Les députés européens du Brexit Party ont littéralement tourné le dos à l’UE. Leurs actions pourraient entacher les chances du Royaume-Uni de « renégocier » son accord de sortie.
Le geste fort du Brexit Party, cette semaine, lorsque 29 députés européens récemment élus ont tourné le dos lors de l’hymne de l’UE, l’Ode à la joie (EUROPE 12287/3), n’était pas le premier du genre. Des députés européens britanniques font régulièrement un doigt d’honneur à l’UE lors de l’ouverture des sessions plénières du Parlement européen. Mais cette attitude est le dernier signe des frictions croissantes entre l’UE et le Royaume-Uni, ce qui n’augure rien de bon pour conclure un accord sur le Brexit d’ici la date butoir du 31 octobre.
Le député européen espagnol du PPE, Esteban González Pons, a répliqué à ses collègues, en disant que l’UE « ne tournerait jamais » le dos à l’hymne national britannique. « C’est la différence entre nous », a-t-il ajouté.
Mais il ne s’agissait pas là d’un événement isolé. Ann Widdecombe, l’une des députées européennes du Brexit Party (et ancienne ministre conservatrice), a ensuite comparé l’UE à un propriétaire d’esclaves, un baron féodal et une puissance coloniale, déclarant à ses collègues : « Nous partons et nous sommes ravis de partir ». Il est intéressant de noter qu’elle a obtenu un siège à la commission des libertés civiles du Parlement européen.
Et les députés européens britanniques n’ont pas particulièrement été bien accueillis par leurs collègues (certes temporaires). Le nouveau député européen britannique des Verts, Magid Magid, qui se décrit comme « un réfugié musulman noir », a été prié de quitter le Parlement européen, mardi à son arrivée. Dans le journal Independent, il a écrit que, bien que cette situation « ne fût pas amusante », il « aimerait croire qu’il ne s’agissait là que d’un malentendu », et a ajouté que le racisme est endémique dans tous les pays du monde.
Mais ce n’est pas seulement le symbolisme qui éloignera les deux parties. Les responsables de l’UE s’inquiètent depuis quelque temps de la manière dont les diplomates et députés européens britanniques aborderont leurs derniers mois en tant que membres de l’UE. Alors que le Royaume-Uni a promis de participer à la prise de décision de l’UE dans un esprit de « coopération sincère », plusieurs sources européennes avancent que des responsables britanniques ont essayé d’influencer des discussions sur différents sujets, du commerce au budget de l’UE.
Peter Teffer d’EUobserver.com a rédigé un article détaillé soulignant les potentiels conflits d’intérêts découlant de l’appartenance de députés européens du Brexit Party à certaines commissions. Sur 29, ils sont 27 à avoir ainsi rejoint une commission (tous à l’exception d’Annunziata Rees-Mogg et du dirigeant du parti, Nigel Farage), tout en continuant à occuper d’autres emplois qui pourraient potentiellement influencer leur travail au Parlement.
Le membre du Brexit Party Robert Rowland, qui est gestionnaire d'un fonds spéculatif, continuera à percevoir des revenus de son emploi de jour, même s’il siège à la puissante commission des affaires économiques (ECON). Ses collègues Richard James Tice et Jake Pugh, également membres de la commission ECON, conserveront eux aussi leurs fonctions dans le secteur financier. La députée européenne June Alison Mummery a rejoint la commission de la pêche (bien qu’uniquement à titre de membre suppléant), tout en restant directrice du pôle BFP Eastern, spécialisé dans la fourniture de services aux industries de la pêche.
À Londres, la probabilité d’un Brexit sans accord continue de croître, alors que les deux candidats à la présidence du parti conservateur refusent de l’écarter. Toutefois, ils pourraient faire face à une révolte de membres de leur propre parti, qui envisagent d’organiser un vote de confiance à l’égard du nouveau dirigeant ou même d’introduire une législation afin d’empêcher le Royaume-Uni de sortir de l’UE le 31 octobre.
Il semblerait bien que tous les députés britanniques ne tournent pas le dos à l’Europe. Mais il est difficile de savoir si cette position aura une quelconque influence sur la suite des événements. (Version originale anglaise par Sarah Collins)