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Bulletin Quotidien Europe N° 12226
ACTION EXTÉRIEURE / Élargissement

Si l'UE n'est pas présente dans les Balkans occidentaux, d'autres combleront ce vide, prévient M. Hahn

À l'occasion d'une visite en Bosnie-Herzégovine et en Serbie, le commissaire aux Négociations d'élargissement a fait le point, avec EUROPE, sur les relations entre les six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro et Serbie) et la Turquie, avec l'UE. Tous ces pays ont vocation à rejoindre, un jour, l'Union européenne. (propos recueillis par Camille-Cerise Gessant)

 

Agence Europe - Comment maintenir la dynamique européenne dans les Balkans occidentaux, alors que certains pays, par exemple la France, ne semblent pas vraiment désireux d'ouvrir les négociations avec la Macédoine du Nord et l'Albanie ? 

Johannes Hahn - L'argument le plus convaincant est de souligner qu'il n'y a pas d'alternative à l'intégration des Balkans occidentaux, car c'est dans l'intérêt stratégique de l'UE elle-même. « Soit nous exportons la stabilité, soit nous importons l'instabilité. » C'est une région où beaucoup de gens sont partis. Ceux qui restent sont souvent des personnes âgées et celles qui ont peu de perspectives. Si les pays dépendaient des envois de fonds, ce ne serait pas sain et ce n'est pas ce que nous voudrions voir. 

De plus, s'il y avait une sorte de vide, une autre grande puissance le comblerait. Il y a toujours – particulièrement en Bosnie-Herzégovine, c'est un cas possible - un risque que des forces radicales, des fondamentalistes religieux ou d’autres ciblent les jeunes, ce qui crée un risque pour nous. 

D'autre part, il ne faut pas oublier que toute la région est dans l'Europe. Il s'agit en réalité de marchés émergents qui offrent de nombreuses opportunités pour le secteur des entreprises dans l'UE. Nous parlons de 18 millions de personnes qui ne sont pas encore membres de l'Union. 

Et enfin, les inclure de la bonne manière est la meilleure garantie pour avoir la paix et la stabilité. 

J'espère que nous pourrons convaincre les politiques en France, mais aussi dans d'autres pays, qui sont un peu réticents sur cette question. 

 

Pensez-vous que l'UE tient ses promesses avec tous les pays des Balkans occidentaux ?

Nous devons voir quelles sont les réactions après la publication des rapports de la Commission européenne. J'espère que nos États membres réagiront positivement, car il s'agit, en fin de compte, de notre crédibilité. 

Si nous demandons à nos pays partenaires des Balkans occidentaux des réformes et des progrès importants dans des domaines cruciaux et qu'ils y parviennent et nous ne tenons pas nos promesses, nous perdrons non seulement notre crédibilité, mais également notre influence politique. 

Et très souvent, ce sont les mêmes personnes qui critiquent, par exemple, l'influence de la Russie, de la Chine ou de la Turquie dans les Balkans et qui sont réticentes à reconnaître les progrès réalisés dans les Balkans occidentaux vers l'UE. 

 

Selon le ministre bosnien du Commerce, tous les Balkans occidentaux devraient entrer dans l'UE en même temps. Pensez-vous que ce serait une bonne idée que leur adhésion se fasse sous forme de paquet ? 

Le processus d'adhésion est une régate, pas un convoi. L'ensemble du processus est fondé sur les mérites individuels. Si un pays fait des progrès rapides et satisfaisants, il ne devrait pas être entravé par les autres. Mais c'est bien d'avoir cette compétition régionale que je considère jusqu'à présent comme une compétition positive. 

La seule mesure de précaution que nous appliquerons est que les futurs membres auront une clause spécifique dans leurs traités d'adhésion selon laquelle ils ne peuvent opposer leur veto à l’adhésion d'autres pays de la région une fois qu'ils auront rempli tous les critères. 

 

Dans quelle mesure est-il compliqué de traiter avec le Kosovo alors que cinq États membres ne le reconnaissent toujours pas comme un État indépendant ?

Je suis profondément convaincu que dès que le Dialogue entre la Serbie et le Kosovo aboutira à un accord juridiquement contraignant, les États membres en prendront acte. 

 

Nous parlions du Dialogue. À l'heure actuelle, avec les droits de douane imposés par le Kosovo, il n'y a pas de dialogue. Est-il mort ?

Il est à l'arrêt momentanément. 

 

Mais ça pourrait être un long arrêt momentané...

C'est difficile à prédire. De notre côté, nous avons toujours parlé d'une période propice et ce sera probablement le cas jusqu'en été. Ensuite, nous serons en grande partie occupés par le remaniement des institutions de l'UE. 

Ces droits de douane vont à l'encontre de l'esprit de la zone économique régionale que nous avons créée il y a deux ans. L'idée de cet espace est de préparer les pays de la région au marché unique. Aujourd'hui, ils ont créé des barrières artificielles, formelles et informelles. Presque tout le monde se plaint de la durée d’arrêt aux contrôles aux frontières et c'est exactement ce que nous voudrions résoudre. Mais tout cela ne peut fonctionner que si les six pays sont d'accord ; si un ou deux ne participent pas, la zone économique régionale ne fonctionnera pas. 

Ces tarifs sont également contraires à l'ALECE et à l'accord de stabilisation et d'association du Kosovo avec l'UE. C'est pourquoi l'UE et ses partenaires américains ont demandé au Kosovo d'abolir les droits de douane. 

 

Nous voyons des informations sur les problèmes entre l'opposition et les gouvernements dans ces pays. Comment faites-vous pour leur expliquer que la coopération entre les deux bords est importante ?

Il s'agit d'un transfert de mentalité (rires). 

Dans les Balkans occidentaux, vous avez cette mentalité du noir et blanc. Soit vous êtes le gagnant, soit le perdant. Mais en démocratie, l'élément phare est le compromis. Le compromis a très souvent une connotation négative dans les Balkans occidentaux, mais, en réalité, cela signifie que chacun doit donner un peu à l'autre pour obtenir quelque chose de plus. 

Mais cela ne s'applique pas seulement aux responsables politiques, c'est une évaluation plus générale. Les responsables politiques qui ne sont pas capables de faire des compromis sont en quelque sorte un mauvais modèle pour beaucoup de gens et c'est pourquoi le renforcement du Parlement, par exemple, est l'un des domaines clés où nous investissons beaucoup. Comme vous pouvez le constater dans la majorité des pays, le Parlement ne fonctionne pas comme nous le souhaiterions. 

 

Est-ce un style balkanique ?

Non. Il s'agit d'un phénomène plus large de pays en transition. Les pays du voisinage oriental, mais aussi la Tunisie, où la démocratie est vraiment jeune et inexpérimentée, sont confrontés à toutes ces questions. Il y a donc de nombreuses lacunes et insuffisances auxquelles il faut remédier. 

Le Parlement européen a créé le Dialogue Jean Monnet où les députés européens facilitent les discussions entre opposition et gouvernement dans le cadre d'une retraite. Cela devrait vraiment conduire à l'amélioration des procédures et des normes parlementaires. 

 

Les pays des Balkans se plaignent-ils des demandes de l'UE alors qu’il y a des problèmes démocratiques en Pologne, en Hongrie, en Roumanie ? 

Oui, bien sûr, mais c'était plus un problème il y a trois ou quatre ans. Entre-temps, nous avons réussi à expliquer que nous avions tiré les leçons des cycles d'élargissement précédents, en particulier le grand cycle de 2004, en modifiant notre méthodologie procédurale. Nous entamons les négociations avec l'ouverture des chapitres 23 et 24 sur l'État de droit et nous clôturons les négociations avec ces chapitres. 

Mon objectif est qu'un nouvel État membre devienne membre à part entière de l'UE dès le premier jour, mais cela nécessite bien sûr une préparation et une mise en œuvre intensives des réformes. Il ne s'agit pas seulement d'adopter des lois, mais de transformer l'ensemble de la société. 

Aujourd'hui, nous avons toujours ce mécanisme de vérification avec la Roumanie et la Bulgarie, qui ne sont pas, comme la Croatie, membre de l'espace Schengen. Je pense donc que s'il y a un nouveau membre, ce devrait être dès le tout début de Schengen et il ne devrait pas être sous le contrôle d'un tel mécanisme de vérification. 

 

Où en sommes-nous dans nos relations avec la Turquie ? Le Parlement européen a de nouveau demandé le gel officiel des négociations d'adhésion (EUROPE 12213/3). Pensez-vous que le Conseil prendra une telle décision ?

Non, je pense que la majorité des États membres ne veulent pas changer le statut actuel, ce qui signifie de facto que les négociations sont gelées. Le budget de préadhésion de la Turquie a également été ajusté à la baisse en fonction de cette situation. 

Mais, bien sûr, la Turquie est un partenaire stratégique clé avec lequel nous partageons des domaines d'intérêt commun tels que le commerce, l'énergie, la sécurité régionale, l'immigration. Les élections locales de dimanche ont démontré qu'une partie considérable de la population souhaite une Turquie démocratique stable et ouverte. C'est pourquoi nous continuons à soutenir la société civile en particulier. 

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REPÈRES
ACTION EXTÉRIEURE
SÉCURITÉ - DÉFENSE
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POLITIQUES SECTORIELLES
INSTITUTIONNEL
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