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Bulletin Quotidien Europe N° 12287
RÉUNION EXTRAORDINAIRE DU CONSEIL EUROPÉEN / Avenir de l'ue

Les Vingt-huit proposent Mme von der Leyen à la tête de la Commission européenne

Au troisième jour d'un sommet européen extraordinaire, les chefs d'État ou de gouvernement de l'Union européenne ont pris une décision consensuelle, mardi 2 juillet, sur un paquet de nominations aux hautes fonctions européennes.

Les Vingt-huit proposent que la Commission européenne soit présidée, pour la première fois, par une femme, en l'occurrence, Ursula von der Leyen, l'actuelle ministre allemande de la Défense. Ils ont élu Charles Michel, l'actuel Premier ministre belge faisant fonction, au poste de président du Conseil européen, pour deux ans et demi (du 1er décembre 2019 au 31 mai 2022).

Ils considèrent également que l'actuel ministre espagnol des Affaires étrangères et ancien président du Parlement européen, Josep Borrell i Fontelles, devrait accéder à la fonction de Haut Représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, et que la Française Christine Lagarde, l'actuelle directrice générale du FMI, devrait prendre la tête de la Banque centrale européenne (du 1er novembre 2019 au 31 octobre 2027).

Pour compléter le paquet, d'autres hautes fonctions ont été négociées de manière informelle par les leaders européens. Trois vice-présidences de la Commission européenne seraient attribuées à la Danoise Margrethe Vestager, au Néerlandais Frans Timmermans et au Slovaque Maroš Šefčovič. En outre, la présidence du Parlement européen pourrait revenir au Bulgare Sergueï Stanichev (S&D) et à l'Allemand Manfred Weber (PPE), même si ces deux députés ne figurent pas sur la liste des candidats déclarés (EUROPE 12287/3).

Sur la présidence de la Commission, la chancelière allemande, Angela Merkel, a dû s'abstenir au nom de l'Allemagne en raison d'une opposition du parti social-démocrate SPD, membre de la coalition gouvernementale allemande.

« Les sociaux-démocrates n’ont pas pu prendre de décision pour y consentir, raison pour laquelle j’ai dû m’abstenir. On en va en discuter aussi avec le groupe S&D au Parlement », a indiqué Mme Merkel. Elle a loué Mme von der Leyen, « une personne de confiance » quant à « son expérience en matière de migration, de missions de l’OTAN (...) de son engagement envers l’UE ». « Tout le monde était d’accord, même si moi je me suis engagée pour un autre équilibre », a-t-elle ajouté, en référence à son soutien pour le tandem Timmermans-Weber.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, s'est dit content que ces nominations en paquet respectent l'égalité de genre, mais a semblé plus sceptique concernant l'équilibre géographique. Peut-être que le Parlement européen choisira un président d'Europe centrale et orientale? - a-t-il indiqué, s'attendant aussi à ce que Mme von der Leyen, lorsqu'elle nommera des vice-présidents, choisira des personnalités d'Europe centrale et orientale et d'Italie.

Cette nomination en paquet a en effet le mérite de placer de manière inédite deux femmes à des hautes fonctions européennes. « Une fois encore, l'UE est à l'avant-garde sur la question de l'égalité de genre », a estimé le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, satisfait aussi que la présidence de la Commission reste au sein de la famille chrétienne-démocrate.

Pour l'Italie, Mme von der Leyen a une forte sensibilité sociale et la politique monétaire impulsée par Mme Lagarde s'inscrira dans la continuité de celle défendue par Mario Draghi.

Cet élément de l'égalité de genre est de nature à faciliter l'acceptation de l'accord des Vingt-huit au Parlement européen, a-t-on aussi espéré dans l'entourage de M. Tusk.

Le processus des Spitzenkandidaten enterré

Autre question clé : le Conseil européen enterre le processus des candidats têtes de liste, les Spitzenkandidaten des partis européens chrétien-démocrate (PPE), M. Weber, et social-démocrate (PSE), M. Timmermans, n'obtenant pas la présidence de la Commission.

Alors que le matin même il défendait encore le tandem Timmermans-Weber respectivement pour la présidence de la Commission et du PE, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a finalement qualifié le paquet d'« équilibré ». Pour l'aider à changer d'avis, le poste de Haut Représentant a été offert à l'Espagne au détriment de M. Šefčovič, d'abord pressenti.

« Le plan B du parti socialiste, c'était Frans Timmermans... et le plan C... et D... Nous nous sommes beaucoup battus pour cela », a ajouté M. Sánchez, admettant la nécessité de débloquer la situation.

« Le fait qu’un des Spitzenkandidaten soit considéré comme non adéquat ne doit pas se reproduire. C’est une question de respect pour le candidat qui a fait campagne dans toute l’Europe », a estimé Mme Merkel. « Qui, parmi les Spitzenkandidaten, (devrait être) à la Présidence de la Commission : la personne issue du groupe politique le plus fort ou qui a le plus de voix au Parlement ? (...) Nous avons la volonté de trouver une meilleure règle pour l’avenir », a-t-elle ajouté, évoquant les options « des listes transnationales » et de l'élection du président de la Commission au suffrage universel direct. Selon elle, M. Weber va postuler pour la présidence du Parlement européen pour la seconde partie du mandat du PE.

En revanche, le rejet de M. Timmermans à la tête de la Commission est une bonne nouvelle pour la Pologne et surtout la Hongrie, qui a constamment dénoncé l'action de l'actuel vice-président de la Commission 'Juncker' en faveur du respect de l'État de droit dans ces deux pays.

Le Parlement européen a toujours affirmé qu'il ne voterait pour aucun candidat à la présidence de la Commission qui ne soit pas un Spitzenkandidat (EUROPE 12265/2). Il doit approuver, mi-juillet, la candidature de Mme von der Leyen à la majorité absolue (376) de ses membres.

Dès l'annonce de la décision du Conseil européen sur la présidence de la Commission, les sociaux-démocrates allemands et la présidente du groupe S&D au PE, l'Espagnole Iratxe García, ainsi que le groupe des Verts/ALE ont fait part de leur déception, voire de leur irritation (EUROPE 12287/2). Le groupe PPE au PE soutient l'accord, a dit son président, M. Weber. Il n'est toutefois pas sûr, à ce stade, que les eurodéputés soient disposés à avaler la pilule.

Cette décision est « un revers » pour le processus des Spitzenkandidaten, mais cela peut être « pédagogique » pour l'avenir, a considéré une source européenne, en référence à la possibilité que le processus renaisse pour les élections européennes de 2024, si des listes transnationales voient le jour, comme le demande la France.

Selon une autre source, si le PE rejette Mme von der Leyen, les députés devront de toute façon proposer une Allemande chrétienne-démocrate pour la présidence de la Commission parce que l'accord a été scellé. Les députés vont hurler, puis ils vont approuver Mme von der Leyen, a-t-elle prédit.

L'axe franco-allemand de retour

Par rapport à une combinaison antérieure - incluant Frans Timmermans à la Commission européenne, Manfred Weber au Parlement européen - testée lundi par les Vingt-huit (EUROPE 12286/1), d'aucuns estiment qu'en un jour un accord entre libéraux et socialistes a été remplacé par un accord franco-allemand.

« Sans l'entente franco-allemande, sans la proximité entre M. Macron et Mme Merkel, il n'est pas possible de produire des choses ambitieuses », a estimé Amélie de Montchalin, secrétaire d’État française chargée des Affaires européennes.

Une Allemande et une Française sont placées concomitamment à la tête de deux institutions européennes autres que le PE. Le libéral belge, Charles Michel, est francophone et proche d'Emmanuel Macron.

Pour le président français, l'accord est « le fruit d’une entente franco-allemande profonde » qui respecte les critères de compétences, d’expérience et de parité et permet aussi « de ne pas diviser l’Europe ni politiquement ni géographiquement ». Il a évoqué « un profond renouvellement » qui reflète les nouveaux équilibres découlant des élections européennes et permettra de mettre en œuvre l’agenda stratégique des Vintg-sept (EUROPE 12279/1).

M. Macron a demandé au futur président du Conseil européen de prendre des initiatives pour « réformer en profondeur les méthodes de travail » sur la question des nominations et il a imaginé « une conférence européenne qui permettra un renouvellement démocratique ».

S'adressant à la presse, Charles Michel a estimé que « les cinq prochaines années allaient être très importantes pour l'avenir du projet européen » et pour « promouvoir notre unité, notre diversité et aussi notre solidarité ». Il a formulé le vœu que la Belgique soit dotée d'un gouvernement opérationnel à sa propre prise de fonction, début décembre.

Voir les conclusions du Conseil européen: http://bit.ly/2NqsR2s  (Mathieu Bion et la rédaction)

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