Boris Johnson et Jeremy Hunt, les candidats à la tête du parti conservateur, s’échangent non seulement des insultes, mais ils insultent également le système commercial mondial, qui évolue rapidement sans eux.
La semaine dernière, le camp Johnson a émis l’idée excentrique de recourir à une disposition du traité de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour conserver des tarifs douaniers nuls après le Brexit. L’ancien ministre des Affaires étrangères souhaite utiliser l’article 24 de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) de l’OMC (qui date de 1994 et fixe principalement les exceptions à la clause de la « nation la plus favorisée » de l’article 1) pour conclure un accord commercial intermédiaire ou imposer un « statu quo » sur les tarifs jusqu’à la conclusion d’un accord complet.
Cette idée a été rejetée par des juristes et des responsables de l’OMC. Même le ministre britannique du Commerce, Liam Fox, a déclaré à la BBC cette semaine que « ce n’est pas vrai ». Peter Ungphakorn, blogueur expert et ancien membre du secrétariat de l’OMC, a beaucoup écrit sur le sujet et y a consacré un nouvel explicatif facile à lire. Alors que les règles sont juridiquement complexes, la politique ne l’est pas : en cas de Brexit désordonné sans accord, il est très peu probable que l’UE accepte une forme de mini-accord qui pourrait profiter au Royaume-Uni.
Entre-temps, l’UE est confrontée à ses propres luttes de pouvoir et à des négociations d’accords commerciaux. Avec un Conseil européen spécial à préparer, la participation à un sommet du G20 et la conclusion d’un potentiel accord commercial avec le bloc sud-américain Mercosur, la semaine de l’UE a été chargée.
Toutefois, des responsables de l’UE ont quand même trouvé le temps de débattre sur un autre dilemme commercial : comment maintenir ouverte la frontière irlandaise au cas où le Royaume-Uni rejetterait le filet de sécurité ou quitterait l’UE sans accord de retrait.
Selon un rapport intermédiaire de l’« Alternative Arrangements Commission » britannique (un groupe pluripartite composé d’hommes politiques et d’experts, dirigé par les députés conservateurs Nicky Morgan et Greg Hands, partisans du maintien), les arrangements alternatifs au filet de sécurité pourraient être opérationnels dans trois ans, si leur mise en œuvre débutait maintenant.
Ces alternatives comprennent le recours aux « zones économiques spéciales » le long de la frontière irlandaise, basées sur les engagements actuels envers l’OMC, et un système de négociants de confiance pour les plus grandes entreprises. Les plus petites entreprises seraient exemptées de ces règles et des unités mobiles seraient utilisées pour effectuer les contrôles loin de la frontière.
Ces suggestions ressemblent à certaines idées formulées dans un document produit à l’été 2017 par le gouvernement britannique, qui a été rejeté par l’UE à l’époque, et à des suggestions émises par le négociateur européen du Brexit, Michel Barnier.
Le problème est que le filet de sécurité existe, par définition, parce que ces arrangements ne seront pas opérationnels à temps, ce que la Commission britannique reconnaît.
Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a déclaré vendredi que l’Irlande et l’UE « pensent ce que nous avons déclaré » au sujet de l’accord de retrait qui ne sera pas rouvert et du filet de sécurité, qui s’apparente à une condition pour la conclusion d’un accord transitoire avec le Royaume-Uni.
Afin d’illustrer la complexité de la frontière irlandaise, l’UE a publié cette semaine un ancien exercice de « modélisation » de la coopération nord-sud, qui s’est avéré essentiel pour élaborer le filet de sécurité.
Il montre 142 domaines où l’Irlande et l’Irlande du Nord opèrent efficacement et de manière unie, notamment l’agriculture, l’éducation, l’environnement, la santé, le tourisme et le transport (les six domaines officiels mis en avant dans l’accord de paix du Vendredi saint de 1998), ainsi que d’autres domaines, dont la police, la radiodiffusion et l’énergie.
Et, selon un rapport rédigé par un professeur de la KU LEUVEN, soutenu par le ministère flamand de la Politique extérieure, les effets d’un Brexit dur s’étendront bien au-delà de l’Irlande, et même en Belgique. Hylke Vandenbussche, qui l'a rédigé, montre que le Portugal, le Danemark, la Suède, la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, Chypre et Malte seront « gravement affectés » et que ces effets pourraient avoir un « impact dévastateur » sur les secteurs des textiles, des produits alimentaires et des boissons, de l’agriculture et du bétail dans des pays comme l’Italie, l’Espagne, la Roumanie et la Slovaquie.
Le rapport demande un appui spécial du budget de l’UE en cas de Brexit sans accord et prévient que toute entrave commerciale aux ports de Zeebrugge, Anvers, Rotterdam et Calais se répercutera tout au long de la chaîne d’approvisionnement en Europe, particulièrement au Royaume-Uni. (Version originale anglaise par Sarah Collins)