La Banque centrale européenne (BCE) va maintenir sa politique monétaire, tout en se disant « prête » à utiliser les instruments dont elle dispose pour faire face à toutes les éventualités, a déclaré à la presse Mario Draghi, le président de l'institution, à la suite de la réunion du Conseil des gouverneurs, mercredi 10 avril.
Sans grande surprise, la BCE a indiqué qu’elle maintiendrait ses taux directeurs inchangés d’ici à la fin de l’année 2019. Cela vient ainsi confirmer les dires de M. Draghi au début du mois de mars, qui justifiait ces taux par le fait que la trajectoire de l’inflation n’a pas retrouvé un niveau proche (mais inférieur) à 2 % (EUROPE 12209/15). En mars, le taux d’inflation annuel dans la zone euro s’est établi à 1,4 %, d’après l’Office statistique de l’Union européenne (Eurostat) (EUROPE 12226/24).
Les taux directeurs de la BCE sont actuellement de 0,00 % pour les opérations principales de refinancement, 0,25 % pour la facilité de prêt marginal et -0,40 % pour la facilité de dépôt.
La BCE examinera par ailleurs si le maintien des taux d’intérêt négatifs « nécessite une atténuation de leurs éventuels effets secondaires », a déclaré M. Draghi.
Interrogé à ce sujet, il a néanmoins indiqué qu’il n’y avait pas eu de discussion sur des mesures palliatives aux éventuels effets secondaires d’un taux de facilité de dépôt négatif.
« Nous avons dit que nous voulions analyser les effets secondaires et éventuellement les mesures palliatives […] Nous ne sommes même pas en train de discuter de la première étape de ce raisonnement, encore moins de ce qu’il implique », a-t-il expliqué.
À l’instar de ce qui avait également été décidé le mois dernier, l’institut monétaire entend poursuivre les réinvestissements, tant que les taux directeurs n’auront pas été relevés ; des montants des obligations acquises dans le cadre de l’opération de rachat massif de titres essentiellement publics (‘quantitative easing’ – QE) arrivent en effet à maturité.
« Le Conseil des gouverneurs est prêt à ajuster tous ses instruments » pour soutenir la convergence de l'inflation, a ajouté M. Draghi.
Par ailleurs, le président de l’institut monétaire n’a pas détaillé les mesures prises par le biais de l’opération ciblée de refinancement bancaire à long terme (TLTRO).
Il a en outre mentionné, pour justifier les choix de l’institut monétaire, les risques qui pèsent sur l’économie européenne, à savoir notamment les tensions géopolitiques ou le protectionnisme.
Et pour lui, le ralentissement de la croissance « devrait se poursuivre cette année » (EUROPE 12189/1). Il a ajouté néanmoins que l’expansion économique de la zone euro continuerait à être soutenue par plusieurs facteurs, notamment la hausse des salaires, du niveau d’emploi et des conditions de financement favorables.
A également été pointé le besoin pour les États de poursuivre et d’accélérer les efforts dans la mise en œuvre des réformes structurelles et l’assainissement des finances publiques.
Brexit. Questionné sur le Brexit, le président de l’institut monétaire a par ailleurs pointé les incertitudes que cela fait peser sur l’économie de la zone euro. Il faudra, selon lui, attacher une attention particulière aux conséquences du Brexit sur l’économie réelle. « Si vous prenez les chiffres agrégés, vous ne vous attendriez pas à un effet majeur au vu de la taille relative des deux entités », a-t-il expliqué.
M. Draghi a noté que certains États membres sont fortement exposés à l’économie britannique, que cela pourrait engendrer de graves conséquences et même se répercuter sur le reste du continent. Il a aussi mis en garde contre les conséquences d’une rupture des chaînes de valeurs entre le Royaume-Uni et l’UE, espérant néanmoins toujours que cela pourra être évité. (Marion Fontana et Lucas Tripoteau)