d'interdire, pour les produits d’origine végétale, les dénominations steak, saucisse, escalope, burger ou hamburger. Ce dossier devrait refaire surface, puisqu'il reste maintenant au nouveau Parlement européen à négocier cette position avec les États membres dans le cadre d'un texte législatif relatif à l’avenir de la politique agricole commune. Dans tous les cas, elle souligne qu'il importe que les consommateurs soient associés au choix. (Sophie Petitjean)