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Bulletin Quotidien Europe N° 12285
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POLITIQUES SECTORIELLES / CohÉsion

« La politique de cohésion sera toujours menacée », selon Mme Creţu

Élue au Parlement européen sur la liste Pro Romania, Corina Creţu, a donné sa dernière interview en tant que commissaire à la Politique régionale, mercredi 26 juin, à EUROPE. Ont été passés en revue ses 4 ans et demi à la tête de la politique régionale et urbaine (DG Regio), avant d'aborder ses inquiétudes quant à l’avenir de la Politique de cohésion, ainsi que son nouveau mandat au sein du prochain Parlement européen.

D’emblée, la commissaire n’a pas manqué de noter combien le temps est passé vite et combien les visages ont changé durant son mandat, constatant au dernier Conseil ‘Cohésion’ (EUROPE 12282/1) que, parmi les ministres présents, aucun n’officiait lors de son premier Conseil il y a plus de 4 ans. « Tant de changements dans tant de gouvernements », a-t-elle confié.

Pour Mme Cretu, le bilan de son action est sans nul doute positif. « Je ne veux pas être timide et modeste maintenant, parce qu’après 4 ans et 8 mois, c’est mon devoir, pas seulement pour moi, mais pour toute l’équipe et la DG, de dire ce que nous avons fait ».

La commissaire sociale-démocrate a passé en revue les actions dont elle est la plus fière, citant notamment : - le groupe de haut niveau pour la simplification (High level group on simplification), présidé par l’ancien commissaire Siim Kallas (EUROPE 11667/18), pour simplifier la politique de cohésion ; - le groupe de travail pour une meilleure mise en œuvre (Task Force for Better implementation) pour venir en aide aux États de l’Est et du Sud en retard pour absorber et mettre en œuvre les fonds structurels et d’investissement (EUROPE 11284/20), ou encore l’initiative « Catching-up Regions » (EUROPE 11766/7), sans oublier la révision du taux de cofinancement à 100% pour la Grèce (EUROPE 11502/11).

L’agenda urbain

Mais elle s’est appesantie en particulier sur la Déclaration d’Amsterdam sur l’Agenda urbain pour l’UE, adoptée en mai 2016 (EUROPE B11553B12), qui établit une nouvelle gouvernance multiniveaux entre États membres, villes, la Commission européenne et la société civile, afin d’apporter des réponses aux grands enjeux du XXIe siècle, à l’instar des flux migratoires ou du changement climatique.

Un dossier difficile, selon la commissaire. « Il y a eu de nombreuses réticences, car beaucoup d’États membres invoquaient le principe de subsidiarité », a-t-elle commenté, avant de saluer la persévérance de la Présidence néerlandaise du Conseil de l'UE et, en particulier, de l’ancien bourgmestre d’Amsterdam.

À ce titre, pour la commissaire, il importe d’augmenter les enveloppes données directement aux villes. « J'ai trouvé qu'il est parfois ridicule de prétendre de Bruxelles ce qui est nécessaire et ce qui ne l'est pas, parce que chaque région, chaque ville est différente. Si elles ont de bonnes capacités administratives, elles savent mieux que quiconque comment programmer l'argent et ce qui est demandé aux citoyens », a-t-elle expliqué.

Frustrations

Durant l’échange, Mme Creţu a aussi fait part de ses frustrations quant à l’absence d’accord sur le règlement portant dispositions communes sur les fonds structurels et d’investissement post-2020 (EUROPE 12212/15) et surtout le prochain cadre financier pluriannuel. « Je ne veux pas blâmer la Commission Barroso, mais il est vrai que l’adoption tardive de la dernière législation est due à la soumission tardive de la proposition de la Commission », a-t-elle rappelé. Avant d’ajouter : « Nous les avons soumis 6 mois plus tôt ». Trouver un accord avant la fin du mandat « n’était pas irréaliste », a-t-elle estimé, si le Brexit n’avait pas occupé tant d’espace politique. Reste que l’urgence est toujours là. « 100 000 projets sont en danger », a-t-elle lancé, lapidaire.

Alliance de la cohésion

La commissaire a également porté son regard sur l’avenir et, notamment, sur le rôle de l’Alliance des amis de la politique de cohésion (Cohesion Alliance), cette coalition lancée par la Commission européenne et le Comité des régions et qui a recueilli le soutien de plusieurs milliers de signataires (EUROPE 12031/15). « J'avais très peur que nous ne puissions pas maintenir cette politique de cohésion. Les premières discussions visaient simplement à définir une politique pour les régions les moins développées, ce qui aurait introduit une autre source de désaccord entre les États membres », a expliqué la commissaire, pour qui un soutien venant de l'extérieur était essentiel.  

Et pour Mme Cretu, cette alliance a porté ses fruits, étant donné que la politique de cohésion a été préservée. Certes, une bataille a été gagnée, mais il y en aura d’autres. « Je ne suis pas naïve, je sais que cette politique sera toujours menacée, il y a des pays qui sont égoïstes », a-t-elle lâché. « Parfois, il y a 25 ans, ils étaient très généreux et vous voyez maintenant beaucoup de réticence avec l'élargissement... », a-t-elle poursuivi, visant en creux les contributeurs nets.

À ses yeux, la cohésion est le dernier rempart pour sauvegarder les investissements en temps de crise économique. Et « il y a une haute probabilité que la crise économique revienne », a prédit la commissaire.

Parlement européen

Elle a également abordé son action à venir au sein du nouveau Parlement européen, expliquant combien il a été difficile de quitter son parti national après près de 30 ans en son sein. « Toutes ces déclarations du parti durant la campagne électorale, pour moi, c’était presque impossible et contre mes convictions », a-t-elle commenté.

Certes, son nouveau parti n’a obtenu que deux députés, l'autre étant l'ancien Premier ministre roumain, Victor Ponta. Toutefois, pour Mme Cretu, c’est déjà une victoire, si l’on considère la jeunesse de l'organisation politique. Par ailleurs, elle a indiqué que le S&D avait accepté de l’intégrer comme indépendante.

Souhaits

La commissaire a énuméré ses quatre choix pour les commissions parlementaires : AFET (Affaires étrangères),  REGI (Développement régional), INTA (Commerce international) et CONT (Contrôle budgétaire) et voudrait prendre part à la délégation pour les États-Unis, dont elle a été membre lors de son mandat d’eurodéputée précédent, et la délégation pour les pays voisins.

« Je suis Roumaine, mais la moitié de ma famille vient de la République de Moldavie, l'avenir de ce pays me tient donc à cœur et je pense que l'UE devrait faire tout ce qui est nécessaire pour maintenir la République de Moldavie sur la voie de l'Europe », s’est-elle expliquée.

Conditions macroéconomiques

Avant de terminer, EUROPE a interrogé la commissaire pour savoir quelle position elle comptait prendre sur les conditions macroéconomiques – dispositif contre lequel elle avait voté comme eurodéputée, puis soutenu en tant que commissaire. Ici, la commissaire s’est montrée prudente. « Je suis partagée. Je comprends le point de vue (des détracteurs), mais, à la fin, j'ai compris l'explication de la Commission selon laquelle nous devons mettre en place un environnement économique très solide ».

Mme Creţu siègera dès mardi prochain à Strasbourg, pour la session inaugurale du  Parlement européen, qui s'annonce particulièrement houleuse (voir autre nouvelle). (Pascal Hansens)

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