Un marché unique fonctionnel et fluide, avec une industrie modernisée travaillant main dans la main avec le secteur des services, faisant la part belle aux PME, à la recherche et l'innovation, et avec une dimension sociale forte qui met l'accent sur les compétences.
Voilà, en quelques mots, les ingrédients mentionnés par les ministres invités par la présidence finlandaise du Conseil de l’UE à réfléchir sur les contours d'une approche intégrée pour une « croissance durable » européenne, vendredi 5 juillet, durant la deuxième journée de la réunion ministérielle informelle à Helsinki.
La présidence souhaite en effet aller plus loin que la demande de mars du Conseil européen réclamant une stratégie industrielle pour 2030 (EUROPE 12220/3, 12218/4), nous explique-t-on. Elle ambitionne que soit élaborée une approche holistique et transsectorielle.
« La politique industrielle est une expression utilisée pour désigner tous les secteurs économiques », a confié à EUROPE le ministre finlandais à l’Emploi, Timo Harakka, qui coprésidait la réunion aux côtés de Katri Kulmuni, la ministre finlandaise aux Affaires économiques.
Le ministre finlandais a souligné en particulier deux enjeux : investir dans la recherche et l’innovation et garantir une croissance « socialement inclusive » en référence au concept d'« économie du bien-être » cher à la présidence finlandaise (EUROPE 122283/2). Il a, à ce titre, cité le socle européen des droits sociaux et la nécessité d’apporter les compétences adéquates aux citoyens et travailleurs pour répondre aux besoins du marché.
Cinq axes principaux
Les États membres auraient soutenu globalement l’approche présentée par la présidence finlandaise. « Il y a consensus sur l’approche générale. C’est sur les détails qu’il y a un désaccord », nous a expliqué une source.
La stratégie avancée par la Finlande est structurée autour de 5 grands axes : - une politique industrielle modernisée ; - un marché unique fonctionnel, notamment sur la prestation transfrontalière de services ; - un secteur numérique européen offensif ; - la préservation de conditions de concurrence équitable sur la scène internationale ; - de manière générale, la promotion de la durabilité à travers toutes les politiques au niveau européen et national.
L’industrie contre le changement climatique
Le concept de durabilité a occupé les ministres vendredi après-midi. Interrogée par EUROPE sur une convergence des États membres vers l'objectif de neutralité climatique, Mme Kulmuni a semblé positive. « Dans l'ensemble, je dirais que oui, mais nous savons bien sûr que le nombre d'années suscite des inquiétudes dans certains États membres », a-t-elle confié.
Fin juin, quatre États membres ont empêché l’inscription d’un objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050 dans l'agenda stratégique européen (EUROPE 12279/2).
Mais, selon la ministre, les États membres sont d'accord sur le fait que l'industrie constitue le seul moyen pour orienter drastiquement l’économie vers la neutralité climatique. L’approche des partenariats publics-privés a également reçu un large soutien en ce sens. La ministre a aussi cité l’Alliance de la batterie (EUROPE 12276/22) comme un exemple à suivre d'« une politique industrielle moderne ».
'B-to-C' plutôt que le 'B-to-B'
Vendredi matin, les déclarations du PDG de KONE, Henrik Ehrnrooth, ont retenu l’attention. Celui-ci a insisté sur trois points pour garantir la croissance : - la numérisation de l’économie ; - les compétences des travailleurs ; - des règles « intelligentes » de concurrence au niveau européen.
En réaction, le ministre allemand de l'Économie, Peter Altmaier, aurait insisté sur la nécessité pour l’Europe de regagner des parts de marché au niveau international dans le secteur du 'B-to-C', où dominent pour l’instant la Chine et les États-Unis. L’Europe ne peut pas se permettre d’abandonner le 'B-to-C', bien plus générateur de valeur que le 'B-to-B', aurait martelé ce dernier.
Un message à la future Commission
Il s'agit d'un tour de chauffe, a-t-on expliqué. La présidence finlandaise attend de nombreuses contributions pour élaborer d’éventuelles conclusions à adopter lors du Conseil ‘Compétitivité’, fin septembre. M. Harakka a souhaité que les conclusions soient adoptées au nom du Conseil et non de la présidence finlandaise, pour envoyer un message fort à la nouvelle Commission européenne dans le cadre de la préparation de son programme de travail.
D’autant plus que, conformément à la requête du Conseil européen, la Commission devrait présenter une stratégie industrielle d’ici la fin de l’année, comme l’a rappelé la commissaire au Marché intérieur et à l’Industrie, Elżbieta Bieńkowska. (Pascal Hansens)